Vers la fin de la gé­né­ra­tion per­due des vins d’Au­vergne

La Montagne (Clermont-Limagne) - - Le Fait Du Jour -

Ils sont Au­ver­gnats, âgés de plus de 65 ans, ne boivent pas de vin d’Au­vergne, n’en boi­ront ja­mais et en disent le plus grand mal. Une gé­né­ra­tion qui com­mence à dis­pa­raître.

Par­tout, dans toutes les ré­gions, les gens dé­fendent leur vin lo­cal. À toutes les tables de Bor­deaux, on sert du bor­deaux, du bour­gogne à Lyon, du Lan­gue­doc à Mont­pel­lier mais à Cler­mont, on ne trou­ve­ra pas tou­jours de côtes­d’au­vergne.

« À Cler­mont, c’est un sport na­tio­nal. On de­vrait être dé­cla­rés cham­pions du monde de l’au­to­fla­gel­la­tion. Ici, c’est pic­saint­loup, saint­ni­co­las­de­ bour­gueil, etc. C’est tel­le­ment énorme de ne pas être fier de son ter­roir et son ter­ri­toire, de dé­ni­grer un pro­duit qu’on ap­pré­cie par­tout à l’étran­ger, chez des gens qui ne connaissent pas l’Au­vergne mais qui connaissent le Mas­sif cen­tral, ses vol­cans, et son vin. » Pierre Des­prat en­rage : « Il m’est ar­ri­vé de faire des dé­gus­ta­tions à l’aveugle où nos vins l’em­por­taient sur les autres mais les gens me di­saient “ce n’est pas pos­sible”. Même l’évi­dence ne suf­fit pas. »

Pour­quoi ces Au­ver­gnats ré­sistent­ils au vin d’Au­vergne ? Sans doute parce que, eux ou leurs pa­rents, ont connu la longue époque du mau­vais vin d’Au­vergne, parce qu’ils en ont en­ten­du par­ler au­tour d’eux, et que le vin d’Au­vergne s’est mis bien plus tar­di­ve­ment que les autres à la qua­li­té. Le vin du Lan­gue­doc, qui est res­té jusque dans les an­nées 80 de qua­li­té très mé­diocre, a au­jourd’hui to­ta­le­ment trans­for­mé son image.

Pour­tant, an­née après an­née, le côtes­d’au­vergne prend sa place. En­core mo­deste. « Ce n’est évi­dem­ment pas le vin qu’on vend le plus, ex­plique Sé­bas­tien Gioux, som­me­lier à la Vieille Ré­serve à Cha­ma­lières, mais au cours des dix der­nières an­nées, il a beau­coup pro­gres­sé. Mais du che­min reste à faire : beau­coup de nos clients l’achètent quand ils ont des amis pour leur faire dé­cou­vrir du vin d’ici. Mais quand ils re­viennent, ils re­prennent sou­vent leurs ha­bi­tudes, côtes­du­rhône, bor­deaux, bour­gogne et s’achètent du vin d’ailleurs. Les gens d’ici n’ont pas en­core le ré­flexe d’ache­ter du vin d’Au­vergne ! »

Les Au­ver­gnats fi­ni­ront­ils par ai­mer leur vin ? As­su­ré­ment. La jeu­nesse est ou­verte, et pour sa­tis­faire la clien­tèle tou­ris­tique qui ré­clame du vin d’Au­vergne, les tables lo­cales en ont sur leur carte. La part du vin d’Au­vergne, en Au­vergne, pro­gresse len­te­ment, mais sû­re­ment. ■

SÉ­BAS­TIEN GIOUX. Le som­me­lier de La Vieille Ré­serve voit ses ventes pro­gres­ser ré­gu­liè­re­ment.

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