« On traite les en­fants han­di­ca­pés comme des pes­ti­fé­rés »

La Montagne (Cantal) - - Familles -

« Tous les jours, dit-il, j’ai des ma­mans en pleurs, déses­pé­rées, au té­lé­phone ».

Jean­luc Duval évoque des « si­tua­tions dra­ma­tiques. On est face à une ca­tas­trophe qu’on cherche à ca­cher der­rière un beau ri­deau. On fait tout pour faire taire les gens sur le ter­rain. Il y a de beaux dis­cours po­li­tiques, mais la réa­li­té est autre », com­mente le pré­sident du Col­lec­tif Ci­toyen Han­di­cap, créé il y a cinq ans, dans le nord de la France.

En dé­but de mois, une mi­li­tante de ce col­lec­tif, mère d’un en­fant au­tiste âgé de 10 ans, mon­tait sur un écha­fau­dage pour pro­tes­ter contre les condi­tions de re­cru­te­ment des auxi­liaires de vie sco­laire (AVS). Un mode d’ac­tion spec­ta­cu­laire pour « mettre la pres­sion ». « Nous n’avons pas d’autres choix que ces opé­ra­tions coupde­poing pour nous faire en­tendre. On le fait pour tous ces en­fants qui ont droit à la consi­dé­ra­tion ».

Jean­luc Duval, pa­pa de ju­meaux au­tistes de 10 ans, pointe du doigt la dé­gra­da­tion de la si­tua­tion. « Au­jourd’hui, on pal­lie le manque D’AVS en mu­tua­li­sant de plus en plus. En moyenne, un en­ fant dis­pose de 5 heures D’AVS par se­maine, ce qui est ri­di­cule ». Il fait al­lu­sion à ces en­fants qui, à l’heure qu’il est, n’ont tou­jours pas pu faire leur ren­trée, faute D’AVS, à ces AVS qu’on prend pour don­ner à d’autres, à ces contrats D’AVS qui s’ar­rêtent brus­que­ment, lais­sant l’en­fant li­vré à lui­même… « On est à 72.000 AVS pour 175.000 en­fants. Les rec­to­rats sont dé­pas­sés par la si­tua­tion et ne ré­pondent même plus ».

Le turn-over des AVS

Sans par­ler du fort tur­no­ver. Du­rant les trois an­nées où ont été sco­la­ri­sés ces deux fils, Jean­luc Duval a vu pas­ser 20 AVS. En moyenne, c’est entre 2 et trois par an pour les fa­milles. « Les per­sonnes re­cru­tées ont un ni­veau sou­ vent in­fé­rieur au Bac, ont plus de 50 ans et dé­couvrent la pa­tho­lo­gie de l’en­fant en ar­ri­vant. Sur­tout, elles ne sont pas for­mées et sont pré­ca­ri­sées. Beau­coup fi­nissent par dé­mis­sion­ner ou s’ar­rêtent pour dé­pres­sion. Ain­si, on met tout le monde en dif­fi­cul­té : l’en­fant, L’AVS et l’en­sei­gnant ».

Le Col­lec­tif Ci­toyen Han­di­cap, qui de­vrait être re­çu bien­tôt par le Mi­nis­tère de l’édu­ca­tion na­tio­nale, de­mande le re­cru­te­ment de 10.000 édu­ca­teurs spé­cia­li­sés dans un pre­mier temps. « On fait des éco­ no­mies de bouts de chan­delle sur le dos de ces en­fants. Mais si on ne les mène pas vers l’au­to­no­mie, si on ne leur ap­prend pas à lire et à écrire, ils coû­te­ront plus tard bien plus cher à la so­cié­té. C’est le mi­ni­mum à leur ap­por­ter ». Au lieu de ce­la, « on traite les en­fants han­di­ca­pés comme des pes­ti­fé­rés. Plus de 10.000 d’entre eux at­tendent un AVS et plus de 20.000 n’ont au­cune so­lu­tion d’ac­cueil car tout est sa­tu­ré ».

« Plus de 20.000 en­fants n’ont au­cune so­lu­tion d’ac­cueil car tout est sa­tu­ré » JEAN-LUC DUVAL. Col­lec­tif Ci­toyen Han­di­cap

PHO­TO AFP

AIDE. Les no­ti­fi­ca­tions D’AVS peuvent prendre entre six et dix mois, une fois le dos­sier dé­po­sé.

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