Sé­ré­na, une « sur­vi­vante »

■ Pre­mier jour du pro­cès de la mère de l’en­fant

La Montagne (Clermont-Limagne) - - Région Actualité - Éric Porte [email protected]­tre­france.com

Le pro­cès de la mère de Sé­ré­na, ce bé­bé re­trou­vé dans un coffre de voi­ture, s’est ou­vert hier, de­vant les as­sises de la Cor­rèze.

En en­trant dans la salle d’au­dience du pa­lais de jus­tice de Tulle, Ro­sa Ma­ria Da Cruz, la mère de Sé­ré­na, a fait face aux jour­na­listes et ca­mé­ras. La quin­qua­gé­naire s’est as­sise à cô­té de son avo­cate, Me Chas­sa­gneDel­pech, vers qui elle est res­tée tour­née pen­dant toute cette pre­mière jour­née de pro­cès.

Cette mère de fa­mille, qui com­pa­raît libre, est pour­sui­vie pour vio­lences sui­vies de mu­ti­la­tion ou in­fir­mi­té per­ma­nente sur mi­neur de 15 ans par as­cen­dant, pri­va­tion de soins ou d’ali­ments com­pro­met­tant la san­té d’un en­fant par as­cen­dant et dis­si­mu­la­tion ayant en­traî­né at­teinte à l’état ci­vil d’un en­fant (1). Elle en­court vingt ans de ré­clu­sion.

À la barre, juste après l’énon­cé des faits et le rap­pel de la dé­cou­verte, en oc­tobre 2013, d’une en­fant nue dans le coffre d’une voi­ture par des ga­ra­gistes de Ter­ras­son (Dor­dogne), l’ac­cu­sée a es­sayé de par­ler d’elle, al­lant à l’es­sen­tiel : nais­sance au Por­tu­gal, en­fance « heu­reuse » en France au mi­lieu de quatre frères et soeurs, une sco­la­ri­té jus­qu’à la troi­sième avant d’en­chaî­ner tra­vail sai­son­nier et in­té­rim. Ma­riée à un res­sor­tis­sant por­tu­gais (2) ve­nu s’ins­tal­ler avec elle près de Brive, elle a eu trois en­fants. Le pre­mier était « dé­si­ré », les deuxième et troi­sième sont ve­nus au monde après un dé­ni de gros­sesse.

« Au­jourd’hui, c’est très dur d’être confron­tée à la réa­li­té. Je re­grette le mal que j’ai fait à Sé­ré­na », a af­fir­mé Ro­sa Ma­ria Da Cruz. La tête basse, sa main droite ve­nant sou­vent ca­cher son re­gard, la mère a lais­sé fi­ler quelques larmes lors de l’au­di­tion d’un pé­diatre qui a clai­re­ment af­fir­mé que Sé­ré­na était « une sur­vi­vante ».

L’avo­cate de Ro­sa Ma­ria Da Cruz a évo­qué, hors au­dience, la per­son­na­li­té de sa cliente, « plu­tôt fer­mée ». Cette ca­pa­ci­té de l’ac­cu­sée à se re­plier sur elle­même, le di­rec­teur de l’en­quête et la gen­darme char­gée des pre­mières au­di­tions l’ont confir­mée. « Pen­dant la garde à vue, elle a seule­ment bu du ca­fé et fu­mé. Elle n’a pas de­man­dé d’avo­cat et a sou­hai­té qu’on n’aver­tisse pas sa fa­mille », a té­moi­gné la se­conde.

« Dé­ni ab­so­lu de gros­sesse »

Les avo­cats des par­ties ci­viles ont mul­ti­plié les ques­tions pour ten­ter de cer­ner le confi­ne­ment to­tal dont a été vic­time Sé­ré­na entre no­vembre 2011 et oc­tobre 2013.

À la sor­tie de l’au­dience, Me Chas­sagne­Delpech a confir­mé sa ligne : « Nous ne sommes pas dans le so­cial mais dans le so­cié­tal. Ma cliente et Sé­ré­na sont les vic­times d’un dé­ni ab­so­lu de gros­sesse et d’en­fant. C’est une très grande souf­france ». ■

(1) Sé­ré­na, 7 ans fin no­vembre, vit à pré­sent dans une fa­mille d’ac­cueil. Elle pré­sente un lourd re­tard dans le do­maine du dé­ve­lop­pe­ment men­tal.

(2) Vic­time d’une chute la se­maine der­nière, le ma­ri de l’ac­cu­sée et père de Sé­ré­na est ac­tuel­le­ment hos­pi­ta­li­sé. Il de­vait être en­ten­du par la cour hier. La date de son au­di­tion reste à dé­ter­mi­ner.

PHO­TO AGNÈS GAU­DIN

TULLE. Ro­sa Ma­ria Da Cruz s’est pré­sen­tée libre de­vant la cour d’as­sises de la Cor­rèze, avec son avo­cate, Me Chas­sagne-Delpech.

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