144 épi­sode

La Montagne (Clermont-Limagne) - - Au Quotidien -

Dans la chambre de Si­mone, l’aî­né dort pe­lo­ton­né dans un pe­tit lit de coin tan­dis que la mère est al­lon­gée au bord ex­trême de ce­lui qu’elle par­tage avec son ben­ja­min. En s’ap­pro­chant, Léo­pol­dine lui trouve une pos­ture sin­gu­lière. La jeune femme est sur le ventre, la tête en­fon­cée dans l’oreiller, le bras gauche pen­dant sur le cô­té. Mal­gré la tem­pé­ra­ture fraîche de la pièce, la cou­ver­ture est en par­tie re­ti­rée. Au­cun mou­ve­ment ne sou­lève le dos de Si­mone.

Tu vois, elle veut pas, in­siste Paul. Im­mé­dia­te­ment, Léo­pol­dine com­prend… Elle ex­pé­die Paul dans le cou­loir et se­coue Bas­tien. Ta ma­man a un pro­blème. De­bout ! Va vite cher­cher le grand­père et amène ton frère à la grand­mère pour qu’elle s’oc­cupe de lui. Dé­pêche-toi !

Bas­tien ne se fait pas prier. Au son de la voix de sa tante, il de­vine qu’il y a ur­gence. Léo­pol­dine se pré­ci­pite vers sa belle-soeur, la re­tourne, lui tape les joues. Ses ten­ta­tives res­tent vaines. Elle re­garde au­tour d’elle et trouve sur la table de nuit un verre avec des ré­si­dus blancs au fond. Le ti­roir en­trou­vert laisse ap­pa­raître des fla­cons de mé­di­ca­ments vides…

Ayant ava­lé une dose mor­telle de som­ni­fère, Si­mone n’a pu être ra­ni­mée. Le doc­teur de fa­mille, très ra­pi­de­ment sur place, s’en­tend avec Gas­ton pour dé­cla­rer une mort na­tu­relle aux au­to­ri­tés. Ce n’est pas to­ta­le­ment faux. Se sen­tant hu­mi­liée et aban­don­née par son époux puis par ses pa­rents, on di­ra que votre belle-fille est morte de cha­grin. Ain­si, vous pour­rez l’en­ter­rer di­gne­ment, le cu­ré ne trou­ve­ra rien à y re­dire ! Al­lez, vous avez as­sez de tra­cas avec les deux drolles sur les bras. On ne va pas vous en ra­jou­ter… Mer­ci mon ami, ré­pond Gas­ton. On va s’ar­ran­ger de tout le reste. Irène ajoute à voix basse : Fau­dra faire avec. Pour sûr, moins Bas­tien et Paul en sau­ront sur le dé­cès de leur mère, mieux ce se­ra : De ço l’om ne sap, lo cor ne dol. Si­mone dé­cé­dée, Léo­pol­dine au front, Cé­les­tin à La Cour­tine et Clé­ment on ne sait où… dé­ci­dé­ment tout va à vau-l’eau dans notre fa­mille !

Le mé­de­cin re­part, lais­sant le couple à sa triste dé­con­ve­nue. Entre deux ho­quets, Irène ré­flé­chit tout haut :

Il ne va pas être simple de ma­rier notre fille après sa rup­ture avec Vincent. D’ailleurs, je me de­mande si elle en a vrai­ment en­vie ! La meilleure so­lu­tion se­rait qu’elle reste là pour s’oc­cu­per des en­fants et me se­con­der au comp­toir. Gas­ton la re­garde, éber­lué. Ma pauvre femme, tu as per­du la tête ! Léo­pol­dine re­part dans quelques jours et rien ne la dé­vie­ra de son de­voir, il y a bien as­sez de tes deux fils pour cu­mu­ler les conne­ries ! Bas­tien et Paul iront en pen­sion où ils re­ce­vront une éducation digne de ce nom ! Irène baisse la tête, se mouche bruyam­ment en mar­mon­nant : Mes fils, mes fils… Je ne les ai pas faits toute seule ! Évi­dem­ment, ce sont for­cé­ment les miens quand ça va mal.

Léo­pol­dine et Maude ont as­su­ré la toi­lette de Si­mone.

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