Au rythme du glan­deur sous le chêne

■ Les 430 hec­tares de fo­rêt de Tron­çais n’avaient pas connu de ré­colte de glands de­puis l’an­née 2014

La Montagne (Clermont-Limagne) - - Région Actualité - Guillaume Bel­la­voine guillaume.bel­la­[email protected]­tre­france.com

Ce­la n’était plus ar­ri­vé de­puis 2014. Une ré­colte de glands de chêne est réa­li­sée en fo­rêt de Tron­çais. Mais la sé­che­resse a al­té­ré la qua­li­té d’une par­tie du mil­lé­sime.

As­sise sous un chêne bi­cen­te­naire, Gi­sèle trie les glands tom­bés au sol. Les mar­rons et les verts vont dans un seau, les beiges res­tent sous les feuilles. Un mé­tier que cette in­té­ri­maire de Lurcy­Lé­vis ne connais­sait même pas il y a quelques jours.

De­puis mer­cre­di der­nier, une ré­colte de glands est en cours sur les 430 hec­tares de la fo­rêt de Tron­çais. La der­nière avait eu lieu en 2014. « Ces der­nières an­nées, des coups de froid sont ap­pa­rus au mo­ment de la flo­rai­son, ce qui a gâ­ché la fruc­ti­fi­ca­tion. D’une ma­nière gé­né­rale, les bonnes ré­coltes re­viennent tous les quatre ou cinq ans. C’est pire dans l’est de la France, où les glan­dées se font une fois tous les dix ans en rai­son des coups de froid », ex­plique Da­niel Cri­bel­lier, agent de l’Of­fice na­tio­nal des fo­rêts, qui su­per­vise la ré­colte.

Après avoir ob­ser­vé la pousse des glands avec des ju­melles cet été, les hommes en vert s’at­ten­daient à une bonne ré­col­ te. Ils sont tom­bés de haut. La sé­che­resse des der­niers mois a déshy­dra­té les glands, ce qui a ré­duit leur qua­li­té. Et l’ab­sence de vent et de pluie re­tient les meilleurs glands dans les chênes. « Nous avons com­men­cé la ré­colte avec dix jours de re­tard, nous ne pou­vons pas at­tendre plus long­temps à cause des feuilles qui tombent et qui em­pêchent de voir les glands au sol », ex­plique Da­niel Cri­bel­lier.

Un autre en­ne­mi des glan­deurs est le ba­la­nin, un ver dont on pré­sume la pré­sence lorsque les glands sont per­fo­rés. Avec un cou­teau, Da­niel Cri­bel­lier ouvre un gland et montre une larve de ba­la­nin se nour­ris­sant de la graine. « Avec la sé­che­resse et le ba­la­nin, on a au moins 60 % des glands de mau­vaise qua­li­té », es­time l’agent de l’ONF.

« Dans une bonne an­née, on peut ré­col­ter jus­qu’à 30.000 litres de glands en fo­rêt de Tron­çais. Notre ob­jec­tif, cette an­née, se si­tuait au­tour des 10.600 litres, dont 7.000 pour l’Of­fice na­tio­nal des fo­rêts (le reste étant ra­mas­sé di­rec­te­ment par l’en­tre­prise de grai­ne­te­rie Vil­mo­rin, NDLR). Mais on sait d’ores et dé­jà qu’on ne l’at­tein­dra pas », dé­taille Da­niel Cri­bel­lier.

Une fois les glands ra­mas­sés, ils sont ras­sem­blés dans des sacs scel­lés et nu­mé­ro­tés, puis en­voyés dans la sé­che­rie de l’Of­fice na­tio­nal des fo­rêts de La Joux, dans le Ju­ra. Les fruits sont triés en les plon­geant dans l’eau (ceux qui re­montent à la sur­face ne sont pas conser­vés), puis pla­cés dans un sé­choir où ils at­tendent le prin­temps qui leur per­met­tra de ger­mer. « Sur deux cents glands, il n’y en a que cin­quante qui sont viables à la fin », re­marque l’agent de l’ONF.

Ces se­mences sont ven­dues à des per­sonnes pri­vées mais ne servent pas à re­peu­pler la fo­rêt de Tron­çais. « Nous pra­ti­quons ici la ré­gé­né­ra­tion na­tu­relle. C’est­à­dire qu’on laisse faire la na­ture », pré­cise Da­niel Cri­bel­lier.

À rai­son de sept heures quo­ti­diennes, les sept in­té­ri­maires payés par l’Of­fice na­tio­nal des fo­rêts vont ra­mas­ser quelque 60 litres de glands chaque jour cha­cun, pen­dant au mieux une se­maine et de­mie. Sur leur fiche de poste, le mot « glan­deur » est in­di­qué. Mais c’est tout sauf une si­né­cure. « Phy­si­que­ment, c’est dur. Ce­la fait mal aux jambes et au dos », té­moigne Gi­sèle. ■

Les se­mences ne servent pas à re­peu­pler Tron­çais

PHO­TO FLO­RIAN SALESSE

PÉ­RIODE. La ré­colte a com­men­cé avec dix jours de re­tard en rai­son de la sé­che­resse.

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