Un Noël à cro­quer

La Montagne (Clermont-Limagne) - - Mdeu - PAR JEAN-LUC PE­TI­TRE­NAUD

De­puis quelques jours, la mai­son res­semble de plus en plus à une ruche. Ça bour­donne ici, ça four­mille là­bas. C’est amu­sant de consta­ter que chaque an­née, à la même pé­riode, cette fré­né­sie re­vient avec fi­dé­li­té.

On pré­pare Noël et on veut faire du­rer cette at­tente. On ne veut pas ra­ter une marche de cet es­ca­lier qui grimpe jus­qu’au 25 dé­cembre. À la sor­tie de l’école, on dé­ploie sur la table une toile ci­rée qui an­nonce une pré­pa­ra­tion pâ­tis­sière. On ex­pé­die les de­voirs pour se re­trous­ser les manches et cas­ser les oeufs, li­bé­rer la fa­rine, pré­pa­rer des moules qui vont don­ner nais­sance à des pe­tits bis­cuits. Ils res­semblent à des ani­maux de compagnie, à des étoiles, à des crois­sants de lune, à des cham­pi­gnons… À ge­noux sur une chaise, les en­fants en­tourent la table et apla­tissent la pâte. Leurs pe­tites mains sont aus­si ra­pides que le coup de bec du merle qui cap­ture le ver de terre. On ba­di­geonne ces pe­tits bis­cuits d’eau su­crée, on « pein­tur­lure » de jaune d’oeuf le soleil pour qu’il soit écla­tant de vé­ri­té. Le pe­tit pâ­tis­sier de Noël est blanc de la tête aux pieds. La fa­rine vo­la­tile s’est dé­po­sée sur ses che­veux comme la neige. Cha­cun s’ob­serve et pouffe de rire à la vue du voi­sin. Les tro­phées sont alors en­four­nés.

Ces bis­cuits lé­gen­daires sont cap­tu­rés après cuis­son dans une boîte mé­tal­lique. Ces boîtes re­cy­clées sont pré­cieuses comme un sou­ve­nir loin­tain d’es­cale à Saint­Ma­lo ou à Saint­Jean­Pied­de­Port. Au­jourd’hui elles gardent pré­cieu­se­ment les sa­chets de le­vure, les gousses de va­nille comme d’autres ac­cueillent chaque hi­ver ces fa­meux bis­cuits mai­son. Ils ont un grand rôle à jouer avant Noël car ils sont of­ferts à ceux qui passent le pas de la porte. Le fac­teur re­part avec ses étrennes et croque entre deux mots ces pe­tits bis­cuits mal­adroits mais gé­né­reux. Il se­ra sui­vi par le ba­layeur de la rue qui jette le sel sur le trot­toir à la ma­nière du se­meur de bonnes nou­velles. La concierge en­tre­tient « ses ki­los de trop » avec le deuxième puis le troi­sième bis­cuit – tant pis, le ré­gime se­ra pour de­main ! La boîte ouvre et ferme son cou­vercle comme une bouche qui ba­varde. Les gâ­teaux secs rem­placent les mots doux par­fois ou­bliés le reste de l’an­née. On se dé­pêche de les of­frir. Il ne fau­drait pas que l’an­née se ter­mine sur des mots gris, gris comme un orage qui au­rait re­te­nu de­puis trop long­temps ses larmes. ■

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