Le gou­ver­ne­ment af­fiche sa fer­me­té

Au 3e jour du mou­ve­ment, le mi­nistre de l’In­té­rieur an­nonce le dé­blo­cage des sites sen­sibles

La Montagne (Clermont-Limagne) - - France & Monde Actualités -

L’ir­rup­tion du mou­ve­ment des « gi­lets jaunes » place Em­ma­nuel Ma­cron de­vant une nou­velle équa­tion com­pli­quée : ne rien cé­der, au risque de bra­quer en­core plus ses op­po­sants, ou lâ­cher du lest, quitte à cas­ser son image de pré­sident en­ga­gé à te­nir ses pro­messes.

Au troi­sième jour du mou­ve­ment des « gi­lets jaunes », le mi­nistre de l’In­té­rieur, Chris­tophe Cas­ta­ner, a ap­pe­lé, hier soir, « so­len­nel­le­ment », au res­pect du prin­cipe de la libre cir­cu­la­tion. Il a aver­ti que les dé­blo­cages me­nés par les forces de l’ordre al­laient « se pour­suivre dans les heures qui viennent ». Il a ain­si de­man­dé aux pré­fets et forces de l’ordre de « veiller à dé­ga­ger sys­té­ma­ti­que­ment, mais mé­tho­di­que­ment, sans confron­ta­tion, les dé­pôts pé­tro­liers et les sites sen­sibles ».

Di­rec­te­ment in­ter­pel­lé par les ma­ni­fes­tants tout au long du week­end, Em­ma­nuel Ma­cron a pour sa part dé­cla­ré, hier, de­puis Bruxelles qu’il leur ré­pon­drait « en temps vou­lu ». Le chef de l’État cris­tal­lise les co­lères. Par­tout sur les bar­rages rou­tiers dres­sés à tra­vers la France, les « gi­lets jaunes » ont dit leur re­jet d’un pré­sident ju­gé loin­tain et hau­tain et les « Ma­cron dé­mis­sion » ont fu­sé.

Face à ce mou­ve­ment sans lea­der connu ni or­ga­ni­sa­teur dé­si­gné, mais sou­te­nu par près de trois quarts des Fran­çais, se­lon plu­sieurs son­dages, l’exé­cu­tif, es­time Fré­dé­ric Da­bi, de l’ins­ti­tut IFOP, « a une marge de ma­noeuvre ex­trê­me­ment ré­duite ». Elle se ré­sume es­sen­tielle­ ment pour l’ins­tant à jouer la carte de l’em­pa­thie, en­core abat­tue di­manche soir par Édouard Phi­lippe as­su­rant avoir en­ten­du la « co­lère » et la « souf­france » des ma­ni­fes­tants.

Sur le fond, le pou­voir, dé­ter­mi­né à « te­nir le cap », n’a rien lâ­ché, une in­flexi­bi­li­té im­mé­dia­te­ment cri­ti­quée par l’en­semble des op­po­si­tions. Les Ré­pu­bli­cains évoquent un « apo­gée du mé­pris ». Ian Bros­sat, chef de file du PCF pour les Eu­ro­péennes, es­time, lui, qu’Édouard Phi­lippe « au­rait pu dire “Je vous em­mer­ de”, ç’au­rait été moins long et ç’au­rait vou­lu dire la même chose ».

Pour Fré­dé­ric Da­bi, le pré­sident Ma­cron est de­vant une équa­tion qua­si im­pos­sible à ré­soudre. Ne pas lâ­cher du lest l’ex­pose à une co­lère gran­dis­sante. Mais « don­ner trop de gages est ex­trê­me­ment com­pli­qué » aus­si, car son cré­dit « ré­side dans sa ca­pa­ci­té ré­for­ma­trice et sa ca­pa­ci­té à te­nir bon, comme lors de la ré­forme de la SNCF ou des or­don­nances sur le tra­vail ».

Le dé­pu­té LREM Mat­thieu Or­phe­lin, un proche de Ni­co­las Hu­lot, a plai­dé hier pour que le gou­ver­ne­ment aille « plus loin » dans « l’ac­com­pa­gne­ment des Fran­çais » face aux prix éle­vés de l’éner­gie. La pré­sen­ta­tion de la pro­gram­ma­tion plu­ri­an­nuelle de l’éner­gie (PPE), ces pro­chains jours, pour­rait ain­si être l’oc­ca­sion d’an­non­cer un geste. Mais il est dif­fi­cile d’ima­gi­ner qu’Em­ma­nuel Ma­cron re­cule face aux « gi­lets jaunes » sur le fond, d’au­tant que ses sou­tiens se trouvent d’abord par­mi un élec­

to­rat plus ur­bain et sen­sible à la cause éco­lo­giste.

Par ailleurs, des or­ga­ni­sa­tions pro­fes­sion­nelles et pa­tro­nales ont ap­pe­lé hier à l’« apai­se­ment », es­ti­mant que l’« exas­pé­ra­tion » des ma­ni­fes­tants ne de­vait pas conduire à un « blo­cage de l’éco­no­mie ».

PHO­TO AFP

BLO­CAGE. Moins nom­breux, les « gi­lets jaunes » ne désar­maient pas, hier, ci­blant no­tam­ment les raf­fi­ne­ries comme à Fos-sur-Mer.

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