Le camp de mi­grants de la place du 1er-Mai éva­cué

Deux mois après leur ar­ri­vée, ils sont tous à l’abri.

La Montagne (Clermont-Limagne) - - La Une - Pierre Pey­ret pierre.pey­[email protected]­tre­france.com

À l’aube d’une hui­tième se­maine, les der­niers mi­grants pré­sents sur le camp du 1er-Mai ont été, hier, mis à l’abri. Pour ces per­sonnes seules, di­rec­tion le gym­nase An­dan­son.

Il n’y au­ra pas eu de feux de camp, hier soir, place du 1erMai, à Cler­mont­Fer­rand. Pas plus que de dis­tri­bu­tion de re­pas comme c’était le cas de­puis le 3 sep­tembre. À l’aube d’une hui­tième se­maine, le camp s’est vi­dé, hier, de ses der­niers oc­cu­pants.

À l’heure du pe­tit­dé­jeu­ner, les agents des ser­vices de l’État sont ve­nus re­cen­ser les di­zaines de mi­grants res­tants avant leur mise à l’abri. Les per­sonnes seules comme les fa­milles qui étaient ar­ri­vées de­puis mar­di der­nier. Une bonne nou­velle pour les mi­li­tants as­so­cia­tifs dont la der­nière in­quié­tude concer­nait le sort de six mi­neurs non ac­com­pa­gnés. Tous ont fi­na­le­ment été pris en charge par les ser­vices du Conseil dé­par­te­men­tal de l’Aide so­ciale à l’en­fance.

Des der­niers jours dif­fi­ciles

Pour Za­biul­lah, c’est un sou­la­ge­ment même si la ga­lère n’est pas fi­nie. « Les der­niers jours ont été dif­fi­ciles », confie cet Af­ghan de 23 ans. « Les nuits ont été froides ». Au point d’être contraint, afin de main­te­nir le feu, de brû­ler les pa­lettes ins­tal­lées ini­tia­le­ment pour sur­éle­ver les tentes.

En fin de ma­ti­née, à l’ins­tar des hommes seuls et des sans do­mi­cile fixe qui s’étaient gref­fés, il a pris la di­rec­tion du gym­nase An­dan­son en car – les fa­milles avec en­fants ont été di­ri­gées vers la ré­si­dence hô­te­lière à vo­ca­tion so­ciale de Mo­nanges.

Dans l’at­tente de son en­tre­tien à la pré­fec­ture pour ef­fec­tuer sa de­mande d’asile pré­vu fin oc­tobre, la si­tua­tion de Za­biul­lah reste floue : « On nous a dit que ce n’était pas loin d’ici mais je n’es­père que trois choses : un abri, de la nour­ri­ture et des ha­bits. »

Là­bas, le gym­nase, antre des adeptes de la boule lyon­naise jus­qu’à la créa­tion d’un bou­lo­drome au nord de Cler­montFer­rand, a été re­mis en état après avoir été lais­sé à l’aban­don des mois du­rant. « Les agents de la Ville ont réa­li­sé un tra­vail ex­tra­or­di­naire », sa­lue Syl­viane Tar­dieu, conseillère mu­ni­ci­pale com­mu­niste dé­lé­guée en charge des mi­grants. Une di­zaine d’agents ont tra­vaillé pen­dant une se­maine pour rem­pla­cer des vitres, re­mettre au goût du jour les douches et les sa­ni­taires. La plom­be­rie a été chan­gée. Tout comme le ta­bleau élec­trique. Le sol, re­cou­vert de sable, a été net­toyé. Sur place, des lits de camp ont été ins­tal­lés et la cuve de fioul rem­plie. « Ce n’est pas une so­lu­tion pé­renne », rap­pelle Ni­co­las Du­faud, di­rec­teur de ca­bi­net du pré­fet du Puy­de­Dôme. « L’es­sen­tiel est de leur ap­ por­ter un toit avant de pro­cé­der à l’exa­men de leur si­tua­tion ad­mi­nis­tra­tive. »

Comme une se­maine plus tôt, lors de la pre­mière mise à l’abri, im­pos­sible pour les mi­li­tants as­so­cia­tifs du Ré­seau édu­ca­tion sans fron­tière, de la Ci­made et de la Ligue des droits de l’homme de se rendre sur place. L’as­so­cia­tion d’ac­tion so­ciale CeC­ler et ses tra­vailleurs so­ciaux ont pris le re­lais, se­con­dée par l’Ordre de Malte et le Se­cours ca­tho­lique.

Le gym­nase An­dan­son re­mis en état

Pour les ci­toyens so­li­daires, l’heure était hier après­mi­di au ran­ge­ment du camp, de ses di­zaines de tentes, de ma­te­las, de cou­ver­tures et au dé­mon­tage des bar­nums qui ont fait of­fice de lieu de sto­ckage pen­dant presque deux mois.

« Nous sommes sou­la­gés que ce­la se ter­mine. Nous al­lons pou­voir re­prendre une ac­ti­vi­té nor­male », souf­flait Isa­belle (*). Pen­dant un mois, cette ci­toyenne d’une ving­taine d’an­nées a mis la pré­pa­ra­tion de ses concours entre pa­ren­thèses pour ve­nir s’oc­cu­per des nau­fra­gés du 1er­Mai. « J’étais au cou­rant de la ques­tion des mi­grants. Là, j’ai dé­cou­vert concrè­te­ment ce qu’il en était et j’ai pu me rendre compte des dys­fonc­tion­ne­ments qui existent. » Hier soir, elle n’a pas eu be­soin de se rendre sur le camp. ■

(*) Le pré­nom a été mo­di­fié.

PHO­TO JEAN-LOUIS GORCE

DEUXIÈME MISE À L’ABRI. Les per­sonnes seules ont été ache­mi­nées au gym­nase An­dan­son. Pour les fa­milles avec en­fants, di­rec­tion la ré­si­dence hô­te­lière à vo­ca­tion so­ciale de Mo­nanges.

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