Les ly­céens s’es­soufflent, voi­là les profs

Avec 700 ma­ni­fes­tants, hier, la mo­bi­li­sa­tion ly­céenne a su­bi un temps faible, mais la re­lève est là

La Montagne (Brive) - - Limousin / L'actu - Sé­bas­tien Du­bois se­bas­tien.du­[email protected]­tre­france.com

Les ly­céens étaient moins nom­breux, hier, dans les rues de Li­moges. Mais si le mou­ve­ment marque un coup d’ar­rêt, les jeunes ne baissent pas les bras et pour­raient re­ce­voir l’ap­pui des en­sei­gnants.

«L’UNL ap­pelle à un mar­di noir. On va voir si on peut être là, en sou­tien. » Prof de maths à RaoulDau­try, Cé­cile traîne en fin de ma­nif. La place du cancre contes­ta­taire ? Pas vrai­ment. « On a in­vi­té les élèves à dis­cu­ter, jeu­di, ex­plique­t­elle. Il est nor­mal de les ac­com­pa­gner dans la lutte. On est d’ac­cord pour dé­non­cer la po­li­tique édu­ca­tive du gou­ver­ne­ment. »

« Une ré­forme de tri so­cial »

Par­cour­sup, ré­forme du bac et du ly­cée : le mot d’ordre de ce ven­dre­di a ras­sem­blé des ly­céens, en moins grand nombre que les jours pré­cé­dents. Ils étaient 700, en­ca­drés par 40 Gi­lets jaunes, à dé­fi­ler dans les rues de Li­moges, au son de « Ma­cron, si tu sa­vais… ». Par­mi eux, quelques profs, prin­ci­pa­le­ment en fin de cor­tège. Sous la pluie qui glace les os, l’un d’eux, en­ca­pu­chon­né, livre sa po­si­tion à un jeune. « On nous ex­plique que le sys­tème ac­tuel met les élèves dans des tubes, les fi­lières et que ça bloque les évo­lu­tions. Mais avec le nou­veau sys­ tème, ce se­ra en­core pire. Si tu ne choi­sis pas les bonnes spé­cia­li­tés, c’est mort dans le su­pé­rieur. » « Il y au­ra une sé­rie gé­né­rale avec un tronc com­mun, ajoute Cé­cile. Et avec les sup­pres­sions de postes, on se­ra à plus de 35 par classe. On de­mande aus­si aux fa­milles de choi­sir les op­tions alors qu’elles ne connaissent pas en­core les at­ten­dus de Par­cour­sup. C’est bien simple, c’est une ré­forme de tri so­cial. »

Au­près des ly­céens, cette peur de l’ab­sence de pers­pec­tives trouve un écho cer­tain. « Bien sûr, les profs nous sou­tiennent, avan­ ce Axel, de Raoul­dau­try. La réunion d’hier chez nous a per­mis de le mon­trer, c’est im­por­tant. » Mais cer­tains élèves ne veulent pas que ce sou­tien fasse ou­blier l’ori­gine ly­céenne du mou­ve­ment de ce mois de dé­cembre. « Ça reste com­pli­qué d’en par­ler avec les profs, ex­plique Laï­la, sco­la­ri­sée à Léo­nard­li­mo­sin. Ils n’ont pas le droit d’en par­ler en cours, mais cer­tains le font quand même. » « C’est comme l’aide des Gi­lets jaunes, re­prend la jeune fille : c’est bien, mais il faut que ça reste un mou­ve­ment ly­céen. Même si nos re­ven­di­ca­tions peuvent conver­ger. »

« Dans la rue, dans la se­maine pro­chaine »

Il n’em­pêche, profs et élèves de­vraient se croi­ser dans la rue, dans les jours qui viennent. Pré­sent, hier, à la ma­ni­fes­ta­tion ly­céenne, Ch­ris­tophe Tris­tan (FSU) le confirme : « Pour l’ins­tant, on ob­serve, mais on pense être dans les rues, dans la se­maine pro­chaine. » La lettre du mi­nistre Blan­quer, qui ap­pelle à « la res­pon­sa­bi­li­té » des en­sei­gnants est mal pas­sée. « C’est une pre­mière, sou­ligne le syn­di­ca­liste. Comme si on n’était pas res­pon­sable… Cette co­lère n’est pas née comme ça et avec la ré­forme des re­traites à ve­nir, la perte de pou­voir d’achat des profs, on a des rai­sons d’être mé­con­tents. »

Un nou­veau front ?

En Haute­vienne, une réunion in­ter­syn­di­cale était pré­vue, hier soir, afin de dé­ci­der d’une éven­tuelle ma­ni­fes­ta­tion grou­pée, ven­dre­di pro­chain, sur le thème du pou­voir d’achat. Après les Gi­lets jaunes, les agri­cul­teurs et les ly­céens, l’ar­ri­vée des en­sei­gnants et plus lar­ge­ment des syn­di­cats pour­rait ou­vrir un nou­veau front de contes­ta­tion.

Au dé­tour d’une rue, hier, on a dé­jà as­sis­té à une conver­gence plu­tôt rare : Valérie a quit­té le tra­vail pour agi­ter une pan­carte « Solidarité » au pas­sage du cor­tège et de sa fille, en « ter­mi­nale L ». « Quand on voit les dif­fi­cul­tés des profs, le manque de moyens, les ré­formes ne peuvent que nous in­quié­ter, dit­elle. On veut le meilleur pour nos en­fants. » Si même les ma­mans s’y mettent… ■

PHOTO THOMS JOUHANNAUD

RE­VEN­DI­CA­TIONS. Par­cour­sup fait par­tie des ré­cri­mi­na­tions des 700 ly­céens qui ont ma­ni­fes­té, hier, à Li­moges.

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