Le gou­ver­ne­ment reste inflexible

En dé­pit de la forte mo­bi­li­sa­tion du week­end, Édouard Phi­lippe en­tend main­te­nir le cap

La Montagne (Cantal) - - France & Monde -

Au len­de­main de la mo­bi­li­sa­tion des « gi­lets jaunes », Édouard Phi­lippe a as­su­ré hier avoir en­ten­du la « co­lère » et la « souf­france », mais veut main­te­nir le « cap » alors que blo­cages et bar­rages fil­trants se sont pour­sui­vis dans plu­sieurs ré­gions et pour­raient per­sis­ter au­jourd’hui.

«Un gou­ver­ne­ment qui chan­ge­rait de pied en per­ma­nence, qui zig­za­gue­rait au gré des dif­fi­cul­tés, […] ne condui­rait pas la France là où elle doit être conduite », s’est jus­ti­fié le chef du gou­ver­ne­ment, in­vi­té du jour­nal de 20 heures de France 2.

Le Pre­mier mi­nistre a de nou­veau af­fi­ché les en­ga­ge­ments pris par Em­ma­nuel Ma­cron de faire bais­ser les pré­lè­ve­ments obli­ga­toires et de mieux ré­mu­né­rer le tra­vail, quitte à da­van­tage taxer la pol­lu­tion.

« Le cap que nous avons fixé, il est bon et nous al­lons le te­nir », a­t­il af­fir­mé, tout en as­su­rant avoir en­ten­du la « co­lère », « la souf­france », « l’ab­sence de pers­pec­tives », « le sen­ti­ment de dé­clas­se­ment et peut­être même d’aban­don » des quelque 290.000 per­sonnes qui ont ma­ni­fes­té sa­me­di contre les hausses de taxes sur les car­bu­rants.

Hier, la mo­bi­li­sa­tion était plus faible mais de nom­breux bar­rages fil­trants ou blo­cages étaient si­gna­lés, à des ronds­points ou sur des axes au­to­rou­tiers, comme à Mon­té­li­mar, Cha­lon­surSaône, au Mans et ailleurs dans l’ouest, en Nou­velle­aqui­taine ou en­core en Vau­cluse ou dans le Var.

À Caen, les gen­darmes sont in­ter­ve­nus dans l’après­mi­di pour dis­per­ser un mil­lier de gi­lets jaunes sur un échan­geur au sud de la ville.

Sur en­vi­ron 150 sites, les ma­ni­fes­tants avaient ap­pe­lé à re­con­duire le mou­ve­ment, se­lon l’in­té­rieur. Beau­vau n’a pas com­mu­ni­qué de chiffre sur le nombre de ma­ni­fes­tants di­manche, es­ti­més à en­vi­ron 40.000 se­lon des mé­dias.

Dans plu­sieurs en­droits, les « gi­lets jaunes » ont in­di­qué qu’ils pour­sui­vraient le mou­ve­ment au­jourd’hui, comme à Brioude (Haute­loire) ou dans le Mor­bi­han. Au Mans no­tam­ment, une union aux rou­tiers et agri­cul­teurs pour em­pê­cher l’ac­cès à l’a28 est an­non­cée.

Sa­me­di, les ma­ni­fes­tants avaient blo­qué au­to­routes, ronds­points, hy­per­mar­chés ou or­ga­ni­sé des opé­ra­tions de péage gra­tuit. Des « gi­lets jaunes » se sont aus­si ren­dus près de l’ély­sée où les forces de l’ordre ont uti­li­sé des gaz la­cry­mo­gènes.

Le bi­lan hu­main est lourd avec un mort, une ma­ni­fes­tante de 63 ans per­cu­tée par une conduc­trice prise de pa­nique, et plus de 400 bles­sés – dont 14 gra­ve­ment y com­pris par­mi les forces de l’ordre – et les dé­gra­da­tions ont été nom­breuses. 282 per­sonnes ont été in­ter­pel­lées. « La li­ber­té de ma­ni­fes­ta­tion, ce n’est pas l’anar­chie », a af­fir­mé Édouard Phi­lippe au su­jet des dé­bor­de­ments.

Hier, un ma­ni­fes­tant a été griè­ve­ment bles­sé près de SaintQuen­tin (Aisne) lors­qu’un au­to­mo­bi­liste a for­cé un bar­rage.

Si les gi­lets jaunes n’ont pas réus­si à pa­ra­ly­ser la France, tout le ter­ri­toire a été tou­ché du­rant le week­end par leurs ac­tions, or­ga­ni­sées en de­hors des par­tis et des syn­di­cats.

Pou­voir d’achat

Sa­me­di, Em­ma­nuel Ma­cron et Édouard Phi­lippe avaient lais­sé Ch­ris­tophe Cas­ta­ner mon­ter au front. Le chef de l’état, en vi­site en Al­le­magne di­manche où le 18 no­vembre est un jour de com­mé­mo­ra­tion aux vic­times de guerre, ne s’est pas ex­pri­mé en rai­son du « de­voir de dé­cence », se­lon l’ély­sée.

Fran­çois de Ru­gy ou Gé­rald Dar­ma­nin ont été en­voyés dans les mé­dias pour dé­fendre le be­soin de me­ner la tran­si­tion éco­lo­gique mal­gré un « ras­le­bol fis­cal » re­con­nu par le mi­nistre du Bud­get.

Se­lon un son­dage pu­blié par Le Jour­nal du Di­manche, 62 % des Fran­çais jugent qu’il faut « don­ner la prio­ri­té au pou­voir d’achat quitte à al­ler moins ra­pi­de­ment sur la tran­si­tion éner­gé­tique » dans les pro­chaines an­nées.

Édouard Phi­lippe a éga­le­ment écar­té l’idée du pa­tron de la CFDT Laurent Ber­ger ap­pe­lant Em­ma­nuel Ma­cron à « réunir très ra­pi­de­ment » syn­di­cats, pa­tro­nat et as­so­cia­tions « pour construire un pacte so­cial de la conver­sion éco­lo­gique ». « Je ne crois pas, a ré­tor­qué le Pre­mier mi­nistre, que ce que de­mandent les “gi­lets jaunes” soit une grande confé­rence avec les res­pon­sables po­li­tiques et des res­pon­sables syn­di­caux. »

PHO­TO AFP

ÉDOUARD PHI­LIPPE. In­vi­té au jour­nal de 20 heures de France 2, le Pre­mier mi­nistre a as­su­ré, hier, avoir en­ten­du la « co­lère » et la « souf­france », tout en ré­af­fir­mant sa vo­lon­té de main­te­nir le « cap ».

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