Ce qui a ré­con­for­té les in­fir­miers cet été

■ Le pré­sident du conseil na­tio­nal de l’Ordre dé­crypte l’ac­tua­li­té qui vient re­va­lo­ri­ser son mé­tier

La Montagne (Clermont-Limagne) - - Région Actualité - Anne Bourges [email protected]­tre­france.com

Le gou­ver­ne­ment tente de dé­pous­sié­rer le cadre d’une pro­fes­sion en souf­france. Le pré­sident de l’Ordre na­tio­nal des in­fir­miers, Pa­trick Chamboredon, de pas­sage à Cler­mont-Fer­rand, dé­crypte quelques pe­tites ré­vo­lu­tions.

Alors que de nou­velles an­nonces sont at­ten­dues au­tour de la stra­té­gie na­tio­nale de san­té 2018­2022, l’Ordre na­tio­nal des in­fir­miers sa­voure dé­jà la por­tée des évo­lu­tions ac­cor­dées à la pro­fes­sion de­puis l’été.

■ Qu’at­ten­dez-vous du gou­ver­ne­ment ? Une re­con­nais­sance de notre ap­port réel dans le sys­tème de san­té ! Nous sommes les in­vi­sibles qui tiennent le sys­tème par leur ab­né­ga­tion. Vingt­quatre heures sur vingt­quatre, nous sommes la che­ville ou­vrière de l’hô­pi­tal. En li­bé­ral, nous per­met­tons de flui­di­fier le sys­tème am­bu­la­toire, le main­tien à do­mi­cile… Il faut une juste re­con­nais­sance de ce tra­vail (*).

■ Le dé­cret du 10 juillet per­met en­fin l’éta­blis­se­ment des listes no­mi­na­tives des in­fir­miers à ins­crire au ta­bleau de l’Ordre. Pour­quoi était-ce si im­por­tant ? Nous at­ten­dions de­puis dix ans ce dé­cret d’ap­pli­ca­tion ac­té par la loi Ba­che­lot, afin que les éta­blis­se­ments trans­mettent les listes de leurs in­fir­miers pour ins­crip­tions à l’Ordre. Par ce seul fait, nous al­lons pas­ser de 265.000 ins­crits à 650.000. Nous al­lons ra­pi­de­ment de­ve­nir le pre­mier ordre des pro­fes­sions de san­té de France. Ce­la per­met­tra aus­si un état des lieux plus réa­liste pour adap­ter la pro­fes­sion aux be­soins du ter­ri­toire.

Les in­fir­miers hos­pi­ta­liers qui n’avaient pas de carte de pro­fes­sion­nel de san­té pour­ront en ob­te­nir une. Plu­sieurs avan­tages : en mi­lieu hos­pi­ta­lier, un meilleur sui­vi de la tra­ça­bi­li­té des soins ; pour le pa­tient, une ins­crip­tion au ta­bleau de l’Ordre ga­ran­tis­sant la qua­li­té de la for­ma­tion ; pour les in­fir­miers, plus de fa­ci­li­té de cir­cu­la­tion en Europe…

■ Le dis­po­si­tif na­tio­nal d’en­traide pour les soi­gnants (sur ap­pel au 0.800.800.854, 24 h/24 et 7 j/7) est opé­ra­tion­nel de­puis avril. Quels ré­sul­tats ? Nous avons peu de re­cul. Il y a eu en­vi­ron 200 ap­pels, c’est peu mais il faut que les pro­fes­sion­nels s’en em­parent. C’est une mis­sion de ser­vice pu­blic que nous a confiée l’État. Nous sommes par­ve­nus à trou­ver une sy­ner­gie – à sept pro­fes­sions de san­té ! – pour of­frir aux pro­fes­sion­nels l’ac­cès à un psy­cho­logue cli­ni­cien. Il dé­tecte les dan­gers, peut ap­pe­ler les se­cours, pro­po­ser une mé­dia­tion et du sou­tien […].

Il y a eu une vague de sui­cides en 2017. L’Ordre évo­lue avec des ser­vices plus tan­gibles pour ses ins­crits.

Le nou­veau dis­po­si­tif de ■ for­ma­tion des in­fir­mières aux pra­tiques avan­cées (pres­crip­tion pos­sible de cer­tains exa­mens, re­nou­vel­le­ment d’or­don­nances, adap­ta­tion de po­so­lo­gies…) : une ré­vo­lu­tion qui ne fait pas l’una­ni­mi­té ? Nous at­ten­dons le texte […]. Douze uni­ver­si­tés de­vraient pro­po­ser la for­ma­tion d’in­fir­mier en pra­tique avan­cée (IPA). Elle se­ra ac­ces­sible après trois ans d’exer­cice et dé­livre un di­plôme au ni­veau mas­ter II. C’est une pe­tite ré­vo­lu­tion parce que l’on in­tro­duit un nou­vel ac­teur dans la prise en charge du pa­tient. C’est un dis­po­si­tif très at­ten­du par les usa­gers parce qu’il va per­mettre de ren­for­cer la prise en charge sur des pra­tiques de proxi­mi­té.

Il ne faut pas pen­ser qu’il y au­ra une concur­rence avec les mé­de­cins […]. Ce­la doit per­mettre de dé­ ga­ger du temps mé­di­cal en as­su­rant le sui­vi des ma­lades dans un contexte d’ex­plo­sion des pa­tho­lo­gies chro­niques.

■ Com­bien de ces nou­veaux pro­fes­sion­nels at­tend-on sur le ter­rain ? L’ob­jec­tif an­non­cé par le gou­ver­ne­ment se si­tue entre 2.000 et 5.000 per­sonnes for­mées et en ac­ti­vi­té à la fin du quin­quen­nat. Avec une pre­mière pro­mo­tion d’une cen­taine de per­sonnes en sep­tembre 2019.

■ À la ren­trée 2019, les étu­diants en soins in­fir­miers se­ront ins­crits à l’uni­ver­si­té : une autre ré­vo­lu­tion très at­ten­due ? On re­joint ce qui se fait dans beau­coup d’autres pays ! L’in­té­rêt d’une for­ma­tion qui de­vient uni­ver­si­taire, c’est d’abord de confron­ter la cli­nique et la re­cherche pour mieux faire évo­luer les tech­niques de soins et la prise en charge. C’est dans l’in­té­rêt du soin et du pa­tient !

Pour les étu­diants, c’est aus­si l’ac­cès aux bi­blio­thèques et res­tau­rants uni­ver­si­taires, au Crous… ■

(*) Par sou­ci de ré­par­ti­tion des mis­sions entre l’Ordre et les syn­di­cats, le pré­sident es­time ne pas être le bon in­ter­lo­cu­teur pour évo­quer la ques­tion des sa­laires.

« Nous sommes les in­vi­sibles qui tiennent le sys­tème » PA­TRICK CHAMBOREDON. Pré­sident du conseil de l’Ordre des in­fir­miers.

Une pe­tite ré­vo­lu­tion qui in­tro­duit un nou­vel ac­teur

PHO­TO D’ILLUS­TRA­TION

AT­TENTE. Les in­fir­miers sou­haitent une « re­con­nais­sance de [leur] ap­port réel dans le sys­tème de san­té ».

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