 176 épi­sode

La Montagne (Clermont-Limagne) - - Au Quotidien -

Mal­gré son si­lence, Léon We­berBau­ler de­vine sa pen­sée et pour­suit :

Elles res­sentent du conten­te­ment pour avoir fait ce pour quoi, in­trin­sè­que­ment, elles sont des­ti­nées ! Pour preuve, de­puis le dé­but de la guerre des bé­né­voles s’oc­cupent des bles­sés. Certes, ces anges blancs dé­nués de cal­culs soignent plus l’es­prit que le corps, mais elles sont si dé­vouées qu’elles ac­com­plissent des mi­racles !

Des anges et des mi­racles ? ! re­prend Léo­pol­dine. La gué­ri­son n’est pas l’af­faire de Dieu mais celle de la mé­de­cine. À votre avis, ces hommes à l’ar­ticle de la mort pré­fèrent-ils être écou­tés ou cor­rec­te­ment soi­gnés ? Il faut élar­gir les connais­sances de ces femmes et leur per­mettre d’ob­te­nir un vrai di­plôme d’in­fir­mière…

Le doc­teur We­ber-Bau­ler hoche la tête en signe d’ac­quies­ce­ment, éton­né par la force qui se dé­gage des pro­pos de cette jeune pro­vin­ciale. Il sait qu’elle a rai­son, mal­heu­reu­se­ment les écoles et le temps manquent pour for­mer conve­na­ble­ment ces femmes. Il es­père qu’après la guerre des ins­ti­tu­tions spé­cia­li­sées se dé­ve­lop­pe­ront ra­pi­de­ment… Léo­pol­dine a re­çu un mes­sage du co­lo­nel Bre­doy qui lui de­mande de trans­mettre ses notes di­rec­te­ment au gé­né­ral Jé­rôme, ins­tal­lé proche du camp de La Cour­tine. À l’at­ten­tion stric­te­ment per­son­nelle du gé­né­ral Jé­rôme De Léo­pol­dine Mon­tagne camp de La Cour­tine

Rap­port du 12 juillet 1917

La 3e bri­gade et les of­fi­ciers par­tis, les hommes de la 1re bri­gade, re­grou­pés en co­mi­tés ap­pe­lés so­viets, or­ga­nisent la vie du camp. Ils pra­tiquent des exer­cices ré­gu­liers et se par­tagent cer­taines tâches d’in­ten­dance. Ils re­ven­diquent leur re­tour en Rus­sie et, de ma­nière plus tri­viale, ils de­mandent la construc­tion de bains, le chan­ge­ment ré­gu­lier des draps et la dés­in­fec­tion des cou­ver­tures. L.M.

Dès ré­cep­tion du rap­port, Léo­pol­dine est convo­quée par ce haut gra­dé qui sé­journe à l’hô­tel, face à l’en­trée du camp où sont lo­gés un grand nombre d’of­fi­ciers su­pé­rieurs. L’homme, mé­con­tent, ne l’in­vite pas à s’as­seoir et laisse sa co­lère se dé­ver­ser en un flot de pa­roles amères :

Ces Russes se croient-ils dans un éta­blis­se­ment de luxe ? Chaque jour, des trains de mar­chan­dises viennent ra­vi­tailler le camp. Ils re­çoivent leur ra­tion de vin et de la nour­ri­ture à sa­tié­té mais ce­la ne leur suf­fit pas ! Tous les poi­lus qui com­battent n’ont pas cette chance. Et sans al­ler bien loin, pre­nez l’exemple des loya­listes de la 3e bri­gade : pour leur sé­cu­ri­té, nous avons dû les éloi­gner de ces… de ces mu­tins, il n’y a pas d’autre mot ! Ces hommes fi­dèles à leur gou­ver­ne­ment et à la France campent au fin fond du camp en pa­tau­geant dans la boue. Ah ça, les so­viets d’ici ont la belle vie ! Ces fai­néants dis­cutent à lon­gueur de jour­née. Il va être temps de se dé­bar­ras­ser de ces em­bus­qués qui tirent pro­fit de la si­tua­tion.

(à suivre)

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.