Dix ans de pri­son re­quis contre le père

Il com­pa­raît pour avoir se­coué son bé­bé de 3 mois

La Montagne (Cantal) - - Région Faits Divers - PRO­CÈS. Leï­la Aber­kane

À ren­fort de ré­ponses courtes, le père n’a guère su ex­pli­quer à la cour d’as­sises de l’al­lier, à Mou­lins, son ex­plo­sion de vio­lence contre son bé­bé de 3 mois, en 2012, à Cler­mont-fer­rand. Il l’a se­coué, pro­vo­quant d’ir­ré­ver­sibles sé­quelles.

L’an­cien ca­po­ral­chef du 92 e RI de Cler­montFer­rand a pour­tant in­di­qué que, s’il avait fait ap­pel du ver­dict des as­sises du Puy­de­dôme – il avait été condam­né à dix ans de pri­son en 2017 –, c’était pour, cette fois­ci, fendre l’ar­mure. C’était pour par­ler. Se li­vrer. S’ex­pli­quer. Mais, même sous la pres­sion de son avo­cat Me Re­naud Por­te­joie, les mots sont ve­nus au comp­te­gouttes. Il n’a guère su dire comment il avait pu en ar­ri­ver, à deux re­prises en 2012, pour cal­mer les pleurs de son nou­veau­né, à le sai­sir sous les ais­selles et à le se­couer ? Comment il avait pu « perdre le contrôle ».

« Moi-même je ne sais pas »

« On a du mal à com­prendre cette ex­plo­sion de vio­lence », le ques­tion­nait d’em­blée, hier ma­tin, le pré­sident Ta­len­ti, au dé­ but du deuxième jour du pro­cès. Le père de 31 ans est res­té sec : « Moi­même je ne sais pas… Je fais un tra­vail per­son­nel avec un psy­chiatre et un psy­cho­logue ». Il évoque, en 2012, un « ma­laise » que le pré­sident de la cour d’as­sises cherche à creu­ser. Mais l’ac­cu­sé reste en sur­face : « C’est à l’in­té­rieur de moi. C’est de l’im­puis­sance, plein de choses né­ga­tives ». Puis il ajoute : « Des mo­ments, je ne me sen­tais pas ca­pable de m’oc­cu­per de mon fils. J’avais peur de mal faire, de ne pas être à la hau­teur ». Était­il ja­loux de son nour­ris­son ? « C’est pos­sible, in­cons­ciem­ment… ». Sa com­pagne ne lui a­t­elle pas lais­sé oc­cu­per sa place de père ? Il ré­pond so­bre­ment : « Elle m’as­sis­tait trop ».

Lâ­che­té et égoïsme

Hier, l’avo­cat gé­né­ral Ra­phaël Se­ne­si a re­quis dix ans de pri­son. Il a poin­té le pa­ra­doxe de ce père mi­li­taire rom­pu à la maî­trise de soi en opé­ra­tion ex­té­rieure et qui perd le contrôle face à un nour­ris­son. « Quelque part, l’ar­ri­vée de cet en­fant vous a dé­ran­gé », a­t­il ana­ly­sé. « Vous avez été dé­bor­dé, dé­pas­sé, en­va­hi parce que vous n’étiez plus le seul être à in­té­res­ser votre com­pagne. » Au­pa­ra­vant, Me Mayet, avo­cate de la mère de l’en­fant, avait ren­voyé l’ac­cu­sé à son « égoïsme » et à sa « lâ­che­té » : « Vous n’avez pas joué votre rôle de père, ce­lui qui pro­tège. Vous avez pen­sé à vous sau­ver avant de sau­ver votre fils. Vous avez été lâche en ne vous dé­non­çant pas à votre com­pagne et aux mé­de­cins des ur­gences ». Il avoue­ra les se­coue­ments qu’en garde à vue.

La mère du nour­ris­son est édu­ca­trice en crèche. Elle avait brie­fé son com­pa­gnon sur la fa­çon de don­ner un bi­be­ron, de don­ner un bain, des pré­cau­tions à ob­ser­ver pour les nou­veau­nés, évo­quant le risque du syn­drome du bé­bé se­coué.

PHO­TO D’IL­LUS­TRA­TION

Le pro­cès de ce père de 31 ans ac­cu­sé d’avoir se­coué son bé­bé en 2012 à Cler­mont-fer­rand, se ter­mine au­jourd’hui à Mou­lins.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.