De l’op­ti­mi­sa­tion des images d’un match

■ Le PERF sen­si­bi­lise les ar­bitres de haut ni­veau à la réa­li­sa­tion d’une ren­contre spor­tive

La Montagne (Clermont-Limagne) - - Sports Journées De L'arbitrage - Ar­naud Clergue Va­lé­ry Le­fort Ar­naud Clergue

De­puis 2007, le Perf Ar­bi­trage (Pôle uni­ver­si­taire d’Ex­per­tise, de Re­cherche et de For­ma­tion), ba­sé sur le cam­pus des Cé­zeaux à Au­bière, dé­ve­loppe des ac­tions de for­ma­tion, de re­cherche, et de va­lo­ri­sa­tion de l’Ar­bi­trage. La struc­ture s’est bien évi­dem­ment adap­tée aux nou­velles tech­no­lo­gies en in­té­grant l’uti­li­sa­tion de la vi­déo dans sa réflexion glo­bale. Mais pas de n’im­porte quelle fa­çon…

France ­ Al­le­magne, Stade de France, mar­di 16 oc­tobre. Nous jouons la 79e mi­nute, lorsque Blaise Ma­tui­di est fau­ché dans la sur­face de ré­pa­ra­tion par Mats Hum­mels. L’ar­bitre dé­signe im­mé­dia­te­ment le point de pe­nal­ty. Sur les ra­len­tis, les images pro­po­sées ne sont pas aus­si fla­grantes. Les dif­fé­rents angles ne per­mettent pas de se faire une idée pré­cise de l’exis­tence de la faute ou pas. Même si le VAR (Vi­deo As­sis­tant Re­fe­ree) n’était pas uti­li­sé lors de cette ren­contre, cette ac­tion dé­montre bien que l’uti­li­sa­tion de la vi­déo n’est pas une chose in­faillible et reste su­jette à mul­tiples in­ter­pré­ta­tions.

Au PERF Ar­bi­trage, et plus par­ti­cu­liè­re­ment au sein de son Di­plôme Uni­ver­si­taire « Sport de haut ni­veau et ar­bi­trage », dé­dié à la for­ma­tion conti­nue des ré­fé­rés de haut ni­veau, on a bien in­té­gré cette don­née­là. L’as­sis­tance vi­déo, en foot­ball comme en rug­by, ne peut en au­cun cas être consi­dé­rée comme vé­ri­té ab­so­lue. Gé­ral­dine Rix­Lièvre, dé­lé­guée gé­né­rale du Perf ar­bi­trage et maître de confé­rences, s’en ex­plique.

« Au sein de notre for­ma­tion, nous es­sayons de faire prendre du re­cul aux ar­bitres de haut ni­veau. La vi­déo est quelque chose de fac­tuel. C’est un élé­ment de trace, de preuve que l’on peut uti­li­ser dans la prise de dé­ci­sion. Mais on ne peut pas en faire la vé­ri­té ab­so­lue. Elle reste une pers­pec­tive de ce qu’il s’est pas­sé. Elle reste tout de même in­té­res­sante car elle est dif­fu­sée à tous. Et comme tout le monde voit les images, c’est plus simple de se mettre d’ac­cord. »

La pre­mière image est pri­mor­diale

Pour mieux ac­com­pa­gner les ar­bitres de haut ni­veau dans leur prise de dé­ci­sion par le biais de l’as­sis­tance vi­déo, des études scien­ti­fiques ont été me­nées der­niè­re­ment au sein de l’équipe du PERF. Celles­ci ont dé­mon­tré qu’en ma­tière de dé­ci­sion, la pre­mière image uti­li­sée était dé­ter­mi­nante dans la prise de dé­ci­sion. « En fonc­tion de la pre­mière image choi­sie par l’ar­bitre, l’en­quête ne se­ra pas réa­li­sée de la même ma­nière. Nous les ame­nons donc à avoir une réflexion sur ce­la. At­ten­tion à la pre­mière image que vous al­lez de­man­der car c’est elle qui va orien­ter toute la ma­nière dont vous al­lez in­ves­tir le pro­blème qui vous est pré­sen­té », dé­ve­loppe Gé­ral­dine Rix­Lièvre.

Pour ce faire, les ré­fé­rés dé­couvrent avec pré­ci­sion comment les ren­contres spor­tives sont pro­duites en di­rect. Des réa­li­sa­teurs de té­lé­vi­sion in­ter­viennent ré­gu­liè­re­ment pour les ai­der. Ce­ci est pri­mor­dial car les ar­bitres peuvent mieux ap­pré­hen­der les dif­fé­rents angles de ca­mé­ras pour, in fine, leur per­mettre de choi­sir en prio­ri­té la bonne image au bon mo­ment.

