Le soleil en ar­bitre de l’ac­ci­dent mor­tel

La Montagne (Cantal) - - Cantal L'actu - Pierre Cham­baud pierre.cham­[email protected]­tre­france.com

Les ombres sont longues, le soleil ra­sant, en juillet, peu après 7 heures, vers Con­ros. Là, en 2015, un conduc­teur de poids lourd ren­verse un cy­cliste, le tue. Il in­voque l’éblouis­se­ment. Il était ivre.

C’est un pro­cès qui se ré­sume en un cri : ce­lui de la fille de la vic­time, de­vant les trois juges du tri­bu­nal cor­rec­tion­nel d’au­rillac ce jeu­di. « Il n’a pu te­nir son der­nier pe­tit­fils qu’une seule fois dans ses bras, san­glote­t­elle. Nous n’ac­cep­te­rons ja­mais cet ac­ci­dent et sa prin­ci­pale cause : l’al­cool. »

Le pré­ve­nu, 53 ans, a la tête basse. Le 7 juillet 2015, vers 7 heures, il prend son ca­mion pour al­ler tra­vailler. Il sort d’une soi­rée ar­ro­sée, où l’al­cool ani­sé a cou­lé à flot, do­sé ser­ré. Le conduc­teur qui le suit l’as­sure, ce ma­tin­là il roule droit mal­gré près d’un gramme d’al­cool par litre de sang.

Mais dans une longue courbe éclai­rée par un soleil ra­sant et éblouis­sant, il ne ra­len­tit pas. À 76 km/h, il per­cute par l’ar­rière Jean­marc Vieyres. L’agent de la Ville d’au­rillac al­lait au tra­vail en vé­lo, comme tous les ma­tins. Il est mort ce ma­tin­là, sur la route, à 55 ans.

« Il a dé­jà été condam­né »

La fille pré­sente sa co­lère, tou­jours vive trois ans après, mais aus­si un père cou­rage qui avait éle­vé, seul, la fa­mille. Son avo­cat Me Jean­hu­bert Portejoie sort de son cô­té la dé­cla­ra­tion d’un col­lègue de la vic­time : « Il était le pre­mier à ar­ri­ver au tra­vail le ma­tin, il pré­pa­rait le ca­fé pour tout le monde. »

Le pré­ve­nu se rap­pelle de l’ac­ci­dent, ne se sen­tait pas « ivre », mais les ana­lyses et po­li­ciers disent le contraire. Il se rap­pelle sur­tout du soleil qui l’a em­pê­ché, se­lon lui, de voir la vic­time. Au grand re­gret du pro­cu­reur Marc Rous. « Il s’est en­fer­mé dans ce po­si­tion­ne­ment… », en­tame­t­il, avant de re­qué­rir, dif­fi­ci­le­ment. « La sanc­tion se­ra trop douce pour une fa­mille dans la dé­tresse, trop dure pour quel­qu’un dans un po­si­tion­ne­ment “C’est la faute à pas de chance” ».

Ce se­ra deux ans avec sur­sis, annulation du per­mis de conduire et un an d’in­ter­dic­tion de le re­pas­ser. Le pré­ve­nu a dé­jà pas­sé un an sans conduire, dans le cadre du contrôle ju­di­ciaire.

En dé­fense, Me De­ville s’at­tache à sau­ver ce per­mis de conduire, né­ces­saire pour tra­vailler. En 30 ans, il n’a qu’un seul ex­cès de vi­tesse au comp­teur. « La so­cié­té de­mande la condam­na­tion de quel­qu’un d’exem­plaire, souffle l’avo­cat en re­gar­dant le pro­cu­reur. Pour un hon­nête homme, être res­pon­sable de la mort d’un autre hon­nête homme, c’est in­sup­por­table. Il a dé­jà été condam­né. »

Alors, « oui, il y a une faute, une mé­prise de l’in­ci­dence de sa consom­ma­tion d’al­cool la veille. Mais que l’on n’éva­cue pas d’un re­vers de la main le reste du dossier, s’énerve­t­il. Avons­nous la cer­ti­tude que, sans l’al­cool, cet ac­ci­dent ne se se­rait pas dé­rou­lé ? » Il laisse la pa­role à son client, qui s’ex­cuse une der­nière fois, face aux juges, la fa­mille de la vic­time dans son dos. Le dé­li­bé­ré se­ra ren­du le 31 jan­vier 2019.

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CHOC. L’ac­ci­dent est ar­ri­vé sur la D58, à Ar­pa­jon.

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