Éle­vage

La Montagne (Clermont-Limagne) - - France & Monde Actualités -

Condi­tions. La pro­duc­tion de vers de farine né­ces­site des condi­tions par­ti­cu­lières : une tem­pé­ra­ture constante de 26 °C et 50 à 60 % de taux d’hu­mi­di­té. « Et un ré­gime riche en pro­téines amé­liore les ren­de­ments », sou­ligne Lu­do­vic Tour­nier, l’in­gé­nieur qui met au point les pro­to­coles pour les fu­turs éle­veurs.

« Vi­der les océans pour nour­rir d’autres pois­sons, ça n’a pas de sens »

En bor­dure de route, à la li­sière de Cler­lande (Puy­deDôme), un contai­ner blanc comme tant d’autres est pos­té dans la cour d’un en­tre­pôt de se­mences à la tôle ver­dâtre. Dif­fi­cile de se dou­ter, à pre­mière vue, qu’un nou­veau cha­pitre de l’agri­cul­ture au­ver­gnate est en train de s’écrire der­rière les deux lourdes portes de cette boîte de 25 m2.

À l’in­té­rieur, can­ton­nés dans 800 bacs su­per­po­sés, des cen­taines de mil­liers de vers de farine se re­paissent d’un sub­strat à base de cé­réales. Nour­ri­ture à vo­lon­té et at­mo­sphère tro­pi­cale, le te­ne­brio mo­li­tor, son nom scien­ti­fique, a l’air de raf­fo­ler de ce ré­gime aux pe­tits oi­gnons.

Ce­la tombe bien puisque la vo­ca­tion des lieux est jus­te­ment de pro­duire des larves pour l’ali­men­ta­tion animale. Sé­bas­tien Cré­pieux, le concep­teur de cette ferme à in­sectes, a eu comme une illu­mi­na­tion.

« L’idée m’est ve­nue par le fait que l’on uti­lise beau­coup de res­sources non re­nou­ve­lables dans l’ap­port de pro­téines en ali­men­ta­tion animale. Vi­der les océans pour nour­rir d’autres pois­sons, par exemple, ce­la n’a pas de sens. Et comme la plaine de la Li­magne re­gorge de co­pro­duits cé­réa­liers peu uti­li­sés et pos­sède un maillage dense d’agri­cul­teurs cher­chant des voies de di­ver­si­fi­ca­tion, tout ce­la com­bi­né m’a fait dire qu’il était pos­sible de pro­duire ici des pro­téines du­rables en éle­vant des vers de farine », ex­plique le fon­da­teur de la so­cié­té In­vers.

Le coup de pouce dé­ci­sif est sur­ve­nu en juillet 2017. Après plu­sieurs an­nées d’études, la Com­mis­sion eu­ro­péenne a au­to­ri­sé les fa­rines d’in­sectes en sub­sti­tu­tion des fa­rines de pois­son en aqua­cul­ture. « Ce­la nous a per­mis d’ima­gi­ner une nou­velle fi­lière agri­cole ré­gio­nale à des­ti­na­tion des pis­ci­cul­tures. Un sec­teur où la ré­gion Au­vergne­Rhône­Alpes pointe à la deuxième place au ni­veau na­tio­nal. A prio­ri, cette au­to­ri­sa­tion eu­ro­péenne de­vrait être éten­due aux pou­lets et aux porcs en 2021 », dé­voile Sé­bas­tien Cré­pieux.

Si le plan de dé­part était plu­tôt bien fi­ce­lé, en­core fal­lait­il pou­voir le mettre en musique. Le jeune en­tre­pre­neur, qui a pré­sen­té son dos­sier dans le cadre du LIT (La­bo­ra­toire d’in­no­va­tion ter­ri­to­riale), a su trou­ver une oreille at­ten­tive et une épaule so­lide sur la­quelle s’ap­puyer. « Li­ma­grain est par­te­naire de­puis le lan­ce­ment. Le groupe nous a don­né ac­cès à ses agri­cul­teurs adhé­rents, à ses co­pro­duits et à sa lo­gis­tique. En plus, nous sommes hé­ber­gés dans ses lo­caux », sou­rit­il.

L’ap­pui du groupe co­opé­ra­tif, qua­trième se­men­cier mon­dial, qui four­nit no­tam­ment du son de blé et les ta­lons des pains Jac­quet, s’est ré­vé­lé dé­ci­sif pour pas­ser à la vi­tesse su­pé­rieure. Après des tests concluants, la com­mer­cia­li­sa­tion a dé­bu­té cet été dans les jar­di­ne­ries Gamm vert du Puy­de­Dôme. Et la mon­tée en puis­sance va se pour­suivre dans les mois à ve­nir.

Trois agri­cul­teurs ont d’ores et dé­jà re­joint l’aven­ture. Des tests concluants avec des contai­ners ma­ri­times iden­tiques qui leur donnent en­vie d’al­ler plus loin et de se lan­cer dans une pro­duc­tion à grande échelle. « Nous sommes sur du du­rable sans être tri­bu­taires du cli­mat comme pour nos ré­coltes. Ce qui si­gni­fie des re­ve­nus as­su­rés », sou­ligne Ré­my Pe­to­ton, l’un des trois mous­que­taires, ins­tal­lé à Saint­Clément­de­Ré­gnat.

Reste main­te­nant à trans­for­mer l’es­sai. « Pour rem­pla­cer les contai­ners, nous vou­lons mon­ter des bâ­ti­ments de 400 m² à éner­gie po­si­tive dans les ex­ploi­ta­tions sur le mo­dèle des pou­laillers la­bel rouge, ex­plique Sé­bas­tien Cré­pieux. Nous sommes d’ailleurs sur un coût d’in­ves­tis­se­ment iden­tique à ce­lui d’un pou­lailler. Et nous vi­sons une ren­ta­bi­li­té de 8 à 10 % pour l’agri­cul­teur, avec une charge de tra­vail d’une se­maine par mois. »

La so­cié­té In­vers est en train de ré­no­ver un an­cien pou­lailler à Saint­Ignat pour pro­cé­der à des tests gran­deur na­ture. « Les trois pre­miers bâ­ti­ments se­ront, si tout va bien, construits chez les trois agri­cul­teurs du dé­part à ho­ri­zon 2021­2022 », es­père Ré­my Pe­to­ton. ■

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