« Sau­va­ge­ment pla­ni­fié »

■ Le prince hé­ri­tier saou­dien im­pli­qué dans le crime

La Montagne (Clermont-Limagne) - - France & Monde -

La Tur­quie a af­fir­mé hier que le meurtre du jour­na­liste saou­dien Ja­mal Kha­shog­gi avait été « sau­va­ge­ment pla­ni­fié », contre­di­sant la ver­sion avan­cée par Ryad.

«Nous sommes face à une si­tua­tion qui a été sau­va­ge­ment pla­ni­fiée et des ef­forts consé­quents ont été dé­ployés pour dis­si­mu­ler » ce meurtre, a dé­cla­ré lors d’une confé­rence de presse à An­ka­ra Omer Ce­lik, porte­pa­role du par­ti au pou­voir en Tur­quie (AKP).

Les au­to­ri­tés saou­diennes, après avoir sou­te­nu que le jour­na­liste était res­sor­ti vi­vant du consu­lat, ont fi­na­le­ment ad­mis que Kha­shog­gi y avait été tué, mais ont nié toute pré­mé­di­ta­tion.

Cou­pé en quinze mor­ceaux

Se­lon le quo­ti­dien pro­gou­ver­ne­men­tal turc Ye­ni Sa­fak, le chef d’un com­man­do saou­dien de 15 agents dé­pê­chés à Is­tan­bul pour tuer le jour­na­liste, a été di­rec­te­ment en contact avec le bu­reau du prince hé­ri­tier, après « l’as­sas­si­nat », le 2 oc­tobre.

L’homme en ques­tion, Ma­her Ab­du­la­ziz Mu­treb, pré­sen­té comme un membre de la garde rap­pro­ché de « MBS » a ap­pe­lé « à quatre re­prises le di­rec­teur du bu­reau du prince hé­ri­tier, Ba­der Al­Asa­ker ».

« Au moins l’un de ces ap­pels a été ef­fec­tué de­puis le bu­reau du consul gé­né­ral », a ajou­té le jour­nal, dans un ar­ticle in­ti­tu­lé « l’étau se res­serre au­tour du prince hé­ri­tier ».

Dans le quo­ti­dien Hur­riyet, un édi­to­ria­liste proche du pou­voir turc, Ab­dul­ka­dir Sel­vi, af­firme que le jour­na­liste, âgé de 59 ans au mo­ment des faits, a été im­mé­dia­te­ment conduit vers le bu­reau du consul à son ar­ri­vée au consu­lat où il a été « étran­glé » par les agents saou­diens. « Ce­la a du­ré entre 7 et 8 mi­nutes ».

Le corps a en­suite été « cou­pé en 15 mor­ceaux » par un mé­de­cin lé­giste fai­sant par­tie du com­man­do saou­dien, a ajou­té Sel­vi, se­lon le­quel le corps dé­mem­bré a été sor­ti du consu­lat mais se trou­ve­rait tou­jours dans un en­droit in­con­nu à Is­tan­bul.

« Si le prince hé­ri­tier ne rend pas de comptes et n’est pas évin­cé de son poste, nous ne de­vons pas clore ce dos­sier », a pour­sui­vi l’in­fluent chro­ni­queur. Se­lon les mé­dias turcs, la po­lice a re­trou­vé hier un vé­hi­cule du consu­lat saou­dien, équi­pé d’une plaque d’im­ma­tri­cu­la­tion di­plo­ma­tique, « aban­don­né » dans un par­king sou­ter­rain d’Is­tan­bul.

La chaîne amé­ri­caine CNN a pour sa part dif­fu­sé des images de vi­déo­sur­veillance mon­trant un des agents saou­diens quit­tant le consu­lat par une porte ar­rière por­tant les vê­te­ments dont était vê­tu Kha­shog­gi à son ar­ri­vée, ain­si qu’une barbe fac­tice.

Il s’agis­sait, se­lon le res­pon­sable turc, d’une « ten­ta­tive de dis­si­mu­la­tion » vi­sant à faire croire que Kha­shog­gi avait bel et bien quit­té le bâ­ti­ment. Ces ré­vé­la­tions sur­viennent à la veille d’une in­ter­ven­tion très at­ten­due d’Er­do­gan au cours de la­quelle il a pro­mis de ré­vé­ler « toute la vé­ri­té » sur la mort de Kha­shog­gi. ■

PHO­TO AFP

EN­QUÊTE. La po­lice turque a re­trou­vé un vé­hi­cule du consu­lat saou­dien « aban­don­né ».

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