Giu­seppe une mé­moire bles­sée

Ce Ca­la­brais émi­gré en 1957 en veut à son pays d’ori­gine

La Montagne (Clermont-Métropole) - - Clermont Vivre Sa Ville - Serge Bour­let serge.bour­let@cen­tre­france.com

Le pro­jet « Mi­gra­tions », or­ches­tré par la ville de Cler­mont au­tour de l’ex­po­si­tion épo­nyme de la salle Gaillard, fait re­mon­ter pa­roles re­fou­lées et pans d’his­toire mis entre pa­ren­thèses. Un livre d’abord, puis un spec­tacle, ont ain­si ai­dé Giu­seppe Mun­go à soi­gner les bles­sures de l’émi­gra­tion, dont il rend res­pon­sable son pays d’ori­gine.

Ar­ri­vé au Creu­sot en 1957, à l’âge de 10 ans, avec sa mère, sa soeur et son frère, Giu­seppe Mun­go a pa­tien­té jus­qu’à ses soixante ans ré­vo­lus pour écrire Ona fait de nous des im­mi­grés (L’Har­mat­tan, no­vembre 2009).

À l’écou­ter par­ler de ce livre, qu’il vien­dra dé­di­ca­cer cet après­mi­di au siège de So­leil d’Ita­lie, à Cler­mont, et dont on dé­cou­vri­ra l’adap­ta­tion théâ­trale et mu­si­cale, sous le titre Ra­cines au choeur, di­manche à l’Es­pace Nel­son­Man­de­la, on de­vine com­bien son au­teur porte en­core les traces psy­cho­lo­giques de cet exil im­po­sé. Pour­quoi Le Creu­sot ? Parce qu’en ver­tu de l’ac­cord Ce­ca (Com­mu­nau­té eu­ro­péenne du char­bon et de l’acier) de 1952 ­ l’an­cêtre du Mar­ché com­mun ­ il fal­lait aux pays in­dus­triel­le­ment les plus riches, une abon­dante main­d’oeuvre pour ex­ploi­ter les mines et fa­bri­quer l’acier. Sans doute le père de Giu­seppe au­rait­il pu émi­grer à Sain­tÉ­tienne ou à Mont­ceau­ les­Mines, où l’ex­trac­tion du char­bon tour­nait à pleins wa­gon­nets. Mais au Creu­sot, les acié­ries Sch­nei­der avaient aus­si un urgent be­soin d’hommes s’épui­sant à en­four­ner et dé­four­ner les fours rou­geoyants.

« L’Ita­lie n’avait pas de char­bon, ni d’acier, mais elle avait des bras ! » ré­sume Giu­seppe. Et voi­ci com­ment s’est dé­ve­lop­pée dans les an­nées 50 une nou­velle vague d’im­mi­gra­tion (*).

Meur­tri par ce dé­part for­cé de son cher Schil­lace, où il se rend dé­sor­mais li­bre­ment chaque été, Giu­seppe est un homme en co­lère contre l’Ita­lie. « Pour­quoi tu m’as fait par­tir. Tu n’en avais pas le droit ! » ■

(*) En un siècle, de 1870 à 1970, 26 mil­lions d’Ita­liens ont pris la route de l’exil.

GIU­SEPPE MUN­GO. « Ce n’est pas l’Ita­lie qui me manque, c’est mon Sud, mon vil­lage de Squillace, en Ca­labre ».

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