Pre­mière femme pa­ra­plé­gique pi­lote de vol­tige aé­rienne Do­rine Bour­ne­ton pion­nière

La Montagne (Cantal) - - Reportage - VO­LON­TÉ.

Seule

En 1991, Do­rine Bour­ne­ton perd l’usage de ses jambes dans un ac­ci­dent d’avion, dont elle est la seule res­ca­pée, sur les quatre pas­sa­gers. Elle ne s’ap­pe­san­tit pas : « Il a fal­lu que je me re­lève, que je re­bon­disse pour réus­sir. Je consi­dère au­jourd’hui que je suis tom­bée, je me suis re­le­vée, j’ai re­bon­di et j’ai réus­si. Ça a pris vingt­cinq ans. »

Et comme « ce qui ne tue pas rend plus fort », Do­rine cultive sa chance d’être vi­vante : « Je me suis dit que j’avais une chance im­mense et que je n’avais pas le droit de la gâ­cher. Il fal­lait don­ ner du sens à cet ac­ci­dent. Je trou­vais tel­le­ment in­juste de perdre mes jambes à 16 ans. Les autres sont morts, je n’avais pas le droit de me lais­ser al­ler. Ils n’ont pas eu ma chance. Au dé­but, je me suis bat­tue pour eux. »

Douze heures dans l’at­tente, le froid, la peur de mou­rir, la peur qu’on ne vous re­trouve pas, la peur de tout. Ce sont « des heures qui comptent triple. Je n’ai pas de sou­ve­nirs conscients mais ça s’est ins­crit au fond de moi. In­cons­ciem­ment, mon hy­per­sen­si­ bi­li­té est liée à ce trau­ma­tisme ». Re­fu­sant de se faire ai­der psy­cho­lo­gi­que­ment, Do­rine es­time au­jourd’hui avoir per­du « beau­coup de temps, mais je pen­sais que per­sonne n’était ca­pable de me com­prendre. Per­sonne ne pou­vait se mettre à ma place ».

Dans un lent pro­ces­sus de ré­si­lience, elle construit un pro­jet de vie : « Mon ob­jec­tif était de re­prendre les com­mandes d’un avion, même si les mé­de­cins di­saient que c’était im­pos­sible. J’étais convain­cue, avec le sou­tien de mon père, que l’on trou­ve­rait des so­lu­

Au­vergne tions. Comme on adapte des voi­tures, j’étais per­sua­dée qu’on pour­rait adap­ter un avion. Il m’a fal­lu quatre ans pour le trou­ver, en 1994, à Tou­louse, le ber­ceau de l’aé­ro­nau­tique. »

Sa pre­mière vic­toire, l’ob­ten­tion de son bre­vet de pi­lote, en 1995, est vite as­som­brie par les a prio­ri sur le han­di­cap : « On m’a fait com­prendre que ce mé­tier était in­ter­dit aux han­di­ca­pés, qu’ils por­te­raient pré­ju­dice à la ré­pu­ta­tion de la p ro f e s s i o n . Il m’ a f a l l u sept ans pour convaincre du contraire et abou­tir à la si­gna­ture de l’ar­rê­té mi­nis­té­riel qui per­met aux per­

PHO­TO DR

Prou­ver que « les han­di­ca­pés peuvent par­ta­ger le ciel des pi­lotes confir­més ».

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