Le loup in­quiète les éle­veurs du Cantal

La Montagne (Cantal) - - La Une - PHOTO MA­NON CASSAN

DÉSAR­MÉS. Les som­mets du col du Per­tus et du puy Ma­ry ont été illu­mi­nés, sa­me­di, par les agri­cul­teurs vou­lant af­fi­cher leur sou­tien aux vic­times de pré­da­tions.

AVENIR. Un mois après les at­taques sur­ve­nues dans plu­sieurs ex­ploi­ta­tions can­ta­liennes, les éle­veurs, abat­tus, pensent à l’an­née pro­chaine.

Mi­chel Sé­vé­rac et Alain Joan­ny ont en­core du mal à par­ler de la perte de leurs bre­bis, vic­times de pré­da­tions au mois d’août. Le pre­mier avait re­des­cen­du ses bêtes sur son ex­ploi­ta­tion au len­de­main des at­taques. Le se­cond s’est ré­si­gné à faire de même, le 28 août der­nier.

C’était cer­tai­ne­ment la fa­meuse goutte d’eau qui a fait dé­bor­der le vase : dans la nuit du 27 au 28 août, le chep­tel de 170 bre­bis d’alain Joan­ny a su­bi une nou­velle at­taque. Cinq jours avant, l’éle­veur avait dé­jà per­du 29 bre­bis, mais avait dé­ci­dé de lais­ser le trou­peau brou­ter sur les es­tives de la brèche d’en­flo­quet. Elles au­raient dû y res­ter jus­qu’à fin oc­tobre. « On ne pou­vait pas faire au­tre­ment, re­grette Alain Joan­ny, amer. Non, vrai­ment, je ne vois pas comment on au­rait pu faire… ».

Au to­tal, ce sont donc 106 bre­bis sur les 170 qui sont re­des­cen­dues sur l’ex­ploi­ta­tion. Sur les 64 pertes comp­ta­bi­li­sées, « on peut en­le­ver cinq pertes na­tu­relles », ad­met l’éle­veur de Saint­paul­de­sa­lers.

Pour le reste, le cou­pable avait dé­jà été tout dé­si­gné par Alain Joan­ny (voir notre édi­tion du

28 août) : le loup. Au­jourd’hui, il ne le nomme même pas. « Je me suis ré­si­gné à dire que main­te­nant, il est là et on va le gar­der, c’est tout », dé­plore­t­il, avec un brin de fa­tigue dans la voix.

Les bre­bis, dé­sor­mais à l’abri, se nour­rissent de four­rage, dont le stock était ini­tia­le­ment pré­vu

pour l’hi­ver. En­fer­mées dans un es­pace de 3.000 m ² avec des fi­lets à mou­tons. « On es­saie de ne pas y pen­ser, mais c’est vrai que quand on monte là­haut, qu’on voit l’herbe qu’il y a sur la par­celle et nos bre­bis en bas au foin… C’est dra­ma­tique. »

« On ne fait pas notre mé­tier pour ça »

Une si­tua­tion ag­gra­vée par la si­tua­tion de sé­che­resse qui touche ac­tuel­le­ment le dé­par­te­ment. De ce fait, cer­tains agri­cul­teurs, comme Mi­chel Sé­vé­rac, n’ont pas pu faire de se­conde coupe. L’éle­veur de Man­dailles­saint­ju­lien se dit « abat­tu » par la si­tua­tion. À tel point qu’il pense ne plus mon­ter ses ani­maux sur les es­tives com­mu­nales du puy Cha­va­roche, l’an­née pro­chaine. « Ça va chan­ger beau­coup de choses. Au lieu d’avoir entre 200 et 220 bre­bis, on va sû­re­ment en gar­der seule­ment la moi­tié parce qu’on n’a pas énor­mé­ment de sur­face sur l’ex­ploi­ta­tion. Et puis, on ne va pas payer une lo­ca­tion à la com­mune pour que les bre­bis se fassent bouf­fer par le loup. On ne fait pas notre mé­tier pour ça », sou­pire­t­il.

L’ex­ploi­tant avait per­du 46 bêtes, soit 34 agneaux et 12 bre­bis, avant de dé­ci­der de les re­des­cendre sur sa pro­prié­té en août. Il va re­ce­voir une in­dem­ni­sa­tion pour seule­ment huit de ces ani­maux (*). « Tout ça parce que je n’ai pas de clô­ture et pas de pa­tou… », es­time l’éle­veur, qui pré­cise pra­ti­quer « le pas­to­ra­lisme à l’an­cienne ».

Et ce der­nier s’in­quiète pour l’avenir : « Je ne sais pas comment ça va se dé­rou­ler pour moi. On va voir comment va se pas­ser l’hi­ver, mais main­te­nant, le loup est là. Il va fal­loir faire avec. »

« Quand on voit l’herbe qu’il y a sur la par­celle et nos bre­bis en bas au foin… »

(*) À chaque ex­per­tise de L’ONCFS conclue par « un loup non ex­clu », le doute pro­fite à l’éle­veur, qui se­ra dé­dom­ma­gé.

PHOTO MA­NON CASSAN

PRÉ­DA­TIONS. Alain Joan­ny a dû se ré­si­gner à re­des­cendre les bêtes sur son ex­ploi­ta­tion, au lieu-dit « Les­ma­ro­nies », à Saint-paul-de-sa­lers.

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