Les vins d’Au­vergne sé­duisent... ailleurs

La Montagne (Clermont-Limagne) - - La Une - PHO­TO JEAN-LOUIS GORCE

■ À L’EX­PORT. Au­réo­lés de ré­com­penses aux États­Unis comme au Ja­pon, les côtes­d’au­vergne connaissent un beau dé­ve­lop­pe­ment à l’ex­port.

■ PUY-DE-DÔME. Mal­gré les avis po­si­tifs de grands chefs et des dé­gus­ta­tions à l’aveugle qui leur sont fa­vo­rables, les vins d’Au­vergne ont en­core du mal à sé­duire les clients lo­caux.

Des Au­ver­gnats dif­fi­ciles à sé­duire Au XXIe siècle, à l’heure où le vin d’Au­vergne a par­tout conquis des lettres de no­blesse, un vil­lage peu­plé d’ir­ré­duc­tibles Au­ver­gnats ré­siste en­core à sa sa­veur. Une ex­cep­tion dans le pay­sage vi­ti­cole fran­çais où par­tout les ha­bi­tants dé­fendent leur vin lo­cal. La Mon­tagne a cher­ché à ex­pli­quer cette in­con­grui­té.

En dé­cro­chant, il y a huit ans, la 313e Ap­pel­la­tion d’ori­gine contrô­lée (AOC) de France, le côtes­d’au­vergne a en­fin com­men­cé à exis­ter. Les pre­mières AOC datent de 1935 ! Une re­con­nais­sance, tar­dive, à un mo­ment où le vin d’Au­ver­ gne com­mence à sus­ci­ter la cu­rio­si­té des tou­ristes et des étran­gers. Les Au­ver­gnats, eux, sont long­temps res­tés, et res­tent en­core, ré­ti­cents face à un vin qui rap­pelle aux plus an­ciens des sou­ve­nirs pé­nibles.

Ain­si, l’an­cien « troi­sième plus grand vi­gnoble de France », pla­cé pile sur la la­ti­tude de la vigne (45e pa­ral­lèle) est au­jourd’hui de­ve­nu un nain dans le monde du vin. En­vi­ron 800 hec­tares, dont 400 en AOC, quand les grands vi­gnobles alen­tour s’étalent sur plus de 100.000 hec­tares. Un nain qui a du mal à faire ou­blier l’in­fâme pi­quette qui inon­dait la France il y a un siècle et qui peine à faire ap­pré­cier, chez lui, les qua­li­tés qu’on lui re­con­naît ailleurs.

Pierre Des­prat, di­rec­teur des caves Saint­Ver­ny, qui pro­duisent la moi­tié de l’ap­pel­la­tion côtes­d’au­vergne, se dé­sole de ce manque de re­con­nais­sance : « C’est in­croyable de ne pas être fier de son ter­roir et son ter­ri­toire. Il est plus fa­cile de va­lo­ri­ser nos côtes­d’au­vergne à New York ou Mon­tréal qu’à Cler­mont ». Et il est bien pla­cé pour en me­su­rer les consé­quences : « Si chaque Au­ver­gnat ache­tait une bou­teille de vin par an, on n’en au­rait pas as­sez. »

Les choses ont bien pro­gres­sé ces der­nières an­nées. Les nom­breuses ré­com­penses rem­por­tées par l’AOC côtes­d’au­vergne et la pous­sée des tou­ristes de plus en plus nom­breux dans la ré­gion ont in­ci­té la plu­part des res­tau­ra­teurs à le pro­po­ser à leur carte. Un vrai pro­grès mais pas une ré­vo­lu­tion. Les clients lo­caux ont du mal à se lais­ser ten­ter.

Un pro­blème que ne connaît pas Léa Des­prat, res­pon­sable à l’ex­port chez Des­prat Saint­Ver­ny, et qui s’émer­veille chaque an­née de la pro­por­tion de la pro­duc­tion qui part à l’étran­ger : « En­vi­ron 20 %. C’est énorme. Les étran­gers aiment notre ori­gi­na­li­té. Un vin qu’ils trouvent bon et qui ne res­semble pas aux autres. Avec en prime notre his­toire : quand je montre à nos clients des pho­tos de l’Au­vergne et des vol­cans où poussent nos vignes, ça leur parle. Ça ne res­semble à au­cune autre vigne ».

Le vin d’Au­vergne, en ef­fet, se vend par­tout à l’étran­ger. Prin­

« Si chaque Au­ver­gnat ache­tait une bou­teille de vin par an, on n’en au­rait pas as­sez ! »

ci­pa­le­ment en An­gle­terre, mais aus­si aux USA (deux vins d’Au­vergne ont ré­cem­ment été fé­li­ci­tés par l’en­semble de la cri­tique lors d’une dé­gus­ta­tion au res­tau­rant étoi­lé Bâ­tard) ; au Ja­pon (double Gold 2018 des Sa­ku­ra Awards, un des prin­ci­paux concours ja­po­nais) ; au Ca­na­da, en Norvège… par­ve­nant par­fois à peine à ap­pro­vi­sion­ner ses clients. « Nous ven­

dons en­vi­ron 150.000 bou­teilles par an à l’étran­ger, soit pra­ti­que­ment 20 % de notre pro­duc­tion, et la de­mande conti­nue à aug­men­ter. Le vin est le même que ce­lui que nous ven­dons ici, avec juste une éti­quette spé­ciale car les goûts ne sont pas les mêmes à l’étran­ger qu’en France : les étran­gers veulent d’abord voir le cé­page », ex­plique Léa Des­prat en sor­tant une hor­rible éti­quette mar­quée pi­not noir qui fait fu­reur au Ja­pon.

Peut­être nous fau­dra­t­il un jour ima­gi­ner une éti­quette spé­ciale pour conver­tir les Au­ver­gnats…

JA­PON. Chaque pays a ses goûts en ma­tière d’éti­quette : les Ja­po­nais adorent celle-ci.

PHO­TO PIERRE COUBLE

LÉA DES­PRAT. « Nous ven­dons en­vi­ron 150.000 bou­teilles par an à l’étran­ger, soit pra­ti­que­ment 20 % de notre pro­duc­tion », ex­plique la res­pon­sable à l’ex­port chez Des­prat Saint-Ver­ny.

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