L’hom­mage à un géant, Lit­tle Wal­ter

■ Le voyage à cou­per le souffle de Mo (har­mo­ni­ca­chant) de Veyre­Mon­ton au Bud­dy’s Guy, à Chi­ca­go

La Montagne (Clermont-Limagne) - - Portrait Mo Al Jaz - Serge Bour­let serge.bour­let@

Le blues est cri et ca­resse. Mo Al Jaz, in­crus­té dans le pay­sage cler­mon­tois de cette mu­sique de­puis vingt­cinq ans – comme lea­der des Rea­pers – en donne une su­perbe dé­mons­tra­tion avec The blues of Lit­tle Wal­ter. L’al­bum l’a conduit de Veyre-Mon­ton à Chi­ca­go, et aux six coins de l’Hexa­gone. Re­tour en Au­vergne, jeu­di 18 oc­tobre, avec une soi­rée de feu au Trem­plin, à Beau­mont.

Tout com­mence par un mu­gis­se­ment de l’har­mo­ni­ca ty­pi­que­ment an­nées 50. Off the wall sort de l’har­mo­ni­ca de Mo, avec ce souffle syn­co­pé, char­nel et in­croya­ble­ment sen­suel, à fleur de peau, qui consti­tue la marque re­con­nais­sable entre mille, du blues de Ma­rion Wal­ter Ja­cobs, dit Lit­tle Wal­ter en rai­son de sa pe­tite taille. Le disque en­chaîne avec un Aw’h ba­by entre dé­sir brû­lant et désap­poin­te­ment, joué et chan­té avec une voix pre­nante et fun­ky à sou­hait.

La fièvre syn­co­pée du blues

En deux mor­ceaux, Mo, ex­lea­der des Rea­pers (mois­son­neurs), groupe cler­mon­tois for­mé il y a vingt­cinq ans, par­ti seul sur les che­mins es­car­pés du suc­cès de­puis plu­sieurs an­nées, re­lève avec brio le pa­ri fou de rendre hom­mage à l’un de ses men­tors du Chi­ca­go blues.

Ma­rion Ja­cobs Diaz, la fille de Lit­tle Wal­ter, ne s’y est pas trom­pée. Sub­ju­guée par l’écoute de l’al­bum The blues of Lit­tle Wal­ter, sor­ti au prin­temps 2017 sur le la­bel an­glo­al­le­mand Rhythm and bomb re­cords, par­ve­nu à ses oreilles grâce au tamtam mon­dial In­ter­net, Ma­rion a in­vi­té Mo à tra­ver­ser l’At­lan­tique pour jouer son al­bum (12 titres et

quelque 35 mi­nutes d’un blues in­ci­sif) à Chi­ca­go, au fa­meux Bud­dy’Guy Le­gends, dé­but mai 2017, pour l’an­ni­ver­saire de la nais­sance de son père. Au club si­tué à deux pas du Mille­nium Park, Mo a même ren­con­tré cette lé­gende de la gui­tare stra­to­cas­ter, Bud­dy Guy, au­jourd’hui âgé de 81 ans.

L’en­fance de l’art

Quoi d’éton­nant au fond dans une mu­sique de par­tage et de gé­né­ro­si­té comme le blues ! Mo, ci­toyen de Veyre­Mon­ton, fré­quente les mu­si­ciens de Chi­ca­go, la place forte du blues amé­ri­cain, de­puis l’en­fance. Il porte le blues en lui et sait mieux que beau­coup d’autres en in­ter­pré­ter toutes les hu­meurs. Mo est res­té éber­lué par l’aven­ture qu’a consti­tué la réa­li­sa­tion de ce disque à la cou­ver­ture noire ré­tro. « Tout s’est fait sans ef­fort im­por­tant, comme par en­chan­te­ment ».

Le groupe de mu­si­ciens an­glais, qui joue de­puis qua­rante ans avec Steve West Wes­ton, l’un des meilleurs har­mo­ni­cistes eu­ro­péens, fut d’ac­cord « sans hé­si­ta­tion ». Le gui­ta­riste et in­gé­nieur du son Dex­ter Shaw, né dans les an­nées 50 à Londres et qui a tour­né dix ans avec Doc­teur F, eel­good, a ga­ran­ti « la cou­leur du son et le fee­ling de l’époque ».

Tout a pris forme en un jour et de­mi, dans un stu­dio ana­lo­gique de Don­ne­ville, près de Tou­louse. « L’os­mose fut im­mé­diate, comme si on jouait en­semble de­puis vingt ans. Je sen­tais un groove in­croyable ». A peine de re­tour à Cler­mont, Mo re­çoit le coup de fil em­bal­lé du pro­duc­teur amé­ri­cain Lit­tle Vic­tor, « un gé­nie du son ». Un autre pe­tit caillou blanc, avant Chi­ca­go!

PHO­TO YANN CA­BEL­LO

A FOND. Mo mord dans son har­mo­ni­ca comme un af­fa­mé. Sa sin­cé­ri­té, son brio ex­pres­sif, son at­ti­tude com­mu­ni­ca­tive ont fait vi­brer les pu­blics qui l’ont écou­té, de Chi­ca­go à Du­baï, du fes­ti­val de Co­gnac à Pa­ris, près de nous de Tours à... Beau­mont.

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