La dé­pres­sion au bout du fil

■ Les smart­phones fa­çon­ne­raient une gé­né­ra­tion fra­gile psy­cho­lo­gi­que­ment

La Montagne (Clermont-Limagne) - - Jeux -

Pour Jean Twenge, en­sei­gnante en psy­cho­lo­gie à l’Uni­ver­si­té amé­ri­caine de San Die­go, le cock­tail smart­phone/ré­seaux so­ciaux fa­çonne les ados d’au­jourd’hui, moins ma­tures et plus su­jets aux pro­blèmes de san­té men­tale.

Jean Twenge, en­sei­gnante en psy­cho­lo­gie à l’Uni­ver­si­té amé­ri­caine de San Die­go, a étu­dié l’im­pact des smart­phones sur la so­cié­té contem­po­raine. Dans Gé­né­ra­tion In­ter­net : Com­ment les écrans rendent nos en­fants im­ma­tures et dé­pri­més, elle dresse un constat sombre sur les jeunes et leur ad­dic­tion au té­lé­phone por­table. Elle ap­pelle « iGen » la pre­mière gé­né­ra­tion « qui au­ra vé­cu son ado­les­cence en­tière à l’ère du smart­phone ».

Ces com­por­te­ments nu­mé­riques ont un im­pact sur le dé­ve­lop­pe­ment des jeunes adultes. « Ils oc­cupent leur temps libre de fa­çon fon­da­men­ta­le­ment dif­fé­rente des gé­né­ra­tions pré­cé­dentes. Ils passent beau­coup plus de temps sur in­ter­net, sur les ré­seaux so­ciaux, à jouer à des jeux, re­gar­der des vi­déos, et consacrent beau­coup moins de temps à des ac­ti­vi­tés hors écran, comme lire, dor­mir ou voir leurs amis », constate l’au­teure. « Ils gran­dissent plus len­te­ment. À 18 ans, ils sont moins sus­cep­tibles d’avoir leur per­mis de conduire, un pe­tit bou­lot, des ren­dez­vous amou­reux, de boire de l’al­cool… »

Même si elle re­con­naît que l’ad­dic­tion aux smart­phones et aux ré­seaux so­ciaux n’ex­plique pas tout, Jean Twenge a ob­ser­vé des cor­ré­la­tions entre ces nou­velles tech­no­lo­gies et l’aug­men­ta­tion des symp­tômes dé­pres­sifs. Ces der­niers « ont grim­pé de 60 % en tout juste cinq ans, avec des taux d’au­to­mu­ti­la­tion, comme le fait de se cou­per, qui ont dou­blé voire tri­plé chez les filles », tan­dis que « le sui­cide des ados a dou­blé en quelques an­nées ». « Pile au mo­ment où les smart­phones sont de­ve­nus com­muns, où la pro­por­tion d’Amé­ri­cains en ayant un a dé­pas­sé les 50 %, ces pro­blèmes de san­té men­tale ont com­men­cé à se ma­ni­fes­ter », note l’en­sei­gnante.

Un ou­til om­ni­pré­sent

Outre­At­lan­tique, 91 % des adultes de moins de 50 ans uti­lisent un smart­phone. En Eu­rope, fin 2017, 85 % de la po­pu­la­tion avait sous­crit un contrat de té­lé­pho­nie mo­bile, aux deux tiers avec des té­lé­phones connec­tés. Au ni­veau mon­dial, le nombre d’uti­li­sa­teurs uniques de smart­phones de­vrait dé­pas­ser trois mil­liards cette an­née, se­lon le ca­bi­net d’études de mar­ché For­res­ter, pour qui il est dé­sor­mais « dif­fi­cile » d’aug­men­ter en­core ce chiffre.

Cette an­née, les ventes de­vraient pour la pre­mière fois af­fi­cher un dé­clin, de 0,7 %, à 1,455 mil­liard d’uni­tés, se­lon la so­cié­té de re­cherches IDC. ■

PHO­TO PHI­LIPPE BIGARD

ÉCRANS. Les smart­phones rem­placent les conver­sa­tions.

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