Stef­fie Naud, l’ac­cès au top ni­veau

■ Le « Phé­nix » va dé­ployer ses ailes en cham­pion­nat du monde, la sai­son pro­chaine

La Montagne (Clermont-Limagne) - - Sports Moto - Ra­phaël Ro­chette ra­phael.ro­[email protected]­tre­france.com

Le 400, c’est d’abord une ques­tion de pi­lo­tage. Il faut ren­trer vite dans les vi­rages, frei­ner tard. »

L’Au­ver­gnate Stef­fie Naud, alias « Phé­nix », dé­ploie­ra ses ailes en cham­pion­nat du monde Supersport 300, l’an pro­chain, au gui­don d’une Ka­wa­sa­ki Nin­ja.

L’an pro­chain, une Au­ver­gnate rou­le­ra en vi­tesse, en cham­pion­nat du monde Supersport 300. Stef­fie Naud, ori­gi­naire de Saint­Hi­laire­la­Croix, près de Com­bronde, a dé­cro­ché un gui­don pour toute la sai­son en Mon­dial. Un som­met dans la car­rière de cette jeune femme, 28 ans, qu’elle ne pen­sait plus at­teindre, après avoir vu sa tra­jec­toire bri­sée lors d’un ter­rible ac­ci­dent en course.

C’était en 2011, lors de son pre­mier week­end en Coupe de France Pro­mo­sport 1.000, à No­ga­ro. Dans le der­nier tour de la course qua­li­fi­ca­tive, elle part à la faute et c’est la chute. Dra­ma­tique, car le con­cur­rent qui la sui­vait la per­cute de plein fouet. Stef­fie reste long­temps entre la vie et la mort.

« Il a fal­lu que je fasse beau­coup de ré­édu­ca­tion, évoque­t­ elle. J’ai fait trois ar­rêts car­diaques, quinze jours de co­ma… J’ai per­du la rate, un rein qui ne s’est re­mis à fonc­tion­ner qu’un an plus tard. Et j’ai tou­jours mal aux côtes, parce que j’ai eu 23 frac­tures et que cer­taines ne se ré­parent pas… J’ai été en fau­teuil rou­lant et dû tout ré­ap­prendre : à mar­cher, à par­ler, à écrire. Comme j’ai été in­tu­bé long­temps, mes cordes vo­cales ont été abî­mées et je n’ai presque plus de voix. Je parle très dou­ce­ment. »

« Ma rai­son de vivre »

Des sé­quelles à vie qui ne l’ont pas dis­sua­dé d’un re­tour sur la piste, au gui­don d’une grosse cy­lin­drée. Et ar­mée d’un nou­veau sur­nom, « Phé­nix », puis­qu’elle a en­tre­vu l’au­de­là et que ce­la a été pour elle une vé­ri­table re­nais­sance. Quand Stef­fie en a eu à nou­veau la force, il était évident qu’elle re­pren­drait un jour la com­pé­ti­tion.

« Parce que je ne peux pas m’en pas­ser, ex­plique­t­elle. C’est mon adré­na­line. Ma rai­son de vivre. La mo­to, c’est mon mé­tier (elle di­rige une mo­to­école, en ré­gion pa­ri­sienne, ndlr), ma pas­sion. Je ne pou­vais pas ar­rê­ter. »

La re­prise, en 1.000 cc, est pour­tant la­bo­rieuse, mal­gré plu­sieurs ten­ta­tives. « J’étais loin de mes chro­nos. C’était as­sez frus­trant. Je me suis dit que ma car­rière était fi­nie et que je n’ar­ri­ve­rai ja­mais à re­prendre le des­sus. Je man­quais de confiance en moi. J’avais peur pour mes pa­rents, pas pour moi. Ils ont vé­cu une pé­riode hor­rible et je ne veux que ça se re­pro­duise. Du coup, je n’al­lais pas aus­si vite que je pou­vais le faire avant mon ac­ci­dent. »

Le dé­clic s’est pro­duit en 2016, lors d’un rou­lage or­ga­ni­sé par son père… sur une 400 cc. C’est le coup de foudre. Elle achète un mois plus tard une Ya­ma­ha et en 2017 ac­com­plit en­fin une sai­son com­plète, en Pro­mo­sport 400 cc. Il lui a fal­lu se fa­mi­lia­ri­ser à un pi­lo­tage dif­fé­rent, avant d’en­trer dans les points, à la ba­garre avec de jeunes pi­lotes au tem­pé­ra­ment fou­gueux.

« J’ai pris du plai­sir à chaque course et mes pa­rents avaient le sou­rire. Le 400, c’est d’abord une ques­tion de pi­lo­tage. On n’a que 50 cv, pas 200 ! Il faut ren­trer vite dans les vi­rages, frei­ner tard. Il n’y a pas de dan­ge­ro­si­té là­de­dans. J’ai re­pris confiance en moi et je me suis dit que je n’al­lais pas faire peur à ma fa­mille. Parce qu’avec un 400, on ne va pas à 300 km/h, on ne peut pas se “sa­tel­li­ser”. On peut tom­ber, bien sûr, mais les risques sont moindres… »

« La cour des grands »

Dans la fou­lée de cette an­née d’ap­pren­tis­sage, mar­quée par une 8e place à Pau­Ar­nos, la na­tive de Cler­mont a réa­li­sé sa meilleure sai­son, une fois tro­quée sa Yam’vieillis­sante contre une Ka­wa­sa­ki Nin­ja flam­bant neuve. Un pa­ri ga­gnant. La Ka­wa « marche mieux » et convient da­van­tage au pi­lo­tage de la frêle jeune femme (1,54 m, 48 kg). Dont les ré­sul­tats ont connu « un gros boom ». Elle ne ter­mine qu’11e au gé­né­ral, mais signe quatre tops 5 et passe même à quelques cen­tièmes d’un pre­mier po­dium au cir­cuit Bu­gat­ti du Mans (4e). Son nom ap­pa­raît dans les mé­dias spé­cia­li­sés et ça lui vaut aus­si « une wild­card en cham­pion­nat du monde, fin sep­tembre à Magny­Cours ».

Une chance qu’elle sait sai­sir en se qua­li­fiant avec sa mo­to du cham­pion­nat de France, sans pré­pa­ra­tion mo­teur et en ter­mi­nant la course. Le Team Flemb­bo, qui l’ac­cueille pour cette pige mon­diale, est sé­duit. Et lui pro­pose de par­tir en Mon­dial, en 300, l’an pro­chain. Un rêve qu’elle ne pen­sait plus pou­voir réa­li­ser. La concré­ti­sa­tion d’une sai­son pleine de pro­messes.

« Je suis à mon top ni­veau. Avant, je fai­sais de la course en ama­teur. Je m’amu­sais. C’était un hob­by. Là, ça com­mence à être plus pro­fes­sion­nel. Je ne suis plus très loin d’en­trer dans la cour des grands. » Stef­fie frappe à la porte. L’an­née 2019 nous di­ra si elle par­vient à l’ou­vrir ou pas… ■

PHO­TO HER­VÉ CHELLÉ

VI­TESSE. Stef­fie Naud, 28 ans, ac­cé­de­ra l’an pro­chain au cham­pion­nat du monde Supersport 300 cc.

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