Le han­di­cap n’est plus un frein pour le tra­vail

Mé­tiers et pro­jets

La Montagne (Cantal) - - La Une -

CANTAL. Ils sont 300 em­ployés dans les cinq éta­blis­se­ments et ser­vices d’aide par le tra­vail (Esat) gé­rés par l’as­so­cia­tion dé­par­te­men­tale des amis et pa­rents de per­sonnes han­di­ca­pées.

OU­VER­TURE. Les Esat ouvrent les portes des en­tre­prises ou des col­lec­ti­vi­tés aux han­di­ca­pés et fa­vo­risent leur in­ser­tion en te­nant compte de leurs at­tentes et com­pé­tences.

Blan­chis­se­rie, es­paces verts, bu­reau­tique, condi­tion­ne­ment, me­nui­se­rie… Les 300 tra­vailleurs des éta­blis­se­ments et ser­vices d’aide par le tra­vail (Esat) de l’ada­pei du Cantal couvrent de nom­breux sec­teurs d’ac­ti­vi­té. Tou­jours au plus près de leurs pro­jets pro­fes­sion­nels, per­son­nels et de leurs be­soins.

Àl’esat de Pont de Julien, à Au­rillac, l’ate­lier blan­chis­se­rie fonc­tionne à plein ré­gime en ce dé­but d’après­mi­di. Les gestes de Ri­chard et Oli­vier sont syn­chro­ni­sés. Mé­ti­cu­leux. Pré­cis. Ils ré­cu­pèrent le linge la­vé et mouillé, le tendent pour le faire pas­ser dans une grande ma­chine qui s’oc­cupe du reste, sé­chant le drap et le fai­sant res­sor­tir plié, bien à plat. De l’autre cô­té de la pièce, Cé­cile s’oc­cupe de condi­tion­ner le linge et de le trier.

Tout ça, sous les yeux de Lu­cie Es­cas­sut, mo­ni­trice et res­pon­sable d’ate­lier. C’est elle qui a éta­bli des fiches d’ap­pren­tis­sage ac­cro­chées aux murs de l’ate­lier à des­ti­na­tion des tra­vailleurs han­di­ca­pés. Adap­tées à leurs pa­tho­lo­gies, elles offrent un sup­port vi­suel se­lon les be­soins. Pour les ai­der, au quo­ti­dien, dans la pra­tique de leur mé­tier.

« C’est un sys­tème qui per­met d’évi­ter les er­reurs, ex­plique la mo­ni­trice en dé­taillant les codes cou­leur qui per­mettent à cha­cun de s’y re­trou­ver. Ils ont tous en­vie de bien faire. Tout est réuni pour que ça marche. »

Et ça marche. Au fil du temps, les tra­vailleurs ont ga­gné en au­to­no­mie, en po­ly­va­lence, et dé­ve­loppent d’autres ca­pa­ci­tés. Comme Oli­vier, qui ne connais­sait pas bien les chiffres à son

ar­ri­vée. « Je me ser­vais des fiches tech­niques au dé­but, se sou­vient­il. Main­te­nant, je les uti­lise juste pour m’oc­cu­per des taies d’oreillers. Je sais ce que j’ai à faire ».

Des cos­mé­tiques aux meubles

Comme lui, Ri­chard et Cé­cile, 80 per­sonnes tra­vaillent sur le site de l’esat de Pont de Julien. Dans le Cantal, ils sont 300 em­ployés dans les cinq Esat gé­rés par l’as­so­cia­tion dé­par­te­men­tale des amis et pa­rents de per­sonnes han­di­ca­pées men­tales (Ada­pei). Tous tra­vaillent dans dif­fé­rents ate­liers, de la blis­té­ri­sa­tion, en pas­sant par les es­paces verts, le condi­tion­ne­ment, les cos­mé­tiques, la ser­ru­re­rie, la me­nui­se­rie, le bois de chauf­fage, ou en­core le mon­tage de meubles.

