Le plan de ba­taille de Hu­lot

La po­pu­la­tion des oi­seaux de plaines a di­mi­nué de plus de 30 % en quinze ans en France

La Montagne (Brive) - - France Actualités -

Ni­co­las Hu­lot va rendre pu­bliques au­jourd’hui ses pistes pour ten­ter de pro­té­ger un monde du vi­vant frap­pé d’un dé­clin ful­gu­rant.

Ni­co­las Hu­lot veut que « la France prenne sa part de res­pon­sa­bi­li­té, qu’on ar­rête d’em­poi­son­ner la na­ture, d’ar­ti­fi­cia­li­ser les sols ». Le mi­nistre de la Tran­si­tion éco­lo­gique doit pré­sen­ter au­jourd’hui plu­sieurs « axes de mo­bi­li­sa­tion » avant consul­ta­tions et adop­tion d’un plan en juillet. « On va chan­ger d’échelle no­tam­ment dans les nou­velles formes de pro­duc­tion agri­cole », as­sure­t­il.

L’ur­gence est criante : des­truc­tion de mi­lieux na­tu­rels, pol­lu­tions per­sis­tantes, sur­ex­ploi­ta­tion des res­sources, boom des es­pèces in­va­sives, cli­mat dé­ré­glé… ac­cé­lèrent tou­jours plus la dis­pa­ri­tion ani­male et vé­gé­tale. En France, les oi­seaux de plaines ont chu­té de plus de 30 % en quinze ans et les chau­ves­sou­ris, utiles in­sec­ti­vores et pol­li­ni­sa­teurs, ont per­du près de la moi­tié de leur ef­fec­tif entre 2006 et 2014. Se­lon l’ob­ser­va­toire na­tio­nal de la bio­di­ver­si­té, la moi­tié des zones hu­mides, 43 % des eaux de sur­face, et 22 % des mi­lieux na­tu­rels d’in­té­rêt eu­ro­péen sont en bon état.

Der­rière le mot obs­cur de « bio­di­ver­si­té » se cache tout sim­ple­ment « la par­tie vi­vante de la na­ture », ex­plique le bio­lo­giste Gilles Boeuf.

■ Qu’est-ce que la bio­di­ver­si­té ?

C’est la par­tie vi­vante de la na­ture. D’ailleurs sou­vent, je dis « le vi­vant » : vous, moi, vos bac­té­ries, toutes les cel­lules qui nous en­tourent. On connaît en­vi­ron deux mil­lions d’es­pèces vi­vantes au­jourd’hui, tout com­pris : les bac­té­ries, les mi­cro­algues, les le­vures, les cham­pi­gnons, les plantes et les ani­maux. Et on sait qu’il y en a pro­ba­ble­ment dix fois plus, on ne connaît qu’une mince frac­tion de ce qui existe. Quand la Terre s’est créée, il y a eu une na­ture, des trem­ble­ments de terre et des vol­cans, du vent, un océan. Et la bio­di­ver­si­té, c’est quand la pre­mière cel­lule vi­vante ap­pa­raît dans l’océan an­ces­tral. La bio­di­ver­si­té a tou­jours été faite d’es­pèces qui ap­pa­rais­saient et qui dis­pa­rais­saient mais le pro­blème ac­tuel, c’est que ça va trop vite. Il y a eu des grandes crises à cer­tains mo­ments avec des évé­ne­ments ex­té­rieurs ter­ribles, comme d’énormes vol­cans. Mais au­jourd’hui, c’est l’hu­main : c’est la pre­mière fois qu’une es­ pèce par­mi les deux mil­lions est res­pon­sable.

■ A quoi sert la bio­di­ver­si­té ? Je ré­pon­drais par une bou­tade : et nous, on sert à quoi ? Ca sert sim­ple­ment à or­ga­ni­ser le sys­tème Terre. Et à nour­rir les hu­mains. Il y a une va­leur fan­tas­tique là­de­dans, mais on ne la re­con­naît pas. Si la bio­di­ver­si­té se dé­grade trop, on par­ti­ra avec, et notre éco­no­mie aus­si. L’agri­cul­ture est im­pen­sable sans bio­di­ver­si­té, la san­té pu­blique est im­pen­sable sans bio­di­ver­si­té. Mon maître (le bio­lo­giste) Ro­

bert Bar­bault di­sait « vous faites un beau pull­over au tri­cot puis vous cou­pez une maille et vous com­men­cez à tirer sur un bout de fil de laine ». Tout va par­tir, je ne sais pas ce qui par­ti­ra en pre­mier ou en der­nier, mais tout se tient. Ca veut dire que si telle es­pèce dis­pa­raît, il y au­ra for­cé­ment un im­pact sur le reste. ■

▶ Abeilles. Le Tri­bu­nal de l’union eu­ro­péenne a confir­mé hier les res­tric­tions d’uti­li­sa­tion im­po­sées en 2013 à trois néo­ni­co­ti­noïdes, des in­sec­ti­cides consi­dé­rés comme no­cifs pour les abeilles, qui étaient contes­tées par les fa­bri­cants Bayer et Syn­gen­ta.

PHOTO AFP

CHUTE LIBRE. En quinze ans, 60 % des moi­neaux fri­quet ont dis­pa­ru des cam­pagnes fran­çaises.

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