Et donc prendre im­mé­dia­te­ment la dé­ci­sion la meilleure et la plus adé­quate pos­sible. La vi­déo reste donc au ser­vice de l’hu­main et sur­tout pas l’in­verse. ■

L’ex-ar­bitre a dé­lais­sé les ter­rains pour ju­ger à la vi­déo. Un trans­fert ga­gnant-ga­gnant.

Pen­dant 18 ans, Akim Hadj­Bachir (ci­contre en 2008) a ar­pen­té la France du rug­by sif­flet en main, puis à la touche. Tous les ter­rains de Top 14 et de Pro D2 lui sont fa­mi­liers. De­puis juin, et « l’ar­rêt d’une pas­sion » au soir d’une finale Castres ­ Mont­pel­lier au Stade de France, il vit « une autre ex­pé­rience ».

« Je n’avais rien pré­vu mais quand la pos­si­bi­li­té de la vi­déo s’est pré­sen­tée, j’ai dit : pour­quoi pas ? J’avais, me semble­t­il, le re­cul né­ces­saire pour le faire et rendre au jeu ce qu’il m’a ap­por­té. » Pour lui, « c’est une fa­çon de se re­mettre au ser­vice des ar­bitres de ter­rain ».

Pré­sent au stade dans une pièce, il aborde la chose dif­fé­rem­ment :

De jeunes ar­bitres ré­gio­naux peuvent aus­si se per­fec­tion­ner au sein du PERF dans le cadre d’une op­tion spé­ci­fique in­té­grée à leurs études. Et l’uti­li­sa­tion de la vi­déo fait par­tie in­té­grante de leur cur­sus.

Le PERF, ce n’est pas que des ar­bitres de haut ni­veau. C’est aus­si de jeunes ly­céens, dé­jà ar­bitres ré­gio­naux, sou­hai­tant pour­suivre leurs études dans une fi­lière leur per­met­tant de va­li­der des uni­tés d’en­sei­gne­ment dé­diées. Au sein de cette op­tion « ar­bi­trage spor­tif », des cours sur l’uti­li­sa­tion de la vi­déo leur sont pro­di­gués de ma­nière à les ame­ner à construire un re­gard sur ce qu’est cet ou­til tech­no­lo­gique.

« Il s’agit de cours pra­tiques, ex­plique « On n’a plus l’adré­na­line et cette pres­sion du ter­rain. L’ob­jec­tif est dif­fé­rent. » La clé, c’est la re­la­tion avec le réa­li­sa­teur de Ca­nal. « Il faut bien se ca­ler en amont sur quoi voir. On n’im­pro­vise rien, il y a un pro­to­cole clair pour ne pas perdre de temps. Sur un pla­quage haut, on le re­voit d’abord à vi­tesse réelle, avant une image ar­rê­tée au point d’im­pact. Sur un pas­sage à vide, on de­mande en préam­bule une image de très haut puis on re­garde si le joueur est en me­sure de re­ce­voir le bal­lon et qui ini­tie le contact ? Si c’est l’at­ta­quant, c’est pé­na­li­té. Si c’est le dé­fen­seur, le jeu peut conti­nuer. »

Pour Akim Hadj­Bachir, la vi­déo est aus­si « un ou­til de pré­ven­tion car les gars se savent sur­veillés ». Le rug­by a bien épou­sé les moeurs de son temps. ■ Si­mon Boyer, res­pon­sable pé­da­go­gique. Cer­tains élèves se font fil­mer en match. Nous, ce que nous sou­hai­tons, c’est de les ame­ner à ré­flé­chir sur la fa­çon dont ils vont construire ce sup­port vi­suel se­lon l’axe sur le­quel ils veulent pro­gres­ser ».

Je filme quand ? Je place ma ca­mé­ra où ? Au­tant de ques­tions que les étu­diants doivent ré­flé­chir au préa­lable. Tout dé­pend de ce qu’ils veulent tra­vailler tech­ni­que­ment ou dans la ges­tion de leur match.

Bien évi­dem­ment, les images peuvent éga­le­ment ser­vir d’éva­lua­tion mais aus­si per­mettre aux for­ma­teurs de dé­brie­fer et d’iden­ti­fier les éven­tuelles pistes de pro­gres­sion. ■

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