Par­mi les 300 tra­vailleurs des Esat de l’ada­pei du Cantal, une cin­quan­taine est éga­le­ment « mise à dis­po­si­tion » des en­tre­prises, col­lec­ti­vi­tés ou en­core ad­mi­nis­tra­tions. Ce dis­po­si­tif im­plique qu’ils aillent tra­vailler di­rec­te­ment dans ces struc­tures, ac­com­pa­gnés d’un char­gé d’in­ser­tion ou un en­ca­drant tech­nique au quo­ti­dien. C’est le cas de Ré­gis, ani­ma­teur à l’éta­blis­se­ment d’hé­ber­ge­ment pour per­sonnes âgées dé­pen­dantes (Eh­pad) de Laroquebrou. « J’ai d’abord tra­vaillé comme agent de sai­sie in­for­ma­tique. Il n’y avait pas de réel épa­nouis­se­ment pro­fes­sion­nel. Alors j’ai re­tra­vaillé mon pro­jet avec l’esat Hors les Murs. Mes qua­li­tés hu­maines et mon tem­pé­ra­ment ont mon­tré une com­pa­ti­bi­li­té avec l’ac­com­pa­gne­ment des per­sonnes âgées. » La loi de 2002 oblige en ef­fet les Esat à éla­bo­rer un pro­jet per­son­na­li­sé avec les per­sonnes ac­com­pa­gnées, se­lon leurs com­pé­tences et ap­pé­tences pro­fes­sion­nelles, afin d’or­ga­ni­ser le par­cours au sein des éta­blis­se­ments. Quelques mois plus tard, Ré­gis va­lide donc un bre­vet pro­fes­sion­nel de la jeu­nesse, de l’édu­ca­tion po­pu­laire et du sport (BPJEPS), dans le do­maine de l’ani­ma­tion so­ciale dans les ré­seaux de gé­ron­to­lo­gie et du han­di­cap. « Avant, j’étais der­rière un écran, et je me suis re­trou­vé de­vant des per­sonnes. J’ai fait beau­coup de pro­grès à l’oral », confie­t­il. Les re­cru­teurs, eux aus­si, y trouvent leur compte. Comme Mat­thieu Pi­ga­niol, di­rec­teur de la mai­son Pi­ga­niol, à Au­rillac, qui tra­vaille avec Da­vid de­puis plu­sieurs mois : « Outre le fait que je sois très content de ses ser­vices, il a un ef­fet pa­ci­fi­ca­teur au sein de l’équipe. Il est très mi­nu­tieux, très concen­tré, et je suis cer­tain que son taux d’er­reur est in­fé­rieur aux autres sa­la­riés, tant il se donne dans ce qu’il fait ».

So­li­da­ri­té

Un dis­po­si­tif ren­for­çant la vi­sion de l’esat comme vec­teur de l’in­ser­tion pro­fes­sion­nelle des per­sonnes en si­tua­tion de han­di­cap. « Leur in­té­rêt vient tou­jours avant tout », note Lu­cien La­lo, di­rec­teur gé­né­ral de l’ada­pei du Cantal. D’où la né­ces­si­té de leur ga­ran­tir un em­ploi dans des mi­lieux pro­té­gés, bien que l’ob­jec­tif fi­nal reste de « leur per­mettre de tout faire tous seuls », se­lon Pierre­jean Ter­rade, res­pon­sable de pôle, char­gé d’in­ser­tion et d’in­té­gra­tion à l’esat d’au­rillac.

Pour­tant, seuls, ils ne le sont ja­mais vrai­ment. Soit parce qu’ils sont ac­com­pa­gnés de mo­ni­teurs d’ate­liers – 50 sur le Cantal – soit parce qu’ils se sou­tiennent les uns les autres. « Ils se dé­si­gnent en tant que tu­teurs d’eux­mêmes, as­sez na­tu­rel­le­ment, car tous sont dans une vo­lon­té d’in­clu­sion », af­firme Cy­ril Chou­ve­lon, di­rec­teur de l’esat Hors les murs. Une co­hé­sion que l’on res­sent au sein de l’ate­lier blan­chis­se­rie. « Comme Ri­chard ne sa­vait pas comp­ter, il a dû uti­li­ser la cal­cu­la­trice, se sou­vient Lu­cie Es­cas­sut. Re­née a ap­pris plus vite que lui, et elle a ai­dé Ri­chard à ap­prendre. Il y a beau­coup de so­li­da­ri­té. »

« Ils ont tous en­vie de bien faire. Tout est réuni pour que ça marche »

PHO­TO D. LOUBIÈRE

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