La vi­sion heu­reuse de l’en­tre­prise se­lon Hé­lène Bour­bou­loux

Dans le cadre de la Se­maine de l’en­tre­prise, Ques­tions Ac­tuelles avec Hé­lène Bour­bou­loux

La Montagne (Brive) - - La Une -

La Cor­ré­zienne Hé­lène Bour­bou­loux est l’une des ad­mi­nis­tra­trices ju­di­ciaires les plus co­tées en France. Elle ani­me­ra, jeu­di, une con­fé­rence du cycle Ques­tions Ac­tuelles sur l’en­tre­prise.

■ Par­ler de l’en­tre­prise à des ly­céens, c’est im­por­tant ? Très im­por­tant, parce qu’ils y sont dé­jà confron­tés, en tant que clients et sa­la­riés po­ten­tiels. C’est im­por­tant de les fa­mi­lia­ri­ser très tôt avec cette or­ga­ni­sa­tion qui reste abs­traite.

■ Jus­te­ment, qu’est-ce qu’une en­tre­prise ? C’est d’abord un lieu d’épa­nouis­se­ment et de créa­tion. Une en­tre­prise, c’est un bien com­mun ­ un terme uti­li­sé par Em­ma­nuel Ma­cron quand il était en­core mi­nistre de l’éco­no­mie ­ et une oeuvre col­lec­tive, le terme “bien” re­cou­vrant deux réa­li­tés dis­tinctes : le bien comme pos­ses­sion, et le bien comme bon­heur et sa­tis­fac­tion. C’est un col­lec­tif au ser­vice de l’épa­nouis­se­ment in­di­vi­duel.

■ Quelles sont les condi­tions du

bon­heur au tra­vail ? On parle beau­coup au­jourd’hui de bie­nêtre au tra­vail, de chief ha­pi­ness of­fi­cer, de flexi­bi­li­té, de té­lé­tra­vail, de com­bi­nai­son entre ses vies per­son­nelle et pro­fes­sion­nelle… L’heure n’est plus au cloi­son­ne­ment, mais à l’adap­ta­tion. Il faut que le tra­vail soit une so­lu­tion et non pas un pro­blème pour les sa­la­riés. Quand on peut rendre l’en­tre­prise flexible et com­pa­tible, on peut la rendre épa­nouis­sante. Parce que quand l’en­tre­prise est souple, le

sa­la­rié est plus dis­po­sé à s’en­ga­ger, et quand elle per­met à cha­cun de réus­sir ce qu’il ne pen­sait même pas faire, c’est une vraie sa­tis­fac­tion.

■ On parle pour­tant plus de conflits que d’har­mo­nie dans le monde de l’en­tre­prise… Quand les en­tre­prises vont bien, les in­té­rêts sont conver­gents entre tous les ac­teurs éco­no­miques, qui trouvent leur sa­tis­fac­tion dans la créa­tion de ri­chesse. Dans le cas contraire, on en vient à ré­par­tir la pé­nu­rie et se pose alors la ques­tion de la hié­rar­chie des in­té­rêts. En France, con­trai­re­ment à d’autres pays, l’in­té­rêt pla­cé au pre­mier plan, ma­té­riel du moins, c’est ce­lui du sa­la­rié. De­puis les an­nées 70 et la créa­tion, dans un but très ali­men­taire, du sys­tème de L’AGS, le fonds de ga­ran­tie des sa­laires, qui est élar­gi au­jourd’hui à toutes les sommes dues aux sa­la­riés. On n’est pas dans un sys­tème où les ac­tion­naires, et pas les sa­la­riés, pour­raient être payés, ce qui per­met d’as­su­rer la paix so­ciale.

■ L’en­tre­prise pour­tant reste très

at­ta­quée, pour­quoi ? L’image de l’en­tre­prise est sou­vent liée à une mé­con­nais­sance de ce qu’elle re­couvre. Les en­tre­prises en dif­fi­cul­té ont une image très gal­vau­dée. Des ca­ri­ca­tures liées à la mé­con­nais­sance de ceux qui en parlent le plus et à la vi­sion très ré­duc­trice des syn­di­ cats, orien­tés sur la né­go­cia­tion so­ciale et fi­nan­cière ou sur le temps de tra­vail. Or la réa­li­té des sa­la­riés est plus large que ces seules pro­blé­ma­tiques. Et leur lu­ci­di­té plus grande qu’on l’ima­gine sur les pro­blèmes et be­soins de leur en­tre­prise.

■ Les ac­tion­naires sont-ils la bête

noire des sa­la­riés ? L’en­tre­prise a une res­pon­sa­bi­li­té plus large que de ver­ser des bé­né­fices à ses ac­tion­naires, qui sont sou­vent les hé­ri­tiers d’une vi­sion très XIXE de l’en­tre­prise. Avec le dé­ve­lop­pe­ment de nou­velles formes d’en­tre­prises, qui re­la­ti­vise la forme de pos­ses­sion, cette image se ré­duit. L’ac­tion­naire a une res­pon­sa­bi­li­té fi­nan­cière plus im­por­tante, mais l’en­tre­prise est une oeuvre col­lec­tive ; c’est aus­si cou­ra­geux d’être le sa­la­rié que l’ac­tion­naire, il n’y a pas de hié­rar­chie. C’est une ques­tion de vul­ga­ri­sa­tion. En ce sens, je pense que les jeunes sont moins ar­chaïques dans leur rap­port au tra­vail et à l’en­tre­prise, moins XIXE jus­te­ment ;

ils sont moins in­quiets que nous.

■ Qu’est-ce que les nou­velles et fu­tures lois sur le tra­vail peuvent

ap­por­ter ? En droit du tra­vail, le rap­port des forces n’est pas ce­lui que l’on pense. La pro­blé­ma­tique au­jourd’hui est plu­tôt celle de la for­ma­tion ou de la re­con­ver­sion, les sa­la­riés sont très lu­cides sur ce su­jet. Toute la vie, on doit pou­voir se for­mer et les nou­velles lois vont dans ce sens. De même qu’en ajou­tant de la flexi­bi­li­té, elles rendent l’en­tre­prise plus ac­ces­sible, c’est une bonne chose. Et ce n’est pas vrai que les mêmes règles s’ap­pliquent à toutes les en­tre­prises.

■ Com­ment voyez-vous le monde

de l’en­tre­prise cor­ré­zien ? En Corrèze, on a peu d’en­tre­prises en dif­fi­cul­té, parce qu’on a peu d’en­tre­prises… Mais elles ont des atouts in­dé­niables, à com­men­cer par la qua­li­té de leurs sa­la­riés, fi­dèles et fiables. Ils ont en­core quelques ré­flexes ru­raux et an­ces­traux, mais ils ont le sens de l’en­ga­ge­ment et de la pa­role. Il n’y a pas de des­serte de tran­sports fa­vo­rable au dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique, mais les fi­lières mé­ca­ni­co­aé­ro­nau­tiques, as­sez tech­niques, tire la Corrèze. Et puis, la Corrèze bé­né­fi­cie d’une qua­li­té de vie qui, avec le dé­ve­lop­pe­ment no­tam­ment du té­lé­tra­vail, ouvre des pers­pec­tives. ■

HÉ­LÈNE BOUR­BOU­LOUX. L’en­tre­prise, lieu d’épa­nouis­se­ment et de créa­tion.

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