« Je n’ai ja­mais été mal­trai­tante »

■ Deux femmes étaient pour­sui­vies pour des vio­lences com­mises sur des en­fants han­di­ca­pés

La Montagne (Clermont-Limagne) - - Puy-de-dôme Actualité - Émi­lie Zaugg emi­[email protected]­tre­france.com

Deux an­ciennes aides mé­di­co-psy­cho­lo­giques de La Rous­sille, éta­blis­se­ment pour en­fants et ado­les­cents han­di­ca­pés de Ver­tai­zon, ont été condam­nées à une peine d’amende.

Deux ver­sions se sont op­po­sées, mer­cre­di, au tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Cler­mont­Fer­rand. Dans une af­faire ayant abou­ti sur le ren­voi de deux femmes, ex­em­ployées de l’éta­blis­se­ment pour en­fants et ado­les­cents po­ly­han­di­ca­pés La Rous­sille, si­tué à Ver­tai­zon, et gé­ré par l’Ada­pei 63. Elles étaient sus­pec­tées d’avoir com­mis des vio­lences n’ayant pas en­traî­né d’ITT sur des jeunes dont elles s’oc­cu­paient au sein de la struc­ture.

C’est la ver­sion de l’ac­cu­sa­tion et d’un cer­tain nombre de té­moins qui ont as­su­ré que les deux pré­ve­nues ont été mal­trai­tantes avec des pa­tients : in­sultes, bri­mades, pe­tites claques der­rière la tête, re­pas écour­tés, douche sans vé­ri­fier la tem­pé­ra­ture de l’eau, les al­lé­ga­tions ont été nom­breuses.

« Une rou­tine mal­saine »

« Nous sommes face à une rou­tine mal­saine qui s’est ins­tau­rée dans les pra­tiques au sein de cet éta­blis­se­ment, a dénoncé Ch­ris­tine La­chaud­Bau­dry au par­quet. Les faits ont été dé­non­cés par des pro­fes­sion­ nels, pas par des gens ex­té­rieurs. » Et d’ajou­ter : « Des choses ont été im­po­sées à des jeunes qui n’ont pas la ca­pa­ci­té de se dé­fendre, des choses que les pré­ve­nues n’au­raient évi­dem­ment pas im­po­sées à leurs propres en­fants. » Une po­si­tion ap­puyée par l’Ada­pei qui s’était consti­tuée par­tie ci­vile.

Les deux femmes, âgées de 45 et 58 ans, qui tra­vaillaient de­puis de nom­breuses an­nées à La Rous­sille en tant qu’aides mé­di­co­psy­cho­lo­giques, ont dé­cor­ti­qué, un à un, les gestes qu’on leur a re­pro­chés et ont ré­fu­té toute forme de vio­lence, d’in­sultes ou de pro­pos dé­gra­dants. « Ce jeune homme, je l’ai ti­ré par les pieds car il était en crise et c’est le seul moyen pour qu’il se dé­place, a ex­pli­qué la quin­qua­gé­naire. Il faut sa­voir qu’il ne marche qu’à quatre pattes. »

Et de se dé­fendre : « Je n’ai ja­mais été mal­trai­tante, ja­mais je n’ai mis de tape sur la tête, a ren­ché­ri la qua­dra­gé­naire. Ça a pu m’ar­ri­ver de haus­ser le ton mais c’était pour re­mettre un cadre. Je peux com­prendre que, pour quel­qu’un qui n’a pas l’ha­bi­tude, les choses peuvent être mal in­ter­pré­tées. »

L’en­quête me­née par les gen­darmes de la bri­gade de re­cherches de Cler­mont­Fer­rand a per­mis d’en­tendre des di­zaines de per­sonnes afin de vé­ri­fier les faits dé­non­cés. Qua­torze ont fait état de vio­lences phy­siques, huit ont par­lé de vio­lences ver­bales mais dix­neuf ont in­di­qué n’avoir ja­mais re­mar­qué de com­por­te­ments cho­quants.

« C’est un mé­tier ex­trê­me­ment com­pli­qué, a sou­li­gné une des pré­ve­nues. Il m’a fal­lu des an­nées pour prendre du re­cul sur, no­tam­ment, la dif­fi­cul­té à gérer son im­puis­sance. »

Les deux an­ciennes AMP – elles ont été mises à pied puis li­cen­ciées suite au dé­clen­che­ment de l’af­faire en juin 2017 – ont éga­le­ment poin­té « le manque de for­ma­tion » ou en­core « le rythme ins­ti­tu­tion­nel à te­nir ». Me Anne­Ma­rie Re­gnoux, conseil de l’Ada­pei 63, a évo­qué « des at­teintes épou­van­tables à la di­gni­té hu­maine ». Elle a ré­cla­mé l’eu­ro sym­bo­lique à titre de dom­mages et in­té­rêts mais a sur­tout de­man­dé que les pré­ve­nues « n’exercent plus ».

Une in­ter­dic­tion d’exer­cer qui a aus­si été re­quise par le par­quet ain­si que dix mois d’em­pri­son­ne­ment avec sur­sis.

En dé­fense, Mes So­nia Si­gno­ret et Jean­Louis Bo­rie ont re­pris l’in­té­gra­li­té des faits. « Tout ce qui se se­rait pas­sé avant 2014 est pres­crit, a sou­li­gné la pre­mière. Cer­taines au­di­tions sont tout à fait in­co­hé­rentes, manquent de pré­ci­sions, de dates. Les faits dé­non­cés ne sont ab­so­lu­ment pas consti­tués. »

Re­laxées pour une par­tie des faits

Et son confrère d’in­di­quer, tout en plai­dant la re­laxe : « Il faut te­nir compte de toutes les per­sonnes qui ont dit qu’elles sont de bonnes pro­fes­sion­nelles. Que ma cliente sa­vait dé­nouer les crises et avoir l’au­to­ri­té né­ces­saire. » Les deux avo­cats ont mis l’ac­cent sur « le manque de pro­jet d’éta­blis­se­ment et de prise en charge col­lec­tive ».

Le tri­bu­nal a fi­na­le­ment re­laxé les deux femmes sur un cer­tain nombre de faits, par exemple le jet de verre d’eau au vi­sage, les che­veux ti­rés ou en­core les re­pas écour­tés. Elles ont en re­vanche été condam­nées pour le reste à 1.000 eu­ros d’amende, dont 500 eu­ros avec sur­sis. Le tri­bu­nal a éga­le­ment consta­té la pres­crip­tion des faits sur­ve­nus avant 2014.

Le par­quet a in­di­qué qu’il al­lait faire ap­pel de la dé­ci­sion. ■

« Des at­teintes épou­van­tables à la di­gni­té hu­maine »

PHO­TO D’IL­LUS­TRA­TION

DÉ­FENSE. Les avo­cats des pré­ve­nues ont dé­crit les condi­tions de tra­vail des deux femmes, « un monde dans le­quel il faut ap­prendre à com­mu­ni­quer mais où se com­prendre est ex­trê­me­ment dif­fi­cile ».

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