L’orgue de Saint-gé­raud va être ré­no­vé

Un bain de jou­vence pour le lo­ca­taire de l’ab­ba­tiale, âgé de 240 ans et com­po­sé de 2.440 tuyaux

La Montagne (Cantal) - - Aurillac Vivre Sa Ville - Marie-ed­wige He­brard MINUTIE.

Le res­pec­table lo­ca­taire de l’ab­ba­tiale SaintGé­raud, âgé de 240 ans, s’ap­prête à être bou­le­ver­sé dans ses ha­bi­tudes… L’orgue aux 2.440 tuyaux va bé­né­fi­cier d’un bain de jou­vence.

Il a près de 240 ans… et tous ses tuyaux ! Le pro­blème, c’est qu’ils ne ré­sonnent plus à l’iden­tique et ne res­ti­tuent pas à l’ins­tru­ment tout son lustre ori­gi­nel.

L’orgue de l’ab­ba­tiale SaintGé­raud – le plus im­po­sant du Can­tal avec ses 16 pieds et 2.440 tuyaux, faits de plomb et d’étain, et l’un des plus an­ciens d’au­vergne (il a été construit en 1779 par Jo­seph Ra­bi­ny) –, va bé­né­fi­cier d’une ré­vi­sion com­plète. C’est dé­jà ar­ri­vé par le pas­sé, à plus ou moins grande échelle.

Vers 1860, des tra­vaux sont or­don­nés dans l’ab­ba­tiale, dans le but de l’agran­dir. L’ins­tru­ment rare de style fran­co­al­le­mand est dé­mon­té. Re­mi­sé. À l’heure de re­trou­ver sa place, il su­bit des in­ter­ven­tions im­por­tantes, dont une mo­di­fi­ca­tion de l’har­mo­ni­sa­tion des tuyaux de fond. « Il est un peu re­mis au goût de l’époque, avec des so­no­ri­tés plus ro­man­tiques », ex­plique Fran­çois Blanc. Membre de l’as­so­cia­tion des Amis des grandes orgues Ra­bi­ny d’au­rillac (Ago­ra 15), il a l’ha­bi­tude de po­ser ses doigts sur l’orgue : tant pour jouer que pour ve­nir à la res­cousse d’un tuyau obs­trué ou dé­lo­ger les pous­sières ve­nues en­com­brer l’ins­tru­ment. Au XIXE siècle, il est aus­si dé­mé­na­gé et prend place sous le clo­cher de l’ab­ba­tiale, où le grand buf­fet se re­trouve tout étouf­fé.

« Des do­cu­ments de l’époque ré­vélent qu’ain­si dis­po­sé, on en­ten­dait da­van­tage le pe­tit buf­fet que le grand. Lui, de par sa nou­velle im­plan­ta­tion, on l’en­ten­dait mieux quand on était de­hors », sou­rit le pas­sion­né d’orgue.

À la fin des an­nées 1970, l’orgue passe à nou­veaux entre les mains d’un fac­teur d’orgue. La res­tau­ra­tion com­plète a lieu de 1979 à 1985, dans les ate­liers Kern à Stras­bourg. Ce tra­vail d’en­ver­gure per­met de re­don­ner à l’orgue de Saint­gé­raud, inau­gu­ré en 1986, toute sa splen­deur d’ori­gine et son ca­rac­tère ba­roque dans l’es­thé­tique du maître Ra­bi­ny.

Les ou­trages du temps

Mais de­puis, le temps, lui, n’a rien ar­ran­gé : ce­lui qui passe, ryth­mé par les coches de l’ab­ba­tiale, et les condi­tions cli­ma­tiques (va­ria­tions de tem­pé­ra­tu­ res, hu­mi­di­té…) ont al­té­ré tout l’ou­vrage. Des tuyaux sont obs­trués, voire ca­bos­sés ; les souf­flets souffrent de fuites d’air, entre autres dom­mages. Le buf­fet de l’orgue a éga­le­ment souf­fert et ses dé­co­ra­tions ont été la cible de vrillettes qui ont pi­qué le bois du meuble, des sta­tues et de ses guir­landes dé­co­ra­tives.

« Pour qu’il fonc­tionne hon­nê­te­ment, après 32 ans de ser­vice, l’orgue a be­soin de ré­vi­sions, de ré­pa­ra­tions, de ré­glages et d’un ré­ac­cord com­plet par un pro­fes­sion­nel », énonce Fran­çois Blanc, qui va bien évi­dem­ment gar­der un oeil sur son pro­té­gé.

Le pro­prié­taire, la mai­rie d’au­rillac avec la Di­rec­tion ré­gio­nale des af­faires cultu­relles (DRAC) Au­vergne Rhône­alpes et l’as­so­cia­tion de l’orgue de Saint­gé­raud, ont lan­cé un ap­pel d’offres au­près de fac­teurs d’orgues pour en­ga­ger cette res­tau­ra­tion. Elles avaient jus­qu’à cette se­maine pour ve­nir sur place, à l’ab­ba­tiale, dres­ser une liste des tra­vaux à en­tre­prendre.

2.440 tuyaux net­toyés un à un

Trois en­tre­prises sont ve­nues voir l’ins­tru­ment et de­vraient main­te­nant faire par­ve­nir un de­vis pour la réa­li­sa­tion des tra­vaux. Après le choix de l’ar­ti­san, le chan­tier pour­rait dé­mar­rer au prin­temps 2019.

Les 2.440 tuyaux de­vraient être ré­vi­sés « un par un, à la main...et à la plume », sou­rit Fran­çois Blanc. Le buf­fet aus­si : les dé­co­ra­tions et les sta­tues de­vraient être res­tau­rées et un re­peaus­sage com­plet des re­gistres ef­fec­tué.

Le pas­sion­né d’orgue a ra­pi­de­ment fait les cal­culs : entre les 70.000 € que le re­le­vage de l’orgue pour­rait coû­ter et les 80.000 € pour la res­tau­ra­tion du buf­fet, c’est donc une en­ve­loppe de 150.000 € qui de­vrait être avan­cée pour l’ensemble des ré­pa­ra­tions. À force d’éco­no­mies et de lan­ce­ments de sous­crip­tions, la pe­tite as­so­cia­tion des Amis de l’orgue a joué les four­mis et met­tra, à elle seule, dé­jà 18.000 € sur la table pour prendre soin de l’ou­vrage di­vin. Une somme évi­dem­ment pas suf­fi­sante. D’où une « so­nate à l’aide »...

PHO­TOS CH­RIS­TIAN STAVEL

« Les 2.440 tuyaux vont être net­toyés, un à un, à la plume », ex­plique Fran­çois Blanc.

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