Car­los Ghosn ar­rê­té

■ Le PDG de Re­nault est ac­cu­sé d’avoir es­cro­qué le fisc ja­po­nais

La Montagne (Clermont-Limagne) - - France & Monde Actualités -

Car­los Ghosn, PDG de Re­nault, a été ar­rê­té hier, à To­kyo, ac­cu­sé de mal­ver­sa­tions après une en­quête in­terne de Nis­san, qui veut le dé­mettre de son poste.

Hier, les mé­dias ja­po­nais ont un à un rap­por­té que Car­los Ghosn, PDG de Re­nault, qui di­rige en outre les conseils d’ad­mi­nis­tra­tion des construc­teurs ja­po­nais Nis­san et Mit­su­bi­shi Mo­tors, était en­ten­du par le par­quet de To­kyo, puis ar­rê­té, soup­çon­né d’avoir dis­si­mu­lé des re­ve­nus au fisc.

Mal­ver­sa­tions

Peu après, Nis­san, dans un com­mu­ni­qué, don­nait des dé­tails ac­ca­blants pour le Fran­co­Li­ba­noB­ré­si­lien de 64 ans, qui a éri­gé en à peine deux dé­cen­nies un em­pire au­to­mo­bile, en cu­mu­lant des fonc­tions comme au­cun autre di­ri­geant d’en­tre­prises de cette taille ne l’avait fait avant lui. Car­los Ghosn « a pen­dant de nom­breuses an­nées dé­cla­ré des re­ve­nus in­fé­rieurs au mon­tant réel », se­lon les ré­sul­tats d’une en­quête me­née sur la base du rap­port d’un lan­ceur d’alerte.

« En outre, de nom­breu­ ses autres mal­ver­sa­tions ont été dé­cou­vertes, telles que l’uti­li­sa­tion de biens de l’en­tre­prise à des fins per­son­nelles », ajoute Nis­san, qui va pro­po­ser au conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de le « dé­mettre de son poste ra­pi­de­ment ». Un autre res­pon­sable de l’en­tre­prise, Greg Kel­ly, est éga­le­ment mis en cause, a pré­ci­sé celle­ci.

Les ré­ac­tions n’ont pas tar­dé. Le syn­di­cat CFE­ CGC du groupe Re­nault, « in­quiet » pour l’ave­nir du construc­teur au­to­mo­bile, a de­man­dé à la di­rec­tion gé­né­rale de « s’as­su­rer qu’il n’y ait pas de rup­ture de la chaîne du ma­na­ge­ment ».

Le conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de Re­nault « se réuni­ra au plus vite », a in­di­qué hier le construc­teur. Ce­lui de Nis­san se pro­non­ce­ra jeu­di sur le li­mo­geage de son pré­sident. « L’al­liance entre les trois en­ti­tés », Re­nault, Nis­san et Mit­su­bi­shi Mo­tors, « ne se­ra pas af­fec­tée par cet évé­ne­ment », a pro­mis Hi­ro­to Sai­ka­wa, PDG de Nis­san, lors d’une con­fé­rence de presse au siège du groupe, à Yo­ko­ha­ma, même si l’im­pact sur Re­nault se­ra, lui, « si­gni­fi­ca­tif ».

Em­ma­nuel Ma­cron a as­su­ré que l’État fran­çais, ac­tion­naire à 15 % de Re­nault, se­rait « ex­trê­me­ment vi­gi­lant » concer­nant « la sta­bi­li­té » de l’en­tre­prise fran­çaise. « Il est trop tôt pour se pro­non­cer sur la réa­li­té des faits », a ajou­té le pré­sident, in­ter­ro­gé au cours d’une con­fé­rence de presse à Bruxelles, au cô­té du Pre­mier mi­nistre belge, Charles Mi­chel.

« Cost killer »

Car­los Ghosn était ar­ri­vé à To­kyo au prin­temps 1999 pour re­dres­ser Nis­san, tout juste uni à Re­nault. Il avait été nom­mé PDG deux ans plus tard.

Sur­nom­mé « cost killer » (tueur de coûts), il avait trans­for­mé un groupe en pleine dé­bâcle en une so­cié­té très ren­table au chiffre d’af­faires an­nuel de près de 100 mil­liards d’eu­ros, ce qui lui vaut une cer­taine vé­né­ra­tion dans l’ar­chi­pel nip­pon. Il a pas­sé le re­lais en avril 2017 à son dau­phin, Hi­ro­to Sai­ka­wa, tout en res­tant à la tête du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion, pour se concen­trer da­van­tage sur l’al­liance avec Re­nault et Mit­su­bi­shi Mo­tors, qu’il a por­tée au som­met de l’in­dus­trie au­to­mo­bile mon­diale.

Le par­te­na­riat Re­naultNis­san­Mit­su­bi­shi est au­jourd’hui une construc­tion aux équi­libres com­plexes, consti­tuée d’en­tre­prises dis­tinctes liées par des par­ti­ci­pa­tions croi­sées non ma­jo­ri­taires. ■

PHO­TO AFP

BOURSE. L’ac­tion de Re­nault a chu­té de 8,85 % hier, après l’ar­res­ta­tion de son PDG.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.