Vol­ti­geuse des airs et femme de dé­fis

La Montagne (Cantal) - - Reportage - DO­RINE BOUR­NE­TON. « Lau­rence Gé­li­neau lau­rence.ge­li­[email protected]­tre­france.com

Do­rine Bour­ne­ton vient de créer l’as­so­cia­tion « On a tous des rêves », dont le triple but est d’ac­qué­rir un avion de vol­tige et de l’équi­per de com­mandes ma­nuelles de pi­lo­tage ; for­mer des pa­ra­plé­giques au pi­lo­tage ; par­ta­ger le plai­sir de la vol­tige avec des pas­sa­gers.

« À tra­vers ces ob­jec­tifs, nous in­ver­sons les rôles : ce sont les han­di­ca­pés qui portent, guident et ini­tient. » Dans cette op­tique, l’as­so­cia­tion est à la re­cherche de fonds, no­tam­ment pour l’ac­qui­si­tion de l’avion ( lire en­ca­dré).

Por­tée par Do­rine Bour­ne­ton et son com­père de tou­jours, Guillaume Fé­ral, pi­lote ins­truc­teur pa­ra­plé­gique, l’as­so­cia­tion en­tend for­mer d’autres per­sonnes han­di­ca­pées à la vol­tige aé­rienne.

« On s’adresse en par­ti­cu­lier aux jeunes per­sonnes ac­ci­den­tées parce que quand on vient d’avoir un ac­ci­dent, tout s’ef­fondre, on perd confiance et la vol­tige peut ai­der à re­cons­truire l’es­time de soi qui est si im­por­tante pour vivre et trou­ver un em­ploi. En dé­ve­lop­pant de nou­velles com­pé­tences, on aug­mente son em­ploya­bi­li­té. » tion, on va de­ve­nir in­cons­cient de sa com­pé­tence et pi­lo­ter sans même y pen­ser, tel un ré­flexe. Mais pour en ar­ri­ver là, l’ap­pren­tis­sage est per­ma­nent. »

En vol­tige, le pi­lote se met en confi­gu­ra­tion in­usuelle et prend donc un risque. « On ne peut pas tri­cher. C’est pour­quoi il faut ap­prendre à maî­tri­ser sa peur et ses émo­tions si­non on reste der­rière l’obs­tacle. »

Ce do­maine d’ex­cel­lence qu’est la vol­tige as­so­cie ri­gueur et maî­trise de soi dont la pra­tique « confère un sen­ti­ment d’ac­com­plis­se­ment. Quand on a un ac­ci­dent, notre vie est bou­le­ver­sée. On est plus émo­tif, plus sen­sible, plus fra­gile. On perd notre au­to­no­mie puis on ap­prend à la re­con­qué­rir, mais ja­mais com­plè­te­ment. »

La moindre marche de­vient un obs­tacle. Mais pas au­tant que le re­gard des autres : « Long­temps, je n’ai pas fait par­tie du pay­sage, les re­gards glis­saient au­des­sus de ma tête, je n’avais pas droit à un re­gard, et c’est le re­gard qui crée le lien, la com­mu­ni­ca­tion. Tous les jours on se prend des gifles. La vol­tige m’a ren­for­cée. En tant que vol­ti­geuse j’ai trou­vé la force qui me man­quait en tant que han­di­ca­pée. »

« En tant que vol­ti­geuse j’ai trou­vé la force qui me man­quait en tant que han­di­ca­pée »

Faire chan­ger la per­cep­tion du han­di­cap est l’un des autres buts de l’as­so­cia­tion “On a tous des rêves”. « Je sou­haite que l’avion soit un ou­til de sen­si­bi­li­sa­tion et de pé­da­go­gie. Quand je vole, j’ai l’im­pres­sion de dan­ser dans le ciel. Le han­di­cap n’est pas le plus im­por­tant, je l’ai com­plè­te­ment in­té­gré et je le com­pense to­ta­le­ment. J’ou­blie que je suis han­di­ca­pée. »

Être mon­tée sur la pre­mière marche, cet été, lors d’une com­pé­ti­tion aux cô­tés de pi­lotes va­lides, a do­pé Do­rine : « Avec cette vic­toire je me sens plus forte. Mais quand on a vé­cu un trau­ma­tisme, ce n’est pas ac­quis d’avoir re­bon­di, on garde ses fra­gi­li­tés. »

C’est pour­quoi on risque l’échec mais on peut aus­si réus­sir. Et quand on gagne, on se conso­lide. »

PHO­TO DR

Je suis pi­lote avant d’être han­di­ca­pée. »

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