Le CHU condam­né après le dé­cès d’une pa­tiente de 74 ans

■ Après le dé­cès d’une sep­tua­gé­naire en jan­vier 2013

La Montagne (Clermont-Limagne) - - La Une - Sté­phane Bar­noin ste­phane.bar­[email protected]­tre­france.com

Une femme de 74 ans avait suc­com­bé au CHU Ga­brielMonp­tied, en 2013, dix­sept heures après son ar­ri­vée aux ur­gences. Le tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif a conclu que l’éta­blis­se­ment avait com­mis plu­sieurs er­reurs.

Presque six ans après la mort sa mère, Ghis­laine Da­niel a en­fin la ré­ponse qu’elle es­pé­rait : le CHU Ga­brielMont­pied a bien com­mis des « fautes » dans la prise en charge de la sep­tua­gé­naire dé­cé­dée aux ur­gences, le 22 jan­vier 2013.

La pa­tiente avait été conduite à l’hô­pi­tal la veille, à l’ini­tia­tive de son mé­de­cin trai­tant. Avant même son ad­mis­sion, elle se trou­vait dans une si­tua­tion de grande fra­gi­li­té, cu­mu­lant obé­si­té, dia­bète sé­vère, pro­blèmes car­diaques et ré­naux.

« Sui­vi in­suf­fi­sant et in­adap­té »

Mais ce jour­là, son état de san­té s’était net­te­ment dé­gra­dé. Sa tem­pé­ra­ture cor­po­relle avait no­tam­ment plon­gé à 34,7 de­grés. La sep­tua­gé­naire mour­ra fi­na­le­ment au CHU dix­sept heures plus tard, sur un bran­card, alors qu’elle ve­nait de su­bir une écho­gra­phie ab­do­mi­nale.

Poin­tant des « man­que­ments en chaîne » – un constat d’ailleurs lar­ge­ment par­ta­gé par l’ex­pert dé­si­gné par la jus­tice – la fille de la dé­funte et son avo­cat avaient dé­po­sé une re­quête en 2016 de­vant le tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif (TA) de Cler­mont­Fer­rand. Qui leur a don­né par­tiel­le­ment rai­son en fin de se­maine der­nière.

Dans la dé­ci­sion que nous avons pu consul­ter, la ju­ri­dic­tion se livre à un tri mi­nu­tieux des dif­fé­rentes fautes consi­gnées dans le rap­port d’ex­per­tise. Cer­taines sont écar­tées. Le TA consi­dère par exemple qu’il n’y a pas eu de « dys­fonc­tion­ne­ment dans les re­la­tions » entre in­fir­miers et mé­de­cin. Mais conclut en re­vanche à un « re­tard de diag­nos­tic ayant en­traî­né un re­tard de trai­te­ment ».

« Ce n’est qu’à 3 h 40, le len­de­main (de l’ad­mis­sion de la sep­tua­gé­naire, NDLR), que l’hy­po­thèse d’un état in­fec­tieux gé­né­ra­li­sé a fi­na­le­ment été évo­quée […]. L’in­té­res­sée, dont la griè­ve­té de l’état re­qué­rait un trans­fert dans une uni­té spé­cia­li­sée, est de­meu­rée aux ser­vices des ur­gences, où elle ne pou­vait bé­né­fi­cier que d’un sui­vi in­suf­fi­sant et in­adap­té », écrit le TA. Consé­quence : « Les fautes com­mises » par le CHU ont pro­vo­qué une « perte de chance de sur­vie » fixée à 30 % – l’ex­pert l’avait éva­luée à 50 %.

En ré­pa­ra­tion, l’hô­pi­tal de­vra donc ver­ser 3.400 eu­ros à Ghis­laine Da­niel. Une somme qui couvre les souf­frances su­bies par la fille de la sep­tua­gé­naire et son « pré­ju­dice d’af­fec­tion ».

« Cette dé­ci­sion confirme qu’il n’y a pas de fa­ta­li­té dans ce dos­sier, mais bien plu­sieurs er­reurs im­pu­tables au CHU », sou­ligne Me Jean­Hu­bert Por­te­joie, l’avo­cat de Ghis­laine Da­niel. « Le plus dom­ma­geable, pour­suit­il, c’est que l’éta­blis­se­ment ne semble tou­jours pas avoir ti­ré la moindre le­çon de ce drame. » ■

PHO­TO FRED MAR­QUET

HÔ­PI­TAL. La pa­tiente n’avait pas sur­vé­cu à un choc sep­tique diag­nos­ti­qué trop tard d’après la jus­tice.

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