Un bon cru en Au­vergne

La Montagne (Clermont-Limagne) - - La Une - Ré­mi Pi­ro­nin

■ PUY-DE-DÔME.

C’est par­ti pour quatre se­maines. Après une ré­colte 2017 ca­tas­tro­phique, les ven­danges 2018 ont dé­bu­té sous de bons aus­pices pour la ma­jo­ri­té des vi­gne­rons du dé­par­te­ment.

■ PRO­DUC­TION.

La Fé­dé­ra­tion vi­ti­cole du Puy­de­Dôme table sur une pro­duc­tion entre 13.000 et 15.000 hec­to­litres, loin des 8.400 de l’an pas­sé. La ré­colte s’an­nonce de très bonne qua­li­té.

Ré­colte Après une an­née noire en 2017, les vi­ti­cul­teurs du dé­par­te­ment re­prennent des cou­leurs. Sur les 400 hec­tares de vignes du Puy-de-Dôme, ce mil­lé­sime 2018 s’an­nonce plus que correct avec un re­tour à une ré­colte nor­male, voire bonne, mal­gré quelques dis­pa­ri­tés se­lon les par­celles.

Top dé­part pour les ven­danges ! Si cer­tains vi­gne­rons ont com­men­cé la ré­colte de­puis quelques jours, cette troi­sième se­maine de sep­tembre marque le coup d’en­voi de la ré­colte des rai­sins pour la ma­jo­ri­té d’entre eux. Elles de­vraient s’éti­rer sur plus d’un mois. Et si l’an­née 2018 est sy­no­nyme de re­tour à la nor­male au ni­veau de la pro­duc­tion gé­né­rale et des ren­de­ments dans le dé­par­te­ment (voir ci­des­sous), elle est aus­si mar­quée par une grande hé­té­ro­gé­néi­té se­lon les vi­gnobles.

« Une belle ré­colte s’an­nonce mais avec des dif­fé­rences se­lon les sec­teurs, ex­plique Ca­mille Buis­sière, de la Fé­dé­ra­tion vi­ti­cole du Puy­de­Dôme. La pluie et la cha­leur du mois de mai ont favorisé l’ap­pa­ri­tion du mil­diou, qui a ra­va­gé cer­taines par­celles au ni­veau na­tio­nal mais que l’on a réus­si à maî­tri­ser chez nous. Puis il y a eu la sé­che­resse, avec un manque de pluie qui a blo­qué la ma­tu­ra­tion, sur­tout pour les vi­gne­rons du centre et du sud du dé­par­te­ment. D’autres sec­teurs ont été tou­chés par la grêle. »

Ce­pen­dant, ces aléas cli­ma­tiques ont eu beau­coup moins d’im­pact sur les vignes que les an­nées pré­cé­dentes, lais­sant pré­sa­ger une belle ré­colte, no­tam­ment dans le nord vers Châ­teau­gay et les Côtes de Chan­turgue. C’est ici qu’exerce Be­noît Mon­tel, qui pos­sède douze hec­tares. Au mi­lieu de ses rangs de char­don­nay, le vi­gne­ron a le sou­rire. « C’est sans doute le mil­lé­sime du siècle, sou­rit le pro­fes­sion­nel, qui a été un des pre­miers à ven­dan­ger en mi­lieu de se­maine der­nière. On re­part en­fin sur une an­née cor­recte après trois an­nées de grêle et de gel. Le rai­sin est bien équi­li­bré, il y a beau­coup de jus et il est très bon. »

Même son de cloche chez Da­vid Rou­gey­ron, qui pos­sède 14 hec­tares de vignes dans le sec­teur de Châ­teau­gay. « Nous al­lons com­men­cer à ven­dan­ger ce mar­di et une quan­ti­té im­por­tante puisque ce se­ra plus du double de l’an pas­sé. »

Chez la soixan­taine de vi­ti­cul­teurs de la cave Des­prat SaintVer­ny, ré­par­tis sur 165 hec­tares, on a aus­si le sou­rire. « Les ven­danges ont com­men­cé cette se­maine sur les pi­nots noirs, le cé­page le plus avan­cé car les char­don­nay ne sont pas tout à fait mûrs, ex­plique Etienne Ra­chez, oe­no­logue de la cave. 2018 est une an­née idéale avec beau­coup de pro­duc­tion et de la qua­li­té. Il y a eu quelques at­taques de mil­diou qui ont été très bien an­ti­ci­pées par les vi­ti­cul­teurs co­opé­ra­teurs et quelques en­droits tou­chés par de la grêle, mais ce­la est anec­do­tique par rap­port à l’an der­nier. La sé­che­resse de­puis juillet a été plus in­quié­tante car elle a blo­qué la ma­tu­ra­tion sur cer­taines par­celles. Mais les pluies de ces der­niers jours ont per­mis de dé­blo­

« Sans doute le mil­lé­sime du siècle »

quer la ma­tu­ri­té. Les pi­nots sont prêts et ils se­ront ven­dan­gés en pre­mier, ce qui n’est pas com­mun. »

Une pluie qu’at­ten­dait avec im­pa­tience Yvan Ber­nard, vi­gne­ron plus au sud, à Mont­pey­roux. « Nous avons été pas mal tou­chés par le mil­diou au prin­temps, mais les vignes souffrent sur­tout de la sé­che­resse de­puis deux mois, avoue­t­il. On avait pris pas mal d’avance et, au fi­nal, on re­prend un peu de re­tard car il y a des vignes où il n’a pas trop plu et qui ont un peu de mal à fi­nir de mû­rir. On va bien y ar­ri­ver. »

« Les vignes souffrent de la sé­che­resse »

Mais même avec ce dé­ca­lage lié au manque de pluie pour cer­tains, ces ven­danges 2018 sont pré­coces puisque, tra­di­tion­nel­le­ment, elles se font tou­jours la der­nière se­maine de sep­tembre ou dé­but oc­tobre. Une si­tua­tion qui sa­tis­fait le vi­gne­ron de Mont­pey­roux. « La quan­ti­té est re­la­ti­ve­ment bonne et les gens qui au­ront réus­si à com­battre le mil­diou de ma­nière cor­recte au­ront plus de rai­sins que l’an der­nier. En terme de ren­de­ment, ça de­vrait être une an­née nor­male, voire bonne. » Et en qua­li­té ? « On va voir mais à par­tir du mo­ment où on a des rai­sins de bonne qua­li­té, il n’y a pas de rai­sons que l’on fasse un mau­vais mil­lé­sime. On risque d’avoir des vins qui sont as­sez riches en al­cool du fait des tem­pé­ra­tures qui en­traînent pas mal d’éva­po­ra­tion. Mais ça de­vrait être bon. »

À pré­sent, les pro­fes­sion­nels es­pèrent que le beau temps va se main­te­nir pen­dant trois ou quatre se­maines pour que les ven­danges se dé­roulent dans de bonnes condi­tions. ■

PHO­TO PIERRE COUBLE

PHO­TO PIERRE COUBLE

EX­CEP­TION­NEL. Pour Be­noît Mon­tel, à Mé­né­trol, il s’agit du « mil­lé­sime du siècle ».

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