15.000 ogives pour dé­truire la pla­nète

■ Le dé­pu­té Mi­chel Fan­get rend un rap­port sur l’arme nu­cléaire

La Montagne (Clermont-Limagne) - - Puy-de-dôme Actualité - Jean-Paul Gon­deau

« Le stock d’armes mon­dial – en­vi­ron 15.000 ogives – est suf­fi­sant pour dé­truire la pla­nète ». Ce cons­tat an­xio­gène émane de Mi­chel Fan­get, ex­pert nu­cléaire de cir­cons­tance.

Avec son col­lègue JeanPaul Le­cocq (PC), le dé­pu­té MoDem du Puy­de­Dôme, membre de la com­mis­sion des Af­faires étran­gères de l’As­sem­blée na­tio­nale, a été mis­sion­né pour faire un re­tour d’ex­pé­rience concer­nant le Trai­té de non­pro­li­fé­ra­tion nu­cléaire (TNP), cin­quante ans après son adop­tion par les cinq membres per­ma­nents du Con­seil de sé­cu­ri­té de l’ONU : les ÉtatsU­nis, l’URSS, le Royau­meU­ni, la France et la Chine.

Au­di­tions

Entre dé­cembre 2017 et juin 2018, Mi­chel Fan­get et Jean­Paul Le­cocq ont au­di­tion­né une tren­taine de spé­cia­listes, ren­con­tré au­tant d’am­bas­sa­deurs, vi­si­té les bases de sous­ma­rins nu­cléaires de l’île Longue, des forces aé­riennes stra­té­giques de SaintDi­zier et le Com­mis­sa­riat à l’éner­gie ato­mique de Bruyères­le­Châ­tel (Es­sonne). Cette en­quête fut une ini­tia­tion pour le parle­ men­taire puy­dô­mois : « Je ne connais­sais le nu­cléaire qu’à tra­vers mon mé­tier de car­dio­logue et le re­cours aux ra­dio­iso­topes. Au fur et à me­sure de nos au­di­tions et dé­pla­ce­ments, nous avons pu me­su­rer toute la com­plexi­té de ce su­jet. »

Les deux dé­pu­tés se sont ren­dus à l’évi­dence : « le TNP est un trai­té pro­fon­dé­ment in­équi­table », quand bien même il a su conte­nir à quatre autres états l’ac­qui­si­tion de l’arme nu­cléaire : Is­raël, l’Inde, le Pa­kis­tan et la Co­rée du Nord.

« L’in­té­rêt des pays non do­tés à le ra­ti­fier, c’est, pre­miè­re­ment, que la pro­li­fé­ra­tion nu­cléaire met en dan­ger toute l’hu­ma­ni­té et, deuxiè­me­ment, qu’il pré­voit des com­pen­sa­tions, comme un ac­cès fa­ci­li­té aux ap­pli­ca­tions pa­ci­fiques de l’atome. »

En contre­par­tie, les cinq membres per­ma­nents du Con­seil de sé­cu­ri­té se doivent de ré­duire leur pro­ pre stock, ce qui n’est pas le cas, bien au contraire. « Tous mo­der­nisent leur ar­se­nal. L’ob­jec­tif d’un monde sans armes nu­cléaires semble au­jourd’hui très loin­tain », dé­plore Mi­chel Fan­get. Et de sou­li­gner au pas­sage : « L’Inde est la seule puis­sance nu­cléaire qui a re­fu­sé de nous par­ler… »

Re­com­man­da­tions

Une si­tua­tion digne du po­ker men­teur qui « af­fai­blit la lé­gi­ti­mi­té du TNP et ra­vive les risques de pro­li­fé­ra­tion nu­cléaire ».

En d’autres termes, même si 122 États de l’ONU en juillet 2017 ont vo­té en fa­veur d’un trai­té sur l’in­ter­dic­tion com­plète des armes nu­cléaires (TIAN), règne le cy­nisme du « Fais ce que je dis, pas ce que je fais ».

Les deux rap­por­teurs for­mulent onze « re­com­man­da­tions » en conclu­sion de leur mis­sion. Par­mi celles­ci, le ré­ta­blis­se­ment des re­la­tions di­plo­ma­tiques avec la Co­rée du Nord et la créa­tion d’une dé­lé­ga­tion per­ma­nente à la dis­sua­sion nu­cléaire au sein du Par­le­ment. ■

PHOTO J.-L. GORCE

MIS­SION. Mi­chel Fan­get a été mis­sion­né pour faire un re­tour sur le trai­té de non-pro­li­fé­ra­tion nu­cléaire.

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