Le coût de l’éco­lo­gie fait dé­bat

Les su­jets en­vi­ron­ne­men­taux ont ani­mé le conseil com­mu­nau­taire de Saint­flour, jeu­di soir

La Montagne (Cantal) - - La Une - Yann Bays­sat

Lors du long conseil com­mu­nau­taire de jeu­di, deux su­jets ont divisé les élus : la hausse de l’im­po­si­tion sur les boues, et le ré­ta­blis­se­ment de la conti­nui­té éco­lo­gique de l’an­der.

59 dé­li­bé­ra­tions, 4 h 30 de réunion… pour deux dé­bats ani­més. À l’échelle de Saint­flour com­mu­nau­té, où le consen­sus si­len­cieux est la norme, on pour­rait ap­pe­ler ça une réunion mou­ve­men­tée.

Et c’est l’éco­lo­gie, et son coût, qui a fait dé­bat, c’est dans l’air du temps. Son coût fi­nan­cier, d’abord, avec la ques­tion du trai­te­ment des boues, et des dé­chets verts.

La com­mu­nau­té as­sure le trai­te­ment des boues de­puis 2015. « Et, en­semble, nous avons fait le choix de ne pas les épandre, par me­sure de pré­cau­tion, sur notre ter­ri­toire où il y a des AOP », a rap­pe­lé le pré­sident, Pierre Jar­lier. Cette com­pé­tence dé­lé­guée au Sy­tec, il a été dé­ci­dé de mé­lan­ger les boues aux dé­chets verts pour en faire du com­post, ven­du à bas prix aux agri­cul­teurs. « Au dé­but, nous avions peur de man­quer de dé­chets verts. Et puis, le trai­te­ment par les com­munes de ces dé­chets a été in­ter­dit. Et au­jourd’hui, on ne sait plus quoi en faire. La col­lecte coûte cher, le ta­rif ne cor­res­pond pas à la réa­li­té du ser­vice, et nous avons du mal à équi­li­brer le bud­get, quand bien même nous ven­dons 2.000 tonnes de com­post chaque an­née, main­te­nant que ce ser­vice est ro­dé. »

5 cen­times par m3

Deux études ont donc été com­man­dées, sur les boues et les dé­chets verts. « Et la seule so­lu­tion, c’est d’aug­men­ter la taxe. Si­non, les com­munes peuvent tou­jours re­prendre la com­pé­tence… mais quand il fau­dra payer, je sou­haite bon cou­rage au maire. » Il a donc été pro­po­sé d’aug­men­ter la re­de­vance sur les boues de 0,20 à 0,25 € le m3.

Une so­lu­tion qui ne convient pas à la maire de Co­ren, Pa­tri­cia Ro­chès. « Deux choses me posent pro­blème. Qu’on nous oblige à trai­ter les dé­chets verts, ce qui nous coûte 6 mil­lions d’eu­ros. Et qu’on aug­mente en­core une taxe, alors que celle sur les or­dures mé­na­gères a dé­jà été ma­jo­rée de 6 %. N’a­t­ on pas d’autre so­lu­tion que d’aug­men­ter l’im­pôt ? Il faut qu’on tra­vaille le su­jet. Et à quoi bon payer des bu­reaux d’études pour ar­ri­ver à ce genre de so­lu­tion qu’on au­rait pu trou­ver tout seul ? » « On tra­vaille dé­jà sur ce su­jet de­puis des an­nées, mais si Pa­tri­cia a une idée lu­mi­neuse, je se­rai ra­vi qu’elle nous en fasse part » a lan­cé l’élu san­flo­rain Mi­chel Seyt. Dé­but d’un long échange ten­du avec, aus­si, Pierre Jar­lier. Qui a dé­fen­du le trai­te­ment des dé­chets à la san­flo­raine : « le coût des or­dures mé­na­gères est 40 à 50 % moins cher ici qu’ailleurs. » La dé­li­bé­ra­tion a fi­na­le­ment été adop­tée, avec un seul vote contre.

« L’eau est pour­rie ! »

En ce qui concerne la conti­nui­té éco­lo­gique de l’an­der, et la dé­mo­li­tion de 14 ou­vrages le long du cours d’eau, c’est plus un coût sen­ti­men­tal qui a ame­né le con­seiller san­flo­rain JeanPierre Ber­thet à s’em­por­ter. « On a fait de gros ef­forts pour créer cette re­te­nue d’eau, qui fait que le pay­sage de la ville basse est ce qu’il est au­jourd’hui. Avant de dé­mo­lir la re­te­nue de l’an­der, qui va le trans­for­mer en pe­tit ruisseau, on fe­rait mieux de dé­pol­luer la ri­vière. Ça, ça gène les pois­sons, parce que je vous le dis, l’eau est pour­rie ! On au­rait dû im­po­ser aux en­tre­prises de payer la dé­pol­lu­tion. » « Je suis d’ac­cord avec toi, a ré­pon­du Pierre Jar­lier. Je pense que les pois­sons peuvent très bien sau­ter cette re­te­nue comme les autres. Mais au­jourd’hui, nous sommes lé­ga­le­ment obli­gés de les ef­fa­cer. Et des cré­dits nous aident à le faire. Si nous ne le fai­sons pas main­te­nant, avec ces aides, d’autres de­vront le faire de­main avec leurs propres moyens. Mais nous re­tar­de­rons les tra­vaux au maxi­mum. » En l’état, le chan­tier, éva­lué à 1,696 mil­lion d’eu­ros, coû­te­rait 30.720 € à la com­mu­nau­té sur cinq ans. Un coût sym­bo­lique, en tous points, et un prin­cipe qui a été vo­té, avec 5 abs­ten­tions, et deux élus qui n’ont pas pris part au vote.

CO-COMPOSTAGE. 2.000 tonnes de com­post sont ven­dues chaque an­née, en mé­lan­geant les boues et les dé­chets verts. Ce qui ne suf­fit pas à équi­li­brer le bud­get pour au­tant.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.