« Un fias­co », se­lon le cher­cheur Ro­land Goi­goux

La Montagne (Clermont-Limagne) - - Éducation -

Les éva­lua­tions de CP et de CE1 étaient contes­tées, pour leur dé­rou­le­ment et leur conte­nu, par les syn­di­cats en­sei­gnants. Leurs ré­sul­tats font ré­agir Ro­land Goi­goux, cher­cheur à l’uni­ver­si­té Cler­mont Au­vergne, spé­cia­liste de l’en­sei­gne­ment de la lec­ture.

■ 23 % des élèves en dé­but de CP au­raient des dif­fi­cul­tés à re­con­naître les lettres et le son qu’elles pro­duisent ? « Non, les éva­lua­tions montrent seule­ment que 23 % des élèves échouent à un exer­cice (n° 1, séance 1) très contes­table, as­sure Ro­land Goi­goux. Cet exer­cice in­ven­té pour la cir­cons­tance ne cor­res­pond ni à la tra­di­tion sco­laire des éva­lua­tions, ni aux tests psy­cho­lo­giques stan­dar­di­sés qui se passent tous en tête­àtête à cet âge­là.

Dans ce test, les en­fants de­vaient en­tou­rer, par­mi cinq lettres écrites, celle qui cor­res­pon­dait au son qu’ils en­ten­daient au dé­but d’un mot mo­no­syl­la­bique que le maître leur don­nait. Par exemple « feuille » ou « bulle ». « Ce qui re­pré­sente une ha­bi­le­té pho­no­lo­gique com­plexe, gé­né­ra­le­ment hors de por­tée des en­fants à qui on n’a pas en­core ap­pris à dé­chif­frer et qui, par ailleurs, n’est pas au pro­gramme de l’école ma­ter­nelle. »

La so­lu­tion pro­po­sée aux en­sei­gnants pour re­mé­dier à cet échec a été pu­bliée sur le site Edus­col : « Il s’agit d’ap­prendre aux élèves à lire !, as­sène l’uni­ ver­si­taire. Les en­sei­gnants n’y au­raient sans doute pas pen­sé seuls ».

Ver­dict : « Non, “les dif­fi­cul­tés so­ciales et fa­mi­liales” ne peuvent pas ex­pli­quer cet échec. Ce­lui­ci est d’abord ce­lui des concep­teurs du test ».

■ 30 % des élèves en dé­but de CE1 lisent moins de trente mots cor­rec­te­ment, à haute voix, par mi­nute ? « Ce n’est pas un seuil alar­mant, re­la­ti­vise Ro­land Goi­goux. Le seuil alar­mant a été fixé à onze mots par mi­nute par le mi­nis­tère lui­même. Pour notre part, nous l’avions éta­bli à qua­torze mots en 2016 (*), ce qui cor­res­pon­dait aux per­for­mances des 15 % d’élèves les plus faibles. »

■ L’ob­jec­tif na­tio­nal se­rait de lire cin­quante mots ?

« Non, ré­pond Ro­land Goi­goux. Le mi­nis­tère n’a ja­mais fixé à cin­quante le nombre de mots lus à la mi­nute au dé­but du CE1. C’est une norme in­ven­tée pour faire le buzz, ja­mais écrite nulle part. Dans notre étude, ce seuil n’était at­teint que par 29 % des élèves à la fin du CP. De­puis quand un pays donne­t­il à son école l’ob­jec­tif d’at­teindre les per­for­mances ha­bi­tuelles des 30 % des meilleurs élèves ? » ■

(*) Ro­land Goi­goux a co­or­don­né l’en­quête Lire et écrire au CP, une étude de ré­fé­rence sur l’en­sei­gne­ment de la lec­ture. Pen­dant trois ans (2013­2015), une équipe de 190 en­quê­teurs a étu­dié le tra­vail en classe de 131 en­sei­gnants ex­pé­ri­men­tés et de leurs 2.507 élèves, se­lon un pro­to­cole dé­fi­ni par 60 en­sei­gnant­scher­cheurs is­sus de treize uni­ver­si­tés.

PHO­TO D’AR­CHIVES STÉ­PHA­NIE PA­RA

ANA­LYSE. Le mi­nistre de l’Édu­ca­tion, Jean-Mi­chel Blan­quer, juge que « les dif­fi­cul­tés so­ciales et fa­mi­liales peuvent ex­pli­quer cer­tains re­tards ».

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