Pas­sion­né jus­qu’au bout des ondes

■ A Aul­nat, dans son ate­lier, Gé­rard Bo­rel re­donne vie à de vieilles ra­dios des an­nées 1960

La Montagne (Clermont-Limagne) - - Puy-de-dôme Collection - Pas­cal Gui­nard pas­cal.gui­[email protected]­tre­france.com

Il aime les che­vaux, fait de la voile et de la mo­to mais sa pas­sion, c’est la ra­dio.

Gé­rard Bo­rel est in­ta­ris­sable. À l’image de l’ob­jet de sa pas­sion : les ra­dios an­ciennes, il suf­fit de le « bran­cher » sur le su­jet et de l’écou­ter.

Dans sa mai­son, à Aul­nat, il y en a dans toutes les pièces. Et pas ques­tion d’en ra­ter une, que ce soit au rez­de­chaus­sée, dans son ate­lier ou à l’étage. Des dizaines de postes, la plu­part des an­nées 1960.

Tous dans des états re­mar­quables et qua­si­ment tous en état de marche. Si au­jourd’hui sa col­lec­tion est li­mi­tée, c’est parce qu’il en a don­né des cen­taines, à des amis, des col­lec­ti­vi­tés. Dans une pièce trans­for­mée en « au­di­to­rium », il se pose en DJ. À 80 ans, il est, toutes pro­por­tions gar­dées, à ces an­ciennes ra­dios ce que Da­vid Guet­ta est à la mu­sique élec­tro.

Il branche chaque ap­pa­reil, ap­puie sur quelques touches et c’est par­ti. « Ecou­tez. C’est un son d’une qua­li­té ex­tra­or­di­naire. » De vieux stan­dards de jazz, de la mu­sique clas­sique de l’opéra et bien sûr « le » tau­lier, John­ny Hal­ly­day.

Éton­nant re­tour dans le pas­sé. Mais pas seule­ment. Car ce pas­sion­né est aus­si un bri­co­leur de gé­nie. Chaque poste a été dé­mon­té, net­toyé, ré­pa­ré, re­mon­té et adap­té pour pou­voir dif­fu­ser la bande FM, des mu­siques com­pres­sées ou en­core se trans­for­mer en en­ceinte blue­tooth grâce à de pe­tits boî­tiers ex­ternes té­lé­com­man­dés.

Pour lui, rien ne peut concur­ren­cer la qua­li­té al­le­mande de l’époque. Dans une pièce d’en­vi­ron 15 mètres car­rés, il monte le vo­lume. « De quoi faire dan­ser une salle des fêtes. Et je ne suis qu’à la moi­tié de la puis­sance. C’est ef­fi­cace ! » dit­il en sou­riant, content de son ef­fet. Les avions qui dé­collent en face de sa mai­son et les trains qui passent au pied de chez lui n’ont qu’à bien se te­nir.

Les noms de grandes marques s’en­chaînent : Sa­ba, Te­le­fun­ken, SchaubLo­rentz, Grun­ding. Gé­rard n’hé­site pas à par­cou­rir la France en­tière, en train, pour dé­ni­cher la perle rare, sou­vent pour quelques dizaines d’euros sur des sites de vente en ligne. Dans son ate­lier en­so­leillé, tout un bric­à­brac de Géo Trou­ve­tou, mais aus­si la ra­dio de sa grand­mère sur la­quelle il a fait ses pre­mières armes ou en­core un Gram­mont de 1946 « sur le­quel les pro­prié­taires ont sans doute écou­té le gé­né­ral de Gaulle ».

Un ta­lent qu’il met au ser­vice des amis, de la fa­mille et d’autres col­lec­tion­neurs, pour le seul plai­sir de re­don­ner vie à ces ra­dios.

« À chaque fois, j’es­saye de connaître l’his­toire de ces postes. Les plus beaux étaient sou­vent dans de riches fa­milles : des gé­né­raux, des am­bas­sa­deurs, par­fois des avo­cats. » Cer­tains sont par­ti­cu­liè­re­ment im­po­sants, de vrais meubles et au­tant de signes vi­sibles de réus­site so­ciale à l’époque. Sur les sites spé­cia­li­sés, les en­chères at­teignent plu­sieurs mil­liers de dol­lars car « les Amé­ri­cains font mon­ter les prix ». Mais pour Gé­rard, « ça n’a pas de prix. »

Pas ques­tion de vendre son âme au diable. ■

« Un son d’une qua­li­té ex­tra­or­di­naire »

PHO­TO FRÉ­DÉ­RIC MARQUET

GÉ­RARD BO­REL. « J’ai fait de ma pas­sion mon mé­tier. » Il a no­tam­ment tra­vaillé pour Cris­tal-Gran­din à Mon­treuil mais aus­si pour la Ca­tia, à Cha­ma­lières, l’un des rares fa­bri­cants de ra­dios de l’ag­glo­mé­ra­tion cler­mon­toise dans les an­nées 1950.

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