« Le trans­port le plus com­pé­ti­tif »

■ La voi­ture est uti­li­sée par 70 % des sa­la­riés ; la cher­cheuse Pa­tri­cia Le­joux en livre les rai­sons

La Montagne (Clermont-Limagne) - - France & Monde Actualités - Na­tha­lie Van Praagh na­tha­lie.van­[email protected]­tre­france.com

La voi­ture en France do­mine sans par­tage sur le che­min du tra­vail. Elle s’im­pose même quand le tra­jet ne dé­passe pas le ki­lo­mètre.

Plus de 70 % des sa­la­riés fran­çais prennent quo­ti­dien­ne­ment le vo­lant, se­lon une étude de l’In­see ti­rée du der­nier re­cen­se­ment. La voi­ture as­somme la concur­rence sur la route me­nant au tra­vail, lais­sant sur place les trans­ports en com­mun (15 %).

■ La voi­ture fait la loi. «La voi­ture reste le mode de trans­port le plus com­pé­ti­tif pour al­ler d’un point A à un point B en un temps mi­ni­mum. C’est un mo­dèle an­cré dans les pra­tiques », ex­plique Pa­tri­cia Le­joux, cher­cheuse en amé­na­ge­ment et ur­ba­nisme au La­bo­ra­toire Amé­na­ge­ment, Éco­no­mie, Trans­port à l’Uni­ver­si­té de Lyon.

Même sur de courtes dis­tances, l’au­to­mo­bile re­lègue le vé­lo et la marche au rang de fi­gu­rants. Et sur les tra­jets d’un ki­lo­mètre, elle mène en­core la danse à 58 %. « L’usage de la voi­ture sur de courtes dis­tances pour al­ler tra­vailler peut s’ex­pli­quer par la né­ces­si­té d’en­chaî­ner les ac­ti­vi­tés dans la jour­née : ac­com­pa­gner et al­ler cher­cher ses en­fants à l’école, faire ses courses… La voi­ture reste in­éga­lée dans ce do­maine » dé­taille la cher­cheuse.

■ Rats des villes et rats des champs. Les trans­ports en com­mun forment la prin­ ci­pale al­ter­na­tive à la voi­ture, la plus cré­dible. « Du moins là où ils sont com­pé­ti­tifs, pré­cise Pa­tri­cia Le­joux. On ob­serve une baisse de l’usage de la voi­ture pour se rendre au tra­vail au pro­fit des modes al­ter­na­tifs (trans­ports col­lec­tifs, vé­lo, marche) à Pa­ris et sa ban­lieue et dans le centre des grandes ag­glo­mé­ra­tions. À l’in­verse, l’usage de la voi­ture pour se rendre au tra­vail a ten­dance à aug­men­ter dans les es­paces pé­ri­ur­bains et ru­raux. »

Si 41 % de la po­pu­la­tion fran­çaise ha­bite hors du ré­seau de trans­port pu­blic, les dis­pa­ri­tés sont abys­sales : ce pour­cen­tage at­teint 100 % en Ariège, 83 % dans le Gers, 76 % en Creuse et 74 % en Hau­teLoire alors qu’il en­re­gistre son plus bas ni­veau (hors Pa­ris) dans les Bouches du Rhône (1,39 %), les Alpes Ma­ri­times (3,34 %) et le Rhône (14,23 %).

« Beau­coup d’en­tre­prises tendent à se lo­ca­li­ser dans des zones d’ac­ti­vi­tés de plus en plus éloi­gnées des centres ur­bains, sans pen­ser en amont à la ques­tion des trans­ports et de l’ac­cès aux sa­la­riés, ob­serve la cher­cheuse. Or, pour les sa­la­riés à faibles re­ve­nus, cette dé­pen­dance à l’au­to­mo­bile de­vient pro­blé­ma­tique dans un contexte de hausses cy­cliques des prix du car­bu­rant. De plus, quel que soit le lieu d’em­ploi, quand les sa­la­riés sont ha­bi­tués à dis­po­ser d’une place de sta­tion­ne­ment gra­tuite sur leur lieu de tra­vail, il ne faut pas s’éton­ner qu’ils uti­lisent la voi­ture pour s’y rendre. »

■ Li­ber­té de cir­cu­ler. Avec la voi­ture, on touche au trans­port in­di­vi­duel sy­no­nyme de li­ber­té, d’au­to­no­mie. Une ex­cep­tion fran­çaise ? « Non. Cette image vé­hi­cu­lée par la voi­ture a été très par­ta­gée dans l’en­semble des pays oc­ci­den­taux (Eu­rope, Amé­rique du Nord….) du­rant toute la se­conde moi­tié du XXe siècle, rap­ pelle Pa­tri­cia Le­joux. Dans ces pays­là, on ob­serve tou­te­fois et pour la pre­mière fois un chan­ge­ment d’image de la voi­ture, qui se ba­na­lise, no­tam­ment chez les jeunes gé­né­ra­tions. Mais dans des pays comme la Chine ou l’Inde, l’au­to­mo­bile conti­nue à vé­hi­cu­ler un cer­tain pres­tige so­cial. »

■ Nou­velle vague ? La gé­né­ra­tion di­gi­tale, adepte du co­wor­king et du co­voi­tu­rage, dé­tient­elle les clefs pour en fi­nir avec la voi­ture à go­go ?

« On ne sait pas en­core. À cet âge­là, il est dif­fi­cile de faire la part entre ce qui re­lève d’un choix et de contraintes, es­time la cher­cheuse. Uti­li­ser le co­voi­tu­rage, le vé­lo ou les trans­ports col­lec­tifs ur­bains plu­tôt que pas­ser son per­mis de conduire et ache­ter une voi­ture peut être lié, chez les jeunes, à la vo­lon­té de se confor­mer à ses va­leurs en­vi­ron­ne­men­tales comme à des contraintes fi­nan­cières. De plus, on n’a pas en­core as­sez de re­cul pour sa­voir si c’est un ef­fet d’âge ou de gé­né­ra­tion. Jus­qu’à quel point re­met­tra­t­elle en cause l’au­to­mo­bile ? Il est trop tôt pour le dire. » ■

PHO­TO RI­CHARD BRU­NEL

PRA­TIQUE. La voi­ture reste in­éga­lée pour ré­pondre à l’en­chaî­ne­ment des ac­ti­vi­tés de la jour­née : dé­po­ser les en­fants à l’école, al­ler au tra­vail, faire ses courses…

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.