A la fac, les ré­fu­giés donnent des cours

■ L’Uni­ver­si­té Cler­mont Au­vergne prend part à un pro­gramme au­tour de l’in­clu­sion des ré­fu­giés

La Montagne (Clermont-Limagne) - - Eé-tuddôiamntes - Pierre Pey­ret pierre.pey­[email protected]­tre­france.com

Cas­ser les images re­çues à l’en­contre des ré­fu­giés et fa­vo­ri­ser leur in­clu­sion : tel est l’ob­jec­tif du pro­gramme eu­ro­péen co-LAB qu’in­tègre l’Uni­ver­si­té Cler­mont Au­vergne.

Le sou­rire de Sou­zan tra­hit un mé­lange d’im­pa­tience et d’ap­pré­hen­sion. Pour cette Sy­rienne de 33 ans, comme pour Ra­bab, les choses sé­rieuses ne com­men­ce­ront pour­tant qu’en jan­vier. Plus dis­cret, Ab­doul­ras­soul, Sou­da­nais de 30 ans, se­ra le pre­mier à en­trer en scène. Ces trois ont un peu plus que de l’ap­pré­hen­sion en com­mun. Tous ont le sta­tut de ré­fu­giés et tous prennent part au pro­jet eu­ro­péen co­LAB (voir en­ca­dré).

Tour à tour, à rai­son de vingt à trente heures, ils se­ront en tout cinq à in­ter­ve­nir en tant qu’en­sei­gnants de­vant des étu­diants de l’Uni­ver­si­té Cler­mont Au­vergne, de l’UFR Langue culture et com­mu­ni­ca­tion et de l’IAE ­ École de ma­na­ge­ment. Der­rière cette ini­tia­tive se cachent l’Union eu­ro­péenne et le Conseil de l’Eu­rope. Plus lo­ca­le­ment, c’est Cé­ci­lia Bras­sier­Ro­drigues, maître de confé­rence à l’UCA, qui a ren­du pos­sible ce par­te­na­riat qui unit l’UCA avec quatre autres uni­ver­si­tés et grandes écoles eu­ro­péennes.

« On va mettre en avant leur ex­per­tise et leurs com­pé­tences. Les élèves ne se­ront pas for­cé­ment au cou­rant de leur sta­tut. Ce n’est pas le but », in­siste Cé­ci­lia Bras­sier, heu­reuse de pou­voir tordre le cou à une image sou­vent né­ga­tive.

Pro­fes­seur d’an­glais pen­dant quinze ans avant d’être contrainte à fuir sa Sy­rie en 2017, Ra­bab in­ ter­vien­dra en toute lo­gique dans la langue de Sha­kes­peare. « Le pro­jet m’a d’abord plu au ni­veau per­son­nel car je vou­lais avant tout tra­vailler de nou­veau », ex­plique­t­elle dans un fran­çais presque par­fait ap­pris en un an. Mais d’une ma­nière plus glo­bale, il va per­mettre, se­lon elle, de lut­ter contre les cli­chés et sté­réo­types dont sont vic­times les ré­fu­giés. « Nous sommes 23 mil­lions de Sy­riens, nous ve­nons avec un ba­gage et des com­pé­tences. La langue est un frein quand on a beau­coup de com­pé­tence et qu’on veut les mettre en va­leur. J’es­père que ce­la chan­ge­ra aus­si l’image de la femme orien­tale que cer­tains peuvent avoir ».

Ar­ri­vée en France en 2014, et après deux sé­jours par le pas­sé dé­jà à Cler­mont­Fer­rand, Sou­zan ne peut que va­li­der les pro­pos. À par­tir de jan­vier, elle se­ra en charge d’un cours pour les élèves en troi­sième an­née de li­cence sur les phé­no­mènes mi­gra­toires. Elle par­le­ra de son his­toire, de la si­tua­tion des Kurdes de Sy­rie, de l’ac­cueil des ré­fu­giés. « Je lis beau­coup d’ar­ticles, je pré­pare les dos­siers », se ré­jouit­elle.

Han­di­ca­pé par quelques dif­fi­cul­tés en fran­çais, Ab­doul­ras­soul se­ra lui se­con­dé par un en­sei­gnant de l’UCA lors de ses in­ter­ven­tions. Il com­pen­se­ra ses la­cunes en fran­çais par sa for­ma­tion de pro­fes­seur de so­cio­lo­gie au Sou­dan. Mais ce­la ne l’ef­fraie pas tant que ça. Il a dé­jà vé­cu tant d’épreuves par le pas­sé. ■

« On veut mettre en va­leur nos com­pé­tences »

PHO­TO FRANCK BOI­LEAU

IN­CLU­SION. En tout, cinq ré­fu­giés in­ter­vien­dront au­près des étu­diants de l’Uni­ver­si­té Cler­mont Au­vergne pas né­ces­sai­re­ment au cou­rant du par­cours de vie de leurs profs.

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