Pro­thèses : l’au­vergne tou­chée par le scan­dale

La Montagne (Cantal) - - La Une - PHO­TO AFP

CHI­RUR­GIE. Un nou­veau scan­dale concer­nant des im­plants mam­maires sus­cep­tibles de cau­ser un can­cer a été ré­vé­lé. Il im­plique des pro­thèses à vi­sée mé­di­cale ou es­thé­tique.

TÉ­MOI­GNAGE. En Au­vergne, plu­sieurs cen­taines de femmes, à qui ont été po­sées ces pro­thèses à sur­face gra­nu­leuse mises en cause, sont au­jourd’hui dans l’in­cer­ti­tude.

Après les ré­vé­la­tions faites dans l’émis­sion Cash in­ves­ti­ga­tion sur France 2, concer­nant la pro­bable re­la­tion entre les pro­thèses mam­maires tex­tu­rées et le dé­ve­lop­pe­ment d’un can­cer très rare, une pa­tiente de la ré­gion, qui avait dé­jà été vic­time du scan­dale des pro­thèses PIP, fait part de sa co­lère à tra­vers son té­moi­gnage.

Joëlle est en­core sous le choc. Mar­di, elle a re­gar­dé l’émis­sion sur France2 Cash in

ves­ti­ga­tion. Dès la fin du re­por­tage sur les pro­thèses mam­maires Al­ler­gan qui pour­raient cau­ser un lym­phome du sein très rare, elle re­cherche la pe­tite carte qu’on lui a re­mise lors de sa chi­rur­gie re­cons­truc­tive. Elle y lit le nom de la marque in­cri­mi­née. « Je me suis dit : “ce n’est pas pos­sible !”, c’est la deuxième fois qu’une chi­rur­gie cen­sée soi­gner les gens est ca­pable de gé­né­rer un can­cer, voire de don­ner la mort ».

En 2005, on dé­couvre à cette femme ha­bi­tant près de Gué­ret, dans la Creuse, une pe­tite cal­ci­fi­ca­tion au sein. Elle est trai­tée par chi­rur­gie. Quatre ans plus, une ré­ci­dive la conduit à nou­veau au bloc, mais cette fois pour une mas­tec­to­mie. « On m’a alors par­lé de can­cer et de risque d’évo­lu­tion ; il était ain­si pré­fé­rable d’en­vi­sa­ger une abla­tion com­plète de mon sein », ex­plique­t­elle. On lui pro­pose une re­cons­truc­tion mam­maire dans la fou­lée. « Et j’ai eu la chance, iro­nise­t­elle, d’avoir une pro­thèse PIP ! ».

Scan­dale

En 2010 éclate le scan­dale sa­ni­taire de cette marque, les pro­thèses ayant ten­dance à se fis­su­rer et à ré­pandre dans l’or­ga­nisme le gel de si­li­cone dont elles sont consti­tuées. « On m’a conseillé de faire re­ti­rer cette pro­thèse qui n’était pas fiable, ce­la com­por­tait trop de risques », évoque Joëlle, au­jourd’hui âgée de 65 ans.

« Quand on a eu un sein en­le­vé, c’est l’in­té­gri­té phy­sique qui est ébran­lée. La der­nière fois que vous vous voyez en­tière dans un mi­roir… vous vous dites : “On va m’en­le­ver ça, je ne me ver­rai plus ja­mais pa­reil”. Puis il y a une re­cons­truc­tion qui est faite au mieux, mais ce­la reste quand même un corps étran­ger, que l’on sent, que l’on voit, ce n’est pas ano­din de se faire faire cette opé­ra­tion. Qui plus est quand un an plus tard on vous dit qu’il faut l’en­le­ver pour re­com­men­cer ! ».

« Là, ça fait deux fois qu’on me pose les mau­vaises pro­thèses ». À l’état de choc s’ajoute la co­lère et « on re­plonge dans le pro­blème ». Mer­cre­di, Joëlle, tou­jours en ac­ti­vi­té pro­fes­sion­nelle, prend son té­lé­phone et ap­pelle le Centre Jean­p er­rin à Cler­mont­fer­rand pour sa­voir si ses pro­thèses sont tex­tu­rées et connaître la conduite à te­nir. Dès le len­de­main, elle ob­tient un ren­dez­vous avec le chi­rur­gien qui l’a opé­rée. Ses pro­thèses, l’une pour la re­cons­truc­tion après can­cer et l’autre pour le ré­équi­li­brage de sa poi­trine,

sont toutes les deux tex­tu­rées. On lui conseille de chan­ger à nou­veau… de re­faire une IRM.

Mé­pris

Joëlle est ac­ca­blée et ne sait plus trop que faire. « J’ai en­vie de me don­ner du temps, mais je ne suis pas sûre d’en avoir tant que ça ». C’est une bat­tante, mais là, ce­la fait beau­coup. Et c’est sans comp­ter sur la dis­tance qui la sé­pare du centre – deux heures de route – et tous les désa­gré­ments qui vont avec.

« Au­jourd’hui, je me sens trom­pée, ma confiance dans le mi­lieu mé­di­cal est émous­sée. J’ai­me­rais que l’on fasse un peu plus at­ten­tion aux femmes qui sont dans ces si­tua­tions, que l’on prenne en compte leur mal­être, qu’on ar­rête de les ber­ner, je res­sens de l’ir­res­pect, voire du mé­pris ».

« Au­jourd’hui je me sens trom­pée ma confiance dans le mi­lieu mé­di­cal est émous­sée »

Quelles pa­tientes à risque ?

En­vi­ron deux cents pa­tientes, comme Joëlle, avaient été ex­plan­tées de leurs pro­thèses PIP il y a dix ans au Centre JeanPer­rin. De­puis cette date, en­vi­ron 1.500 pa­tientes y ont été prises en charge dans le cadre d’un can­cer du sein et portent des pro­thèses mam­maires lisses ou tex­tu­rées (en ma­jo­ri­té tex­tu­rées). Au­jourd’hui, les mé­de­cins manquent d’in­for­ma­tion pour sa­voir quelles sont les femmes à risques par­mi celles por­teuses de ces pro­thèses tex­tu­rées.

BEDRUNES PHO­TOS DA­NIEL

Les pro­thèses mam­maires à sur­face tex­tu­rée sont uti­li­sées en chi­rur­gie es­thé­tique et en chi­rur­gie re­cons­truc­tive après can­cer.

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