La Manche Libre (Saint-Lô)

Ces malades privés de leur famille à l'hôpital

A l’hôpital, les visites sont restreinte­s. En ce temps de Noël, les familles impuissant­es s’inquiètent de l’isolement de leurs proches.

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“C'est inhumain, c'est de l'abandon”, confie Ginette Néel, la voix tremblante, en pensant à sa maman Georgette, toute seule au fond de son lit d'hôpital. À 100 ans, elle est actuelleme­nt hospitalis­ée à la Polycliniq­ue de la Baie à Avranches. Jusqu'à mi-décembre, les visites étaient autorisées et la centenaire pouvait recevoir du monde une heure par jour. Du jour au lendemain, tout a changé.

“Elle croit que nous l'abandonnon­s”

Désormais, les visites sont limitées à une heure par semaine. La raison ? Le Covid. “C'est la règle générale énoncée. On limite les visites pour pas que les gens ne tombent malades. Nos restrictio­ns ne sont pas plus sévères qu'ailleurs”, explique le service de communicat­ion de l'hôpital privé d'avranches. La situation reste douloureus­e pour Georgette, “mémère” de cinq enfants, dix petits-enfants, dix arrière-petits-enfants et deux arrières-arrière-petits-enfants. Jusqu'ici, tout allait bien : “sa constituti­on physique défie la science”, ironise Serge Néel, inquiet pour sa belle-mère. Depuis la diminution des visites, le désespoir règne malgré la bienveilla­nce des soignants : “à chaque coup de téléphone, maman pleure. Ça fait mal aux tripes, explique Ginette, habitant Saint-lô. Elle fait sa valise tous les soirs, elle croit que nous l'abandonnon­s.” “Elle déprime. Elle se laisse dépérir”, rapporte Serge.

La situation est d'autant plus incompréhe­nsible pour eux qu'emmanuel Macron avait annoncé le 22 septembre ne pas vouloir “isoler à nouveau nos aînés”. Pour Philippe Gosselin, député de la Manche, “il n'y a pas de solution absolue. Il faut noter que c'est dur pour les soignants de refuser les visites”. S'il se désole de la situation de Georgette, il rappelle que d'autres familles ne respectent pas les gestes barrières lors des visites. En attendant, Georgette devait quitter l'hôpital le 23 décembre, pour aller dans une structure de convalesce­nce. Sa famille espérait que cette fois, les visites régulières seront autorisées.

Dix jours sans voir personne

Pour Claude (prénom modifié pour le témoignage), les difficulté­s sont les mêmes. Son papa de près de 90 ans a été renversé par une voiture il y a un mois. D'abord entre la vie et la mort, son père a pu recevoir des visites. Mais lorsqu'il est allé mieux physiqueme­nt, “il a passé dix jours sans que nous puissions leur rendre visite”, s'indigne Claude.

Habitant proche de l'hôpital de Saintlô où son père a été hospitalis­é, il n'a pourtant eu que des nouvelles téléphoniq­ues de la part de l'équipe médicale. Alors qu'il passait des consultati­ons externes dans le même hôpital, il n'a pas pu accéder à sa chambre, “à quelques dizaines de mètres d'où j'étais... J'ai pu finalement le voir trois minutes au moment de son transfert vers le centre de rééducatio­n. Je n'étais pas censé être là et j'ai fait le pied de grue un petit moment, mais les ambulancie­rs m'ont laissé quelques instants avec lui pour le rassurer.” Une fois arrivé au centre de rééducatio­n, le père de Claude a le droit à une visite hebdomadai­re d'une heure pour une personne, “sans réelle intimité” et “avec peu de temps pour se parler” à cause des problèmes de santé de son père. “Sans le Covid, on aurait pu venir le voir tous les jours. Depuis l'accident, ma mère de 88 ans n'a pas vu son mari avec lequel elle vit depuis 66 ans. Il est parti acheter le pain, et n'est toujours pas revenu.” Claude craint aussi “des conséquenc­es morales” pour son père, et regrette “de ne pas avoir été présent à ses côtés”. Pour autant, il “ne souhaite pas pointer du doigt les institutio­ns ou les soignants”. Ajoutant dans un souffle : “En ce moment, c'est difficile pour tous...”

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Ginette Néel ne peut plus rendre visite à sa maman hospitalis­ée. La centenaire “déprime et se laisse dépérir” témoigne son gendre Serge qui dénonce une situation inhumaine.

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