Zi­ra­ka­sh­vi­li : « Vern Cot­ter m’a fait ! »

Der­nier joueur à avoir vu ar­ri­ver le Néo­zé­lan­dais à L’ASM en 2006

La Montagne (Cantal) - - Top 14 2018-2019 - Ch­ris­tophe Bu­ron

Qui mieux que le droi­tier géor­gien (35 ans), au­teur face au LOU d’un match taille pa­tron, pour nous par­ler de Vern Cot­ter, qu’il a vu ar­ri­ver un jour d’été 2006 ? Un homme qui a chan­gé le des­tin de Da­to Zi­ra­ka­sh­vi­li.

Joueur de peu de mots, le plus an­cien de l’ef­fec­tif cler­mon­tois est le der­nier à avoir vé­cu dans son in­té­gra­li­té l’ère Vern Cot­ter à L’ASM, de 2006 à 2014. À ce titre, Da­to Zi­ra­ka­sh­vi­li a ac­cep­té la ren­contre que nous lui pro­po­sions pour évoquer le coach ac­tuel de Mont­pel­lier, un homme qu’il au­ra plai­sir à re­voir, au­jourd’hui, au GGL Sta­dium.

Plus de dix ans après, que re­te­nez-vous de l’ar­ri­vée de Vern Cot­ter à Cler­mont ?

Que dire de Vern ? C’est lui qui m’a fait ! Si je suis le joueur que je suis au­jourd’hui, c’est grâce à lui. Il m’a taillé ( sic), si je puis dire. Il m’a don­né ma chance et m’a fait confiance. Si je suis en­core dans le cir­cuit au­jourd’hui, je le dois beau­coup à Vern.

Com­ment avez-vous res­sen­ti son im­pact à cette époque ? On sor­tait d’une sai­

son avec Phi­lippe Agostini où c’était à l’aise, la vie était fa­cile à L’ASM… Avec Cot­ter, le chan­ge­ment a été bru­tal. Je n’ou­blie­rai ja­mais la pre­mière fois qu’il nous a im­po­sé le « strong man » ; un en­traî­ne­ment phy­sique très, très cos­taud. Un truc que l’on n’avait ja­mais vu, un truc d’ex­tra­ter­restre. Vern Cot­ter a ap­por­té une dis­ci­pli­ ne à tous les ni­veaux et pas que sur le ter­rain.

Des joueurs ont-ils bais­sé les bras ?

Vern aver­tis­sait les gars qui ne joue­raient pas parce qu’il es­ti­mait qu’ils n’avaient pas le ni­veau. Et quand Vern di­sait… Vern fai­sait. Oui, il y a des joueurs qui n’ont pas sup­por­té, qui sont par­tis. Après, j’en­tends par­fois des cri­tiques le concer­nant mais si Cler­mont en est là, c’est en grande par­tie grâce à lui. Je dis sou­vent que les rails sur les­quelles roule L’ASM au­jourd’hui ont été po­sés par Vern Cot­ter.

Fal­lait-il vrai­ment s’ac­cro­cher pour ac­cep­ter ses mé­thodes, no­tam­ment dans le ma­na­ge­ment ?

On est des hu­mains et quelle que soit l’ac­ti­vi­té, dans le ma­nage­ ment, il y a des hauts et des bas. Par­fois, tu n’es pas d’ac­cord avec ce­lui qui te com­mande. Mais si tu prends un peu de re­cul, que tu ré­flé­chis, tu te rends compte que c’est dif­fi­cile d’être tou­jours en phase et qu’on ne va pas se sui­ci­der pour au­tant. Il faut ap­prendre à pro­gres­ser dans le désac­cord. Moi, il m’ar­rive de ne pas être d’ac­cord avec moi­même.

Vous en avez vou­lu à Vern Cot­ter de ne pas vous ti­tu­la­ri­ser lors des fi­nales 2009 et 2010 ?

Non, car dans le rug­by il y a, mal­heu­reu­se­ment ou pas, des pro­to­coles à res­pec­ter. À cette époque, j’étais un ga­min ( 26 ­ 2 7 ans, ndlr ) et Mar­tin ( Scel­zo) avait la confiance ab­so­lue du groupe. En 2009­2010, je dois dé­bu­ter 26 ou 27 matchs mais aux yeux du groupe et du staff, Mar­tin était lé­gi­time à par­tir de la de­mi­fi­nale. Il ap­por­tait un sur­plus de confiance. Tu as tou­jours du cha­grin quand tu ne dé­butes pas, mais ce sont des aléas.

Avez-vous tou­jours plai­sir à re­voir Vern Cot­ter ?

Entre lui et moi, il n’y avait pas énor­mé­ment de grandes dis­cus­sions mais il y avait un res­pect mu­tuel. On ne s’est ja­mais vrai­ment dé­voi­lé mais je pense qu’il res­pec­tait l’homme que j’étais. Avant d’être un joueur ou un coach, on est des hommes, c’est ce qui compte le plus. Pour moi, les his­toires d’hommes sont tou­jours plus belles. Et je suis tou­jours content de le re­voir.

« Du 1 au 23, on a tous une res­pon­sa­bi­li­té »

Pour par­ler de vous et de cette sai­son, pour­quoi avoir re­fu­sé cet été le sta­tut de vice-ca­pi­taine ?

Pour moi, un titre, un bras­sard, ça ne veut pas dire grand­chose. Si je dois faire un dis­cours au groupe, il faut que ça sorte des tripes. Ca­pi­taine, il y a l’obli­ga­tion de par­ler, de faire des dis­cours, c’est pro­gram­mé et ce n’est pas com­pa­tible avec l’homme que je suis. Sur le ter­rain, j’es­time que du 1 au 23, on a tous une res­pon­sa­bi­li­té. Mais at­ten­tion, je ne dis pas qu’un ca­pi­taine est inu­tile. Je veux juste dire les choses quand j’en éprouve l’en­vie et le be­soin.

PHO­TO FRANCK BOI­LEAU

PER­FOR­MANCE. Les sou­rires sont de cir­cons­tances sur le bord de touche quand Da­to Zi­ra­ka­sh­vi­li sort (71e), fé­li­ci­té par Sé­bas­tien Bour­din sous l’oeil de Franck Azé­ma. Le pi­lier cler­mon­tois a li­vré une par­tie pleine, en mê­lée, mais aus­si dans le jeu, of­fen­sif comme dé­fen­sif.

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