« Je n’ai ja­mais eu de pé­pins »

Mé­de­cin de cam­pagne, le Dr Del­rieux a pra­ti­qué de nom­breux ac­cou­che­ments

La Montagne (Cantal) - - Saint-flour La Tournée Des Bourgs - Isa­belle Bar­né­rias isa­belle.bar­ne­rias@cen­tre­france.com CUI­SINE.

Neus­sar­guais de tou­jours ou nou­veaux ar­ri­vants, tout le monde ici connaît Fran­çois Del­rieux, que cer­tains ap­pellent en­core au­jourd’hui « doc­teur ». Ren­contre.

Fran­çois Del­rieux fait l’una­ni­mi­té. Lorsque j’ai po­sé la ques­tion à notre correspondante, Joëlle As­tier, ain­si qu’à des ha­bi­tants ou an­ciens ré­si­dents de la com­mune nou­velle quelle fi­gure avait mar­qué Neussargues en Pinatelle, tous m’ont ré­pon­du sans au­cune hé­si­ta­tion : « le doc­teur Del­rieux ». Me voi­là donc par­tie à la ren­contre de ce per­son­nage qui, du haut de ses « 91 ans et de­mi », ma­nie l’hu­mour et l’au­to­dé­ri­sion avec dé­lice et est ani­mé d’une bonne hu­meur com­mu­ni­ca­tive.

Une cin­quan­taine d’ac­cou­che­ments par an

C’est avec une en­trée en ma­tière peu ba­nale, je l’avoue, que je dé­bute notre en­tre­tien : « Il pa­raît que vous avez ac­cou­ché la moi­tié des Neus­sar­guaises ». Si cette af­fir­ma­tion le fait bien rire, il ne la dé­ment pas pour au­tant. Fran­çois Del­rieux, en bon mé­de­cin de cam­pagne qu’il était, tout comme son père avant lui, qui fut par ailleurs un temps son confrère, a en ef­fet mis au monde beau­coup d’en­fants. « À une époque, se sou­vient­il, je fai­sais en­vi­ron une cin­quan­taine d’ac­cou­che­ments par an, un par se­maine. Et je n’ai ja­mais eu de pé­pins. Des sou­cis, oui, mais pas de pé­pins. Mais j’avais la pé­toche », confesse­t­il. Il faut dire que « la mé­de­cine a beau­coup chan­gé. Avant, il n’y avait pas d’écho­gra­phie. Moi, je sui­vais les gros­sesses des femmes et je sa­vais, juste en po­sant mes mains sur leur ventre, comment se pré­sen­tait le gosse ».

Ain­si, pen­dant de nom­breuses an­nées, le doc­teur Del­rieux pra­tique des ac­cou­che­ments « à do­mi­cile. Puis à Mu­rat, lorsque la ma­ter­ni­té a ou­vert. Mais quand elle a fer­mé, bru­ta­le­ment, je sui­vais en­core deux ou trois femmes à Riom­ès­mon­tagnes. Et il fal­lait y al­ler, à Rio­mès­mon­tagnes ». Les condi­tions de cir­cu­la­tion et de dé­nei­ge­ment n’étaient en ef­fet pas celles d’au­jourd’hui. « Il fal­lait par­fois em­prun­ter un traî­neau ou un trac­teur, pour al­ler dans les vil­lages où il y avait de la neige. On ve­nait me cher­cher et quelques fois ma femme ve­nait avec moi. C’était amu­sant », ex­plique l’an­cien mé­de­cin. Mais dif­fi­cile aus­si. « Sou­vent, je pas­sais la nuit pour les ac­cou­che­ments. Ce qui était dur, c’est que le len­de­main ma­tin, il fal­lait at­ta­quer les consul­ta­tions ».

Ain­si, à 65 ans, lorsque l’âge de la re­traite sonne, le doc­teur Del­rieux ne se fait pas prier pour la prendre. Il laisse son ca­bi­net, ins­tal­lé au rez­de­chaus­sée de son ha­bi­ta­tion route de Mas­siac, à un suc­ces­seur et dé­cide de se consa­crer à sa pas­sion pour l’équi­ta­tion, et plus par­ti­cu­liè­re­ment pour le saut d’obs­tacles dont il rap­por­tait de nom­breux prix. « Je suis mon­té à che­val jus­qu’à l’âge de 70 ans, lance­t­il avec fier­té. Mais j’ai ar­rê­té lorsque ma ju­ment est tom­bée ma­lade. Je l’ai ven­due et j’ai vou­lu m’ache­ter un che­val pour conti­nuer. Mais mes en­fants ont eu peur. Ils di­saient “il va tom­ber et se tuer”. Alors ils m’ont of­fert un vieux che­val. Mais je l’ai ven­du aus­si, car ça n’al­lait pas pour faire ce que je vou­lais, et du coup j’ai ar­rê­té. Et là, je me suis ren­du compte que

Si, au­jourd’hui en­core, tout le monde à Neussargues connaît Fran­çois Del­rieux, et le re­con­naît dans la rue, cer­tains lui lan­çant même tou­jours un « bon­jour doc­teur », il a aus­si beau­coup mar­qué la com­mune en s’im­pli­quant dans les as­so­cia­tions. « J’ai été pré­sident du foot, j’ai fait un sep­ten­nat, ra­conte­t­il. Pré­sident de l’ogec de Notre­dame des Oli­viers, et aus­si de Saint­flour au ga­lop ».

Fran­çois Del­rieux a aus­si été ad­joint au maire. « Shé­rif ad­joint », comme il aime à le dire. « Le maire de l’époque, Au­guste Ma­bit, avait dans l’idée de me for­mer, à sa fa­çon, et de me lais­ser sa place, ra­conte­t­il. Mais je me suis ren­du compte de ce que c’était. Il faut être doué pour ça et moi je ne l’étais pas ».

S’il n’a donc au­cun re­gret en ma­tière de po­li­tique, il au­rait en re­vanche ai­mé être consul­té et pou­voir don­ner son avis sur le nom de la com­mune nou­velle. « Au dé­part, c’était même Mois­sac qui, avec l’ar­ri­vée de la gare, a été écra­sée et est de­ve­nue Neussargues­mois­sac. Au­jourd’hui, on nous im­pose cette Pinatelle qui n’a ja­mais été à Neussargues ». Fran­çois Del­rieux s’amuse donc, en guise de pied­de­nez, « à dire “Neussargues­mois­sac” quand on me de­mande mon adresse ».

Can­tal

Quand Fran­çois Del­rieux épluche des pommes, ce n’est pas pour faire de la com­pote ou une tarte mais du bou­din aux pommes.

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