En sou­ve­nir des sou­ve­rains belges

A la re­dé­cou­verte des voies cler­mon­toises : l’ave­nue Al­bert­eli­sa­beth L’ave­nue Al­bert-eli­sa­beth des­cend tout en dou­ceur de la place Sal­ford vers l’ave­nue de l’union­so­vié­tique. Un hom­mage à l’hé­roïsme des sou­ve­rains belges pen­dant la Grande Guerre.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Clermont - Pierre-ga­briel Gon­za­lez [email protected] → Contact.

Après la construc­tion de la gare fer­ro­viaire de Cler­mont­fer­rand en 1885, l’idée de nos édiles était de dou­bler l’ave­nue Char­ras par une voie… qui por­ta le nom d’« ave­nue de la Gare » pen­dant trente­trois ans jus­qu’au 18 no­vembre 1918. Ce jour­là, le con­seil mu­ni­ci­pal lui don­na le nom des sou­ve­rains belges, hé­ros de la dé­fense de leur pays.

Suc­cé­dant à son oncle Léo­pold II, Al­bert Ier (1875­1931) a épou­sé en 1900 une prin­cesse ba­va­roise, Eli­sa­beth Pos­sen­ho­fen (1876­1965), elle­même nièce de l’im­pé­ra­trice Sis­si d’au­triche­hon­grie. Le 4 août 1914, les Al­le­mands en­va­hissent la Bel­gique en dé­pit de sa neu­tra­li­té, oc­ca­sion­nant de nom­breuses des­truc­tions et exac­tions qui en­traînent l’exode de plus d’un mil­lion de ci­vils, sur­tout en France et no­tam­ment dans le Mas­sif cen­tral.

Al­bert Ier « roi che­va­lier »

Dans une pe­tite bande de terre belge res­tée libre entre Ypres et Nieu­port, Al­bert Ier conduit la ré­sis­tance contre l’ar­mée du Kai­ser, mé­ri­tant ain­si son sur­ nom de « roi che­va­lier ». Après l’ar­mis­tice, les sou­ve­rains belges sont ac­cueillis en hé­ros dans leur ca­pi­tale li­bé­rée.

A par­tir de 1919, le roi Al­bert Ier met en oeuvre plu­sieurs ré­formes consti­tu­tion­nelles, dont celle du droit de vote pour les femmes aux élec­tions com­mu­nales. Les veuves de guerre et des mères de sol­dats dé­cé­dés pou­vant éga­le­ment par­ti­ci­per aux élec­tions lé­gis­la­tives et pro­vin­ciales. C’était en 1921, vingt­cinq ans avant la France.

L’an­nuaire du Puy­de­dôme de 1928 nous ren­seigne sur les pro­fes­sions des ré­si­dents de l’ave­nue Al­bert­eli­sa­beth cette an­née­là. Nous y re­trou­vons des in­dus­triels, des cadres Mi­che­lin, des pro­prié­taires­ren­tiers, des em­ployés, quelques com­merces aus­si. La liste se ca­rac­té­rise par la pré­sence de plus de vingt veuves sur les 57 nu­mé­ros que compte l’ave­nue, un des stig­mates de la Grande Guerre, hé­las éga­le­ment par­ta­gé par­tout en Au­vergne et ailleurs en France.

Au­jourd’hui en des­cen­dant vers la gare, cette ave­nue plus ré­si­den­tielle que com­mer­çante com­mence par lon­ger l’im­po­sant bâ­ti­ment de La Poste De­lille, croise une sé­rie de rues ad­ja­centes qui portent des noms de ci­tés puy­dô­moises, coupe ré­so­lu­ment l’ave­nue d’ita­lie et se dis­tingue par la pré­sence de ser­vices, de res­tau­rants et du bien nom­mé « Hô­tel Al­bert­eli­sa­beth », construit dans les an­nées 1940 et ré­cem­ment ré­no­vé.

Autres noms de voies ins­pi­rés par la Grande Guerre. D’autres ave­nues portent, de­puis le 11 no­vembre 1918, des noms qui évo­ quent nos Al­liés pen­dant la Grande Guerre. L’ave­nue de Grande­bre­tagne, an­cien ave­nue de la Croix­mo­rel, part de la place Sal­ford et se di­rige vers l’es­pla­nade de la Gare et le square de la Jeune­ré­sis­tance.

L’ave­nue d’ita­lie, al­lant de l’ave­nue Edouard­mi­che­lin (cô­té Carmes) vers l’ave­nue de l’union­so­vié­tique, est sur­tout connue par la pré­sence d’une salle de ci­né­ma – le Vox ­ entre 1937 et 1990. La rue de Ser­bie, entre la rue Font­giève et la place des Vi­gne­rons, rap­pelle l’im­por­tante place prise par le royaume serbe et son sou­ve­rain Pierre Ier dans la lutte contre l’au­triche­hon­grie pen­dant la Grande Guerre, une lutte à la­quelle de nom­breux ré­gi­ments fran­çais par­ti­ci­pèrent.

A ce « ta­bleau d’hon­neur », pour­rait être éga­le­ment as­so­ciée la rue au nom d’al­bert Tho­mas, si­tuée entre l’ave­nue de la Li­bé­ra­tion et la rue Pon­cil­lon près du Stade uni­ver­si­taire, en hom­mage au grand or­ga­ni­sa­teur de la pro­duc­tion d’ar­me­ment en 14­18 et, bien sûr, le bou­le­vard au nom d’etienne Clé­men­tel qui court de la place des Cor­de­liers à Mont­fer­rand jus­qu’au car­re­four des Pistes, en sou­ve­nir de ce Cler­mon­tois qui fut un mi­nistre du Com­merce et de l’in­dus­trie, par­ti­cu­liè­re­ment ef­fi­cace pen­dant la Grande Guerre puis­qu’il conser­va ce por­te­feuille dans cinq gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs, entre 1915 et 1919.

Vous sou­hai­tez ré­agir à cette chro­nique, si­gna­ler une rue ou un mo­nu­ment qui pour­rait y fi­gu­rer, contac­tez-nous par cour­riel à [email protected]

CAR­NA­VAL. Char des com­merces de bouche cler­mon­tois, sur l’ave­nue Al­bert-eli­sa­beth à l’angle de la rue de Ma­ringues, vers 1930. © DR. AR­CHIVES Y. C.

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