Le blues des maires du Puy­de­Dôme

La Montagne (Clermont-Limagne) - - La Une - Lau­rence Cou­pé­rier lau­rence.cou­pe­[email protected]­tre­france.com

■ PO­LI­TIQUE. À moins de deux ans des élec­tions mu­ni­ci­pales, de plus en plus de maires jettent l’éponge. Dans le Puy­de­Dôme, vingt­quatre ont dé­mis­sion­né de­puis 2014. ■ DÉ­MIS­SIONS. Sa­tu­ra­tion, sur­sol­li­ci­ta­tion, phé­no­mène d’usure, di­mi­nu­tion des do­ta­tions… ces élus, au bord du burn out, fi­nissent par bais­ser les bras.

Puy­de­Dôme La tâche des maires, et tout par­ti­cu­liè­re­ment des maires ru­raux des pe­tites com­munes, est de plus en plus lourde. Pris en étau entre des moyens qui baissent et « les exi­gences de plus en plus grandes des ad­mi­nis­trés », cer­tains aban­donnent en cours de man­dat.

De­puis les élec­tions mu­ni­ci­pales de 2014, trente­trois com­munes sur les 467 du dé­par­te­ment ont chan­gé de maire. Le pré­fet du Puy­de­Dôme a no­tam­ment ac­cep­té onze dé­mis­sions vo­lon­taires en 2017 et cinq de­puis le dé­but de l’an­née 2018.

En res­tant pru­dente sur l’ana­lyse de ces chiffres ­ « les dé­mis­sions ont des causes mul­tiples » ­ la pré­si­dente de l’As­so­cia­tion des maires du Puyde­Dôme et membre du bu­reau na­tio­nal de l’AMF, Pier­rette Daf­fix­Ray, té­moigne d’« une si­tua­tion, en ef­fet, très pré­oc­cu­pante, d’un état d’es­prit qui s’ins­talle ».

Si la lour­deur de la tâche des maires n’est pas nou­velle ­ la pré­si­dente cite un ar­ticle du quo­ti­dien Le Monde du 11 no­vembre 1998 in­di­quant qu’un maire sur deux en­vi­sa­geait alors de ne pas se re­pré­sen­ter en 2001 ­ elle semble s’ag­gra­ver de man­da­ture en man­da­ture. Et de gou­ver­ne­ment en gou­ver­ne­ment : baisse des do­ta­tions en­clen­chée pen­dant le quin­quen­nat Sar­ko­zy ; loi NOTRe avec no­tam­ment le re­grou­pe­ment des in­ter­com­mu­na­li­tés sous le quin­quen­nat Hol­lande ; sup­pres­sion de la taxe d’ha­bi­ta­tion « qui re­pré­sente en­vi­ron 34 % des re­cettes fis­cales des com­munes » par Emmanuel Macron… De quoi fé­dé­rer les désaccords faute de mettre tout le monde d’ac­cord.

« La liste des dif­fi­cul­tés qui se su­per­posent les unes aux autres est une vraie liste à la Pré­vert », dé­plore Pier­rette Daf­fix­Ray, élue de­puis 1983 et maire de­puis de­puis 1998 de Youx, com­mune d’un peu moins de mille ha­bi­tants, dans les Com­brailles.

Pour au­tant, elle est loin d’em­boî­ter le pas au dé­pu­té LREM (La Ré­pu­blique en marche) pa­ri­sien, Syl­vain Maillard, qui dé­cla­rait, mi août, dans une émis­sion de ra­dio, qu’il fau­drait, pour ré­soudre ces pro­blèmes, re­grou­per les pe­tites com­munes. « Gar­der ces maires de pe­tites com­munes, de plus en plus iso­lés et sur qui pèsent de lourdes charges, n’est plus vrai­ment co­hé­rent avec notre époque ».

Mon­tée des ten­sions et agres­si­vi­té crois­sante

Se­lon l’élue des Com­brailles éga­le­ment conseillère dé­par­te­men­tale du can­ton de SaintE­loy­les­Mines, « la com­mune, c’est la cel­lule de base de la dé­mo­cra­tie, et ce se­rait grave si elle n’exis­tait plus. Non pas grave pour les maires, mais grave pour les ad­mi­nis­trés. Je ne crois pas à ces re­grou­pe­ments, car les gens se sentent at­ta­chés à leur mai­rie. C’est sou­vent la seule porte qu’ils connaissent en­core, pour n’im­porte quel pro­blème. Et puis, ce­la ar­rive trop tard, après ces in­ter­com­mu­na­li­tés qui nous ont été im­po­sées à marche for­cée et dans les­quelles beau­coup de maires se sentent in­utiles ».

La pré­si­dente s’émeut par­ti­cu­liè­re­ment de l’exi­gence de plus

« La com­mune, c’est la cel­lule de base de la dé­mo­cra­tie »

MAI­RIES. Le pré­fet du Puy-de-Dôme a re­çu et ac­cep­té onze dé­mis­sions vo­lon­taires de maires en 2017 et cinq de­puis le dé­but de e l’an­née 2018.

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