Trop rares cham­pi­gnons

La Montagne (Clermont-Limagne) - - La Une - Ar­naud Ver­net Ré­mi Pi­ro­nin

■ PUY-DE-DÔME. Mais où sont les cham­pi­gnons ? Le manque de pluie n’a pas per­mis cette an­née aux pré­cieux cèpes et autres trom­pettes de la mort de sor­tir, du moins pour l’ins­tant. Les ama­teurs prient le ciel pour que la pluie ar­rive. ■ ÉCO­NO­MIE. Pour les en­tre­prises du com­merce de cham­pi­gnons sau­vages, c’est une nou­velle an­née dé­li­cate qui s’an­nonce. Et la ra­re­té fait aug­men­ter les prix… ce qui pé­na­lise éga­le­ment les res­tau­ra­teurs.

Consom­ma­tion Pas la queue d’un… ou presque ! Les cèpes, gi­rolles et autres mo­rilles qui peu­plaient les sous-bois au­ver­gnats ont dis­pa­ru cette an­née. Les ama­teurs prient le ciel pour que la pluie ar­rive, mais dans le cas contraire, 2018 res­te­ra une an­née noire !

On ne man­que­ra pas de cham­pi­gnons ! Plus de 100.000 tonnes de cham­pi­gnons se­ront cette an­née en­core ré­col­tées en France, mais les vrais ama­teurs de cham­pi­gnons fe­ront triste mine, car cette ré­colte concerne pres­qu’ex­clu­si­ve­ment… les cham­pi­gnons de Pa­ris. Les autres ne re­pré­sen­tant qu’une quan­ti­té de 3.000 à 4.000 tonnes, dif­fi­cile à es­ti­mer pré­ci­sé­ment car une bonne moi­tié part en au­to­con­som­ma­tion. On n’au­ra donc ja­mais de chiffres exacts sur la ré­colte de cèpes, gi­rolles, mo­rilles et autres mous­se­rons. Mais à en croire les ra­mas­seurs, res­tau­ra­teurs et en­tre­prises du sec­teur, ce qui est cer­tain, c’est que si cet au­tomne conti­nue comme ça, il se­ra l’un des pires de ces vingt der­nières an­nées.

La sé­che­resse, pre­mier cou­pable !

Res­pon­sable de cette pé­nu­rie : comme tou­jours, la sé­che­resse. La pire an­née my­co­lo­gique reste 2003, lors de la grande sé­che­resse. Celle qui nous ac­cable au­jourd’hui n’a pas tou­ché tout le monde : 2018 se­ra une très bonne an­née dans les Alpes et les Py­ré­nées. Les Alpes ma­ri­times, avec la cha­leur et l’hu­mi­di­té, af­fichent même un dé­but d’au­tomne re­cord. C’est jus­te­ment là qu’ont émi­gré cer­tains cueilleurs pro­fes­sion­nels au­ver­gnats qui ne trou­vaient plus rien sur place.

Mais en Au­vergne, « les cham­ pi­gnons se­ront rares cette an­née », confirme Fran­çoise Cha­lard, phar­ma­cienne pas­sion­née de my­co­lo­gie. On constate d’an­née en an­née une baisse des ré­coltes dont on ne connaît pas exac­te­ment la rai­son. Le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique n’est pas res­pon­sable puis­qu’il se contente de faire re­mon­ter vers le nord des es­pèces qui ne se ren­con­traient qu’au sud au­tre­fois. On trouve ain­si par chez nous de plus en plus d’ama­nites des cé­sars qui étaient très mé­ri­dio­nales par le pas­sé.

Sur place dans les sous­bois du Li­vra­dois­Fo­rez, la si­tua­tion se confirme. Il manque d’eau ! « La plaine d’Am­bert a ra­re­ment été aus­si sèche », confie William Tra­pon, gé­rant de son en­tre­prise spé­cia­li­sée dans le com­merce de cham­pi­gnons sau­vages (voir ci­des­sous). Pour l’au­to­con­som­ma­tion, il faut alors mon­ter sur les hau­teurs. Mais même là, les cham­pi­gnons se font rares pour un mois d’oc­tobre. « Il a plu un peu ces der­niers jours donc je suis ve­nu faire un tour mais on n’a pas vu un cèpe, c’est rare à la mi­oc­tobre ! », se déses­père Pa­trick qui sillonne les fo­rêts des Bois Noirs de­puis des dé­cen­nies. « C’est beau­coup trop sec, il va fal­loir que ça pleuve et pas qu’un seul jour ! »

Mais cette ab­sence du roi des cham­pi­gnons per­met éga­le­ment de por­ter son at­ten­tion sur d’autres va­rié­tés tout aus­si ap­pré­ciées des consom­ma­teurs, comme le pied­de­mou­ton ou la chan­te­relle grise. « J’en ai trou­vé quelques­uns, ça me suf­fi­ra pour ce soir, sou­rit le sexa­gé­naire en re­gar­dant son pa­nier clair­se­mé mais pas com­plè­te­ment vide. Faute de grives, on mange des merles ! » ■

PHO­TO THIER­RY LINDAUER

PHO­TO THIER­RY LINDAUER

CÈPE. Du cô­té des bois de la Stèle, le pa­nier de Ju­lien reste déses­pé­ré­ment vide.

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