Mis en exa­men pour ho­mi­cide vo­lon­taire

■ Le com­pa­gnon de la femme dé­cé­dée ce week­end à Cha­ren­sat est pour­sui­vi pour meurtre

La Montagne (Clermont-Limagne) - - Région Faits Divers - Sté­phane Bar­noin ste­phane.bar­[email protected]­tre­france.com

Au sur­len­de­main de son in­ter­pel­la­tion, l’homme de 41 ans qui a rou­lé en voi­ture sur sa com­pagne, dans la nuit de ven­dre­di à sa­me­di, à Cha­ren­sat, a été mis en exa­men. Puis lais­sé libre sous contrôle ju­di­ciaire.

«D’ énormes zones d’ombre per­sistent. Cer­taines choses nous sont ca­chées. » Le constat dres­sé par la re­pré­sen­tante du par­quet, hier, dans le bu­reau du juge des li­ber­tés et de la dé­ten­tion, a le mé­rite de la clar­té : le mys­tère en­tou­rant la mort de Lae­ti­tia Za­ba, 45 ans, est en­core loin d’être dis­si­pé. Au mi­lieu de ce brouillard te­nace, l’en­quête entre dans une nou­velle phase. La garde à vue du prin­ci­pal sus­pect s’est ache­vée. Et une juge d’ins­truc­tion a été sai­sie.

Que s’est-il pas­sé avant

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la dé­cou­verte du corps ? Ven­dre­di, un couple do­mi­ci­lié à Biol­let se rend chez un ami à Cha­ren­sat, quelques ki­lo­mètres plus loin. Le trio se branche sur TMC pour re­gar­der le concert d’In­do­chine, dif­fu­sé à par­tir de 21 heures. En fin de soi­rée, le ton est semble­t­il mon­té entre les deux conjoints. Le par­quet évoque une « dis­pute ». Me Rau­zier, l’avo­cat du mis en cause, parle plu­tôt d’une « cha­maille­rie sans im­por­tance ». Consé­quence ou pas : Lae­ti­tia Za­ba se­rait su­bi­te­ment par­tie du lo­ge­ment, à pied.

Un doute sub­siste sur le mo­ment exact de ce dé­part, si­tué à ce stade au­tour de 23 h 40. Son com­pa­gnon ex­plique avoir re­pris le vo­lant en­vi­ron deux heures plus tard, pour re­ga­gner Biol­let. Mais 400 mètres plus loin, en tra­ver­sant le bourg de Cha­ren­sat, il au­rait rou­lé ac­ci­den­tel­le­ment, sans l’avoir vu, sur un corps au sol. Ce­lui de la femme qui par­ta­geait sa vie.

Le conduc­teur alerte l’ami qu’il vient de quit­ter. Ce té­moin pré­vient à son tour le mé­de­cin du vil­lage, qui com­pose le 18 à 2 h 06 pré­cises. À ce mo­ment­là, Lae­ti­tia Za­ba a dé­jà suc­com­bé. Et son com­pa­gnon est de re­tour à son do­mi­ cile. C’est là qu’il se­ra in­ter­pel­lé, au le­ver du jour.

Une ré­ac­tion qui in­ter­roge.

2 « S’il s’agit vrai­ment d’un ac­ci­dent, pour­quoi n’avez­vous pas tout de suite ap­pe­lé les se­cours au lieu d’al­ler vous cou­cher chez vous ? », in­ter­roge Laure Le­hu­geur, pour le par­quet. « C’est vrai, sa ré­ac­tion est cu­rieuse. Mais dans ces si­tua­tions de choc, on peut tous avoir des com­por­te­ments in­co­hé­rents et étranges. Ce­la ne fait pas de lui un meur­trier », ré­torque Me Rau­zier.

L’acte in­ten­tion­nel re­te­nu.

3 Con­for­mé­ment aux ré­qui­si­tions du mi­nis­tère pu­blic, la juge d’ins­truc­tion a pro­non­cé hier la mise en exa­men du sus­pect pour « ho­mi­cide vo­lon­taire par conjoint ou par­te­naire de PACS ».

Cette thèse de l’acte dé­li­bé­ré est bat­tue en brèche par l’avo­cat du qua­dra­gé­naire. « Ces deux­là se connais­saient de­puis l’ado­les­cence et avaient des pro­jets com­muns. Il n’y a ja­mais eu de vio­lences entre eux. Pour quel mo­tif mon client au­rait­il tué l’amour de sa vie ? »

À l’ap­pui de sa dé­mons­ tra­tion, Me Rau­zier bran­dit les consta­ta­tions ef­fec­tuées sur l’Au­di du mis en cause. « Au­cun choc n’a été re­le­vé sur l’avant et sur la ca­landre. C’est bien la preuve que la vic­time n’était pas de­bout lorsque la voi­ture est pas­sée sur elle. Elle était dé­jà cou­chée par terre. »

Pas de dé­ten­tion pro­vi­soire.

4 Le par­quet sou­hai­tait l’in­car­cé­ra­tion du sus­pect, ja­mais condam­né jusque­là. Mais le juge des li­ber­tés et de la dé­ten­tion ( JLD) s’est ran­gé aux ar­gu­ments de Me Rau­zier, qui plai­dait pour un pla­ce­ment sous contrôle ju­di­ciaire strict.

« En l’état ac­tuel, rien ne prouve que vous soyez res­pon­sable de la mort de votre com­pagne », a af­fir­mé le JLD au mo­ment d’ex­pli­quer sa dé­ci­sion au qua­dra­gé­naire en larmes. « At­elle été ren­ver­sée avant votre pas­sage ? A­t­elle fait un ma­laise ? À ce stade, on n’en sait rien. » ■

➔ Ap­pel à té­moins. Les au­to­mo­bi­listes et les pié­tons qui ont tra­ver­sé le bourg de Cha­ren­sat, dans la nuit de ven­dre­di à sa­me­di, entre 23 heures et 3 heures, sont in­vi­tés à contac­ter les gen­darmes des An­zices (04.73.86.82.99) ou la bri­gade de re­cherches de Riom (04.73.63.29.33).

POUR­SUITES. Le sus­pect a été es­cor­té, hier, au pa­lais de jus­tice de Cler­mont-Fer­rand. L’en­quête de la bri­gade de re­cherches de Riom va se pour­suivre sous la di­rec­tion d’une juge d’ins­truc­tion.

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