« À la fois dé­non­cer et trans­mettre »

Oli­vier We­ber, grand re­por­ter na­tif de Mont­lu­çon, in­vi­té d’hon­neur des Ren­contres Al­bert­Londres Écri­vain, grand re­por­ter, di­plo­mate et an­cien cor­res­pon­dant de guerre, le jour­na­liste Oli­vier We­ber est l’in­vi­té d’hon­neur des 9es Ren­contres Al­bert Londres,

La Montagne (Clermont-Volcans) - - Région Actualité - Flo­rian Gal­lant flo­rian.gal­lant@cen­tre­france.com

De gar­çon ber­ger à jour­na­liste glo­be­trot­ter, il n’y a par­fois qu’un pas qu’a fran­chi Oli­vier We­ber. Cou­ron­né du prix Al­bert­Londres en 1992 pour son en­quête « Voyage au pays de toutes les Rus­sies », cet écri­vain est grand re­por­ter est l’in­vi­té d’hon­neur des 9es Ren­contres Al­bert Londres qui se dé­rou­le­ront du ven­dre­di 25 au di­manche 27 mai, sur la thé­ma­tique du bagne.

■ Vous êtes né à Mont­lu­çon, com­ment êtes-vous de­ve­nus jour­na­liste par la suite ?

Je suis res­té très peu de temps à Mont­lu­çon. J’ai vite at­ter­ri dans le Mer­can­tour,­ à la fron­tière ita­lienne. Dès lors, je n’ai eu pour am­bi­tion que de sor­tir des fron­tières, d’al­ler plus loin. Ne pou­vant me payer une école comme sciences po, je suis de­ve­nu gar­çon ber­ger dans des mon­tagnes à trois heures de mon village. Après quelques an­nées dans l’en­sei­gne­ment et l’ana­lyse fi­nan­cière, je suis fi­na­le­ment par­ti pour la Ca­li­for­nie sur les traces de Jack Lon­don, un au­teur que j’ap­pré­ciais énor­mé­ment. Puis, par une suite de mi­racles, sui­vant la maxime « si on veut, on peut », je suis de­ve­nu cor­res­pon­dant de guerre en Afrique et au MoyenO­rient pour The Sun­day Times, The Guar­dian et Li­bé­ra­tion. C’est ain­si que j’ai été, par la suite, grand re­por­ter à l’heb­do­ma­daire Le Point. Puis, am­bas­sa­deur de France de 2008 à 2013. Pour au­tant, au­jourd’hui, je suis plus un écri­vain qui a la chance de vivre de ses voyages qu’un grand re­por­ter.

■ Com­ment s’est dé­rou­lé le tour­nage de votre documentaire « La fièvre de l’or », dont la dif­fu­sion ou­vri­ra les Ren­contres la soi­rée du ven­dre­di 25 mai ?

Après m’être ren­du en Guyane, j’ai dé­ci­dé de m’en­fon­cer dans la fo­rêt ama­zo­nienne. Je suis de­ve­nu ami avec des tra­fi­quants et j’ai dé­cou­vert que tout se payait en or brut dans le « pou­mon du monde ». Très vite, l’en­vie de dé­non­cer ce tra­fic d’or et ses ré­per­cus­sions telles que la des­truc­tion de l’en­vi­ron­ne­ment ou la dis­pa­ri­tion de la culture amé­rin­dienne est de­ve­nue trop forte. Après un tour­nage de quatre mois abou­tis­sant à 127 heures d’images en im­mer­sion en Ama­zo­nie, le do­cu­men­tai­ re est sor­ti.

■ Ce documentaire est ré­gu­liè­re­ment com­pa­ré au fa­meux re­por­tage « Au bagne » d’Al­bert Londres, qu’en pen­sez-vous ?

Je suis très ho­no­ré de cette com­pa­rai­son, c’est un peu un pro­lon­ge­ment du prix. Je pense que les gens aiment nous com­pa­rer car nous avons tous deux un en­ga­ ge­ment hu­ma­niste et une idée que le jour­na­lisme peut tout à la fois dé­non­cer et trans­mettre de bonnes choses.

■ Vous avez re­çu de nom­breux prix lit­té­raires ou jour­na­lis­tiques. Que re­pré­sente le prix Al­bert-Londres pour vous ?

J’ai ef­fec­ti­ve­ment eu le plai­sir de re­ce­voir beau­coup de dis­tinc­tions et je suis au­jourd’hui pré­sident du prix Jo­se­phKes­sel. Néan­moins, je suis tou­jours ho­no­ré et fier d’avoir re­çu le prix Al­bert­Londres. On a, dès lors, l’im­pres­sion d’être in­ves­ti d’une mis­sion, celle de re­pré­sen­ter la li­ber­té de la presse et de pou­voir faire, un tant soit peu, bou­ger les lignes du monde.

■ Vous avez l’im­pres­sion que la li­ber­té de la presse est me­na­cée ?

Quoi qu’on en dise, en France, au­de­là de la fin de son âge d’or et des risques éco­no­miques, la presse n’est pas si mal lo­tie. Par contre, je consi­dère qu’elle est me­na­cée à l’échelle mon­diale. Or, tou­cher à la li­ber­té de la presse c’est at­ta­quer un des pi­liers de la dé­mo­cra­tie. C’est ain­si que l’on peut bas­cu­ler dans des dic­ta­tures.

RE­POR­TER. Jour­na­liste globe-trot­teur, Oli­vier We­ber à cou­vert plus d’une ving­taine de guerres et sé­jour­né avec une quin­zaine de mou­ve­ments de gué­rilla.

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