« C’est la goutte d’eau de trop ! »

Pris­cil­lia Lu­dos­ky est l’au­teure de la pé­ti­tion vi­rale qui a ou­vert la voie aux « gilets jaunes »

La Montagne (Cantal) - - Prix Du Carburant - Na­tha­lie Van Praagh na­tha­lie.van­[email protected]­tre­france.com

Les « gilets jaunes » s’ap­prêtent à pro­tes­ter par­tout en France le 17 no­vembre contre la hausse des prix du car­bu­rant. Iti­né­raire d’une fronde ci­toyenne avec Pris­cil­lia Lu­dos­ky, 33 ans, à l’ori­gine de la pé­ti­tion qui a mis le feu aux poudres.

Elle l’avait au dé­part adres­sée au mi­nis­tère de la Tran­si­tion éco­lo­gique, ré­cla­mant « une baisse des prix du car­bu­rant à la pompe ». Cinq mois plus tard, la pé­ti­tion en ligne de Pris­cil­lia Lu­dos­ky, 33 ans, au­toen­tre­pre­neuse en cos­mé­tiques bio et vi­vant dans la ban­lieue pa­ri­sienne, flirte avec les 800.000 si­gna­tures. ■ Qu’est-ce qui vous a poussée à lan­cer cette pé­ti­tion ? Comme de nom­breux ci­toyens, je cherche à consom­mer mieux, à moins pol­luer quitte à être dé­ran­gée dans mes ha­bi­tudes. Et je com­prends tout à fait que le gou­ver­ne­ment veuille ac­cé­lé­rer ce mou­ve­ment. Mais ce que je n’en­tends pas, c’est la mé­thode qui vise à aug­men­ter les taxes au nom de l’éco­lo­gie alors que les so­lu­tions al­ter­na­tives ne sont pas prêtes. Et nous pous­ser à dé­lais­ser nos voi­tures alors qu’on ne peut se dé­pla­cer au­tre­ment quand on ha­bite par exemple en zone ru­rale.

On paye dé­jà 60 % de taxes dans le prix du car­bu­rant. C’est énorme. Et ce n’est pas ter­mi­né, nous an­nonce le gou­ver­ne­ment. Fau­dra­t­il at­teindre 80 % du mon­tant pour qu’on dise stop ? Le ké­ro­sène des avions n’est pas taxé alors qu’il est l’un des car­bu­rants les plus pol­luants : pour­quoi ne pas par­ta­ger la fac­ture ?

Si le but est de dé­fendre l’en­vi­ron­ne­ment, dans ce cas que tous ceux qui pol­luent mettent la main au por­te­feuille. Il faut nous dire aus­si à quoi ont ser­vi les taxes jus­qu’à au­jourd’hui. Ont­elles vrai­ment ai­dé à construire des so­lu­tions al­ter­na­tives fiables et ac­ces­sibles ? Per­son­nel­le­ment, je ne le vois pas.

■ Qu’est-ce qui fé­dère ce mou­ve­ment des « gilets jaunes » par­tout en France ? La voi­ture coûte chère en soi. Et en­core plus quand on l’uti­lise dans le cadre de son mé­tier. On cite sou­vent les taxis mais il existe plein d’ac­ti­vi­tés où elle est in­dis­pen­sable. La ques­tion qui est po­sée sur le car­bu­rant pour­rait l’être dans d’autres do­maines, mais ce­lui­là touche le tra­ vail, le sa­la­rié, la re­cherche d’em­ploi. Les fac­tures obli­ga­toires, comme l’éner­gie pour se chauf­fer, ne sont pas des loi­sirs dont on peut se dis­pen­ser. Elles frappent le quo­ti­dien des Fran­çais. Cette hausse des taxes sur le car­bu­rant, c’est la goutte d’eau qui fait dé­bor­der le vase.

■ « Blo­quer la France, c’est mi­nable » a dé­cla­ré l’an­cien mi­nistre des Tran­sports Do­mi­nique Bus­se­reau. Que vat-il se pas­ser ce sa­me­di

17 no­vembre ? Ce type de com­men­taire est inu­tile. Blo­quer la France, ça n’a pas de sens. Le but, comme toute ma­ni­fes­ta­tion, c’est de faire en­tendre notre mé­con­ten­te­ment mais aus­si nos ar­gu­ments et d’aug­men­ter le vo­lume de la grogne. Le mou­ve­ment s’or­ga­nise dans chaque ré­gion via les ré­seaux so­ciaux. La forme de l’ac­tion dé­pen­dra de chaque or­ga­ni­sa­teur lo­ca­le­ment : il ne s’agit pas de gê­ner les usa­gers, mais bien d’en­nuyer le gou­ver­ne­ment. On ne peut pas ma­ni­fes­ter dans les j ar­dins de l’ély­sée. Donc, on at­tire l’oeil, l’at­ten­tion au­tre­ment.

■ Les ten­ta­tives de ré­cu­pé­ra­tion po­li­tique, no­tam­ment de l’ex­trême droite, vous in

quiètent-elles ? À chaque ma­ni­fes­ta­tion, il y a tou­jours des po­li­tiques qui cherchent à se gref­fer au mou­ve­ment pour nuire au gou­ver­ne­ment en place parce qu’ils sont en­fer­més dans leur gué­guerre de par­tis. Le plus en­nuyeux, c’est d’avoir à me jus­ti­fier là­des­sus, d’avoir à ré­pé­ter que je ne suis af­fi­liée à au­cun par­ti po­li­tique. Mais je prends le temps de ré­pondre à tous ceux qui m’in­ter­rogent car il s’agit d’un mou­ve­ment ci­toyen et il faut qu’il le reste. Ce mou­ve­ment jus­te­ment, qu’est-ce qui peut l’ar­rê­ter ? Sû­re­ment pas les ré­ponses floues du gou­ver­ne­ment alors que 800.000 per­sonnes at­tendent des ré­ponses pré­cises. Ce que nous exi­geons dans un pre­mier temps, c’est que l’état cesse d’ali­men­ter la hausse des prix du car­bu­rant et ar­rête de faire pe­ser les taxes sur les épaules des seuls ci­toyens.

PRIS­CIL­LIA LU­DOS­KY. « On ne peut pas ma­ni­fes­ter dans les jar­dins de l’ély­sée. Donc, on at­tire l’oeil, l’at­ten­tion au­tre­ment. »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.