PAR CLARA DUPONTMONOD

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Chroniques -

Je souffre d’une ma­la­die hé­las peu ré­pan­due. Il s’agit d’une al­ler­gie. Pas au pol­len, au lac­tose ou au glu­ten, non. Une al­ler­gie aux nou­velles « nou­velles tech­no­lo­gies ». Je m’ex­plique. Les « nou­velles tech­no­lo­gies » tout court, ce sont ces ou­tils in­dis­pen­sables comme le smart­phone, l’or­di­na­teur por­table ou les ap­pa­reils pho­tos nu­mé­riques (j’y ajoute mon grille­pain qui fait aus­si ther­mo­mètre, un bi­jou hi­deux que l’on trouve uni­que­ment dans les ba­zars, et qui m’émer­veille chaque ma­tin.) Alors que les nou­velles « nou­velles tech­no­lo­gies », elles, montent un cran plus haut, et nous traitent comme des élèves d’école ma­ter­nelle, pre­mière an­née. Je pense no­tam­ment à l’as­sis­tant Google, cette hor­reur bien­tôt dans tous nos foyers, à en croire les illu­mi­nés du pro­grès. Si j’ai bien com­pris, il faut dire « OK Google » pour le mettre en marche. Pa­ren­thèse : ima­gine­t­on une se­conde qu’il faille dire « OK », sui­vi du pré­nom, lors­qu’on s’adresse à quel­qu’un ? « OK Pris­cil­la, tu m’offres un ca­fé ? », « OK mon­sieur l’agent, j’ai le temps de dé­pla­cer ma voi­ture ? », « OK mon­sieur Trump, peu­ton dé­mar­rer la réunion sur le nu­cléaire ? »… Bref. Après ce « OK Google », l’uti­li­sa­teur émet un sou­hait, aus­si­tôt réa­li­sé. Bais­ser la lu­mière, par exemple. Est­ce si com­pli­qué d’ap­puyer sur un in­ter­rup­teur ? Il faut croire que oui. Vi­si­ble­ment, les in­gé­nieurs de Goo­ gle partent du prin­cipe que les gens ne savent donc pas éteindre la lu­mière tout seul.

Ils ont une belle vi­sion op­ti­miste du genre hu­main, ça fait plai­sir. Mais cette piètre es­time de nous était pré­vi­sible. Elle va de pair avec la géo­lo­ca­li­sa­tion, le sto­ckage des don­nées, que pra­tiquent sans ver­gogne les géants du Net. S’ils savent où nous sommes et quand, s’ils nous traitent comme des pions sur un jeu de l’oie, pour­quoi ne pas pous­ser le cur­seur un peu plus loin, et nous ôter la ca­pa­ci­té de bais­ser la lu­mière ? Per­ver­si­té ul­time, l’as­sis­tant Google se pré­sente en di­sant : « Bon­jour, com­ment puis­je vous ai­der ? » L’idée d’un al­truisme est mis en avant, du gen­til se­cours in­of­fen­sif. Google tape dans le re­gistre du ser­vice, et non pas de l’in­tru­sion. Il au­rait fal­lu dire : « Bon­jour, com­ment puis­je m’im­mis­cer dans votre vie afin de vous rendre aus­si ef­fi­cace qu’un ec­to­plasme ? » Car il s’agit bien de désac­ti­ver l’hu­main !

Dé­jà, avec les smart­phones, nous avons du mal à nous conten­ter de ce qu’un té­lé­phone serve d’abord à ap­pe­ler. On met des ap­pli­ca­tions, des jeux, des agendas, des plans… Bien­tôt, on s’éton­ne­ra de ce qu’un por­table sonne et qu’on puisse ré­pondre ! Ces cou­teaux­suisses du 21e siècle fa­ci­litent la vie, c’est vrai, mais créent une dé­pen­dance par­fois gê­nante. Avez­vous re­mar­qué comme ces ou­tils de com­mu­ni­ca­tion bloquent par­fois toute com­mu­ni­ca­tion ? Quand vous par­lez à quel­qu’un qui scrolle son écran et ne vous écoute pas ? Quand, dans le bus, toutes les têtes sont bais­sées vers un pe­tit écran, avec l’air concen­tré de Pas­teur pen­ché sur le vac­cin ?

Dans ces condi­tions, nul doute que l’as­sis­tant Google trans­for­me­rait cette dé­pen­dance en in­fan­ti­li­sa­tion. Ah, au fait : aux États­unis, ré­cem­ment, un homme a dit : « OK Google, ac­ti­vate gun ». L’as­sis­tant Google a ac­ti­vé une prise connec­tée, qui a elle­même ac­ti­vé un mé­ca­nisme qui, au fi­nal, a pres­sé la dé­tente d’un pis­to­let. Ce fait­divers n’a pas pro­vo­qué de dé­bat. « Bon­jour, com­ment puis­je vous ai­der ? » En dis­pa­rais­sant !

« OK Google »